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mais clans les premiers accès seulement ; quand le mal est invétéré ou qu’il a été transmis par hérédité, il ne finit qu’avec le patient. »
En général, les pneumatiques suivaient, dans le traitement des affections articulaires, les traditions de l’école dogmatique, dont ils ne s’étaient jamais séparés tout à fait,, mais sur un point spécial, sur l’emploi des agents externes, leur théorie pathogénique de la goutte leur avait suggéré cl’heureuses initiatives. La maladie étant l’effet d’une diminution de la chaleur innée, la thérapeutique avait un double devoir, retenir le plus possible les restes de cette chaleur défaillante et emprunter au milieu ambiant le surplus de cette force nécessaire, le demandant à toutes les réserves du monde extérieur, h la terre, à l’eau, au soleil même.
Un médecin de la secte, un contemporain d’Arcliigène, avait étudié avec soin ces diverses ressources et les avait décrites dans un livre qu’il avait intitulé « des Agents de la Médication externe », et dont Oribase nous a. conservé de précieux fragments, ceux, notamment, qui concernent les eaux minérales, les bains de sable chaud, l’exposition au soleil, l’enveloppement dans la laine roulée.
Hérodote, élève d’Agathinus, avait, au dire de Galien, pratiqué la médecine à Rome « avec beaucoup d’éclat (i) » ; il avait composé quelques ouvrages et, parmi eux, un petit livre qu’il avait intitulé à ’laxpôç, le médecin, et dans lequel il avait résumé la science médicale tout entière. Il est probable que l’opuscule qui porte le même titre et qu’on trouve mêlé aux œuvres de Galien n’est qu’une édition altérée, mutilée en certains points, interpolée en d’autres, du livre d’Hérodote.
On a soutenu que cette Introduction , élu aycoyi), car on l’appelle encore ainsi, ne portait pas la marque de l’école pneumatique et ne pouvait lui être attribuée.
(i) Galien. T. VIII, p. 701 .
Certes, clans l’examen qu’il fait des théories médicales, l’auteur reste si impartial qu’on ne sait vers quelle doctrine il incline, mais quand il dit qu’il faut étudier d’abord la physiologie parce qu’on ne peut connaître les causes, les symptômes ni le traitement des maladies si l’on ignore la structure normale de l’homme, il se sépare nettement des méthodiques et des empiriques ; quand il énumère les éléments constituants du corps humain, il cite de préférence les opinions d’Athénée et des stoïciens; enfin, quand il s’occupe des humeurs, des fonctions et des maladies, il ne se borne plus à exposer les sentiments d’autrui, il livre le sien propre ; il donne la définition de la santé que nous avons reproduite, où une part égale est faite aux altérations humorales, aux lésions viscérales et aux troubles dynamiques (tension plus ou moins grande du pneuma); il parle du pneuma hectique comme le ferait un stoïcien ; il dit que l’anasarque peut provenir d’un refroidissement de la « chaleur innée » comme le répétera Arétée en termes identiques. En un mot, il n’est ni plus ni moins pneumatique que ce dernier ou qu’Archigène : c’est à proprement parler un éclectique.
Galien nous dit bien (1) qu’IIéroclote méprisait toutes les sectes, hors la pneumatique, mais c’est là une de ses exagérations coutumières. Insister, dans un manuel à l’usage des commençants, sur les opinions d’Athénée et de ses élèves, adopter en grande partie ces opinions devait paraître, aux yeux d’un homme aussi intolérant que l’était Galien, une hérésie absolue ; d’autant que lui-même a fait si peu de cas du pneumatisme qu’il l’a passé sous silence dans la revue qu’il a faite des sectes de son temps. Pour lui, peut-être, et ce sentiment aurait sa part de vérité, la médecine stoïcienne constituait moins une école médicale qu’un groupe littéraire.
(1) Galien. T. XI, p. 43a.
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On peut donc maintenir l'attribution du médecin à Hérodote, mais il faut reconnaître que l’œuvre originale a subi deux sortes d’altérations. Elle a été raccourcie en certains points, allongée en d’autres. Galien dit quelque part (i) qu’ « il y a en médecine une grande différence entre savoir et tirer parti de ce qu’on sait », entre le savoir et Y économie qui est « non la possession des choses, mais le bon usage qu’on en fait » ; il loue ce savoir-faire médical qui permet au médecin de faire admirer sa science par le malade et par les assistants, et il ajoute qu'on trouve dans le « Médecin » d’Hérodote un certain nombre de choses pouvant servir à •ce dessein. Or, il ne reste rien dans le livre, tel que nous l’avons, qui justifie ce singulier éloge de Galien (2).
Laissant de côté cet Iatros contesté, nous demanderons au traité des Agents de la médication externe ce que pensait Hérodote des bains d’eaux minérales et de quelques autres pratiques.
Les eaux minéralisées, thermales ou froides, avaient de bonne heure été prescrites contre les formes lentes de la goutte, contre les déformations ou les atrophies qu’elle laisse après elle. Les malades se dirigeaient surtout vers les sources sulfureuses. Vitruve nous dit qu elles « soulagent les maladies des parties fibreuses en brûlant, en consumant à leur chaleur les humeurs morbides (3) ». Pline dit de son côté que les eaux sulfureuses sont bonnes pour les nerfs lisez tissu fibreux), que les eaux de Cutilies, chez les Sabins, eaux presque froides, egelidae, qu’il qualifie de nitreuses, c'est-à-dire alcalines, sont employées dans les memes cas, et que, prises en boisson, elles sont laxatives. Il condamne l’abus des pratiques thermales, la durée excessive
(1) Galien. T. XVII, A, p. 999.
(2) Nous indiquons dans le chapitre réservé à l’histoire du colchique et de son emploi en médecine une interpolation évidente qu’on trouve dans le Aexte actuel du Médecin.
(3) Vitruve. Liv. VIII, ch. ni.
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des bains cl l'ingestion d’une trop grande quantité d’eau. II note en passant, c’en est, croyons-nous, la première mention, l’ utilité des applications de boues, cœnum fontium (1).
Rufus conseille à la fois aux arthritiques les eaux sulfureuses, les eaux bitumineuses et les eaux styptiques. Archigène recommande aux sujets atteints d’arthritis ou de podagre les seules eaux sulfureuses « qui assouplissent les fibres, réchauffent la constitution et calment les douleurs. » Le chapitre d’Archigène, qu’on trouve dans le recueil d’Aétius, a fait autorité. C’est une étude générale de la médication thermale : Antyllus, Oribase et Paul d’Égine l’ont reproduite ou résumée. Nous en donnons quelques passages :
a II y a plusieurs espèces d’eaux minérales naturelles suivant les propriétés du sol qu’elles traversent; ainsi, elles sont ou sodiques., ou salées, ou styptiques, ou sulfureuses, ou bitumineuses, ou vitrioliques, ou ferrugineuses, ou mixtes, quand plusieurs de ces qualités sont associées (2) » Cette classification des eaux minérales repose sur une analvse fatalement grossière: les eaux se trouvent groupées tantôt d’après leur odeur, comme les sulfureuses et les bitumineuses, tantôt d’après leur saveur, comme les sodiques, les salées et les styptiques, tantôt, enfin, d’après l’examen du dépôt rouillé laissé par elles, comme les eaux ferrugineuses, ou une réaction élémentaire, comme les vitrioliques.
Les eaux sodiques ou nitreuses répondent à nos eaux fortement alcalines ; les salées aux chlorurées sodiques ; les styptiques (alumineuses des Latins) comprenaient toutes les eaux, quelle que fût leur composition intime, qui avaient un goût astringent; les sulfureuses étaient les mieux déterminées ; les bitumineuses seraient, comme les alumineuses, bien mal nommées, si l’on prenait le terme dans toute sa rigueur ; en réalité un grand nombre de sources, notamment
(1) Pline. Liv. XXXI, § 6 et 3a.
(2) Aétilis. Liv. II, ch. 167.
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en Italie, ont une légère odeur de bitume, sans que celui-ci participe à leur composition ; les vitrioliques ya/V/.avfkécï; devaient être le plus souvent des eaux ferrugineuses, car le chalcantluun, noir des cordonniers, c’était le vitriol vert, le sulfate de fer. Pline indique très exactement les réactions qui le décèlent, notamment l’emploi d’un papier trempé dans du suc de noix de galle et qui noircit en présence du chalcauthum.
« 'boutes ces eaux, poursuit Archigène, dessèchent. Quelques-unes, en même temps qu elles dessèchent, échauffent aussi énergiquement; d’autres sont a la fois desséchantes et astringentes comme les styptiques et, dans une certaine mesure, les salées et les vitrioliques. Toutes sont bonnes pour les tempéraments froids et humides à l’excès et, par suite, conviennent dans les maladies chroniques correspondantes. Aussi sont-elles indiquées dans l’arthritis, dans la goutte, dans les paralysies, la néphrite, l’asthme, les fractures non consolidées, les ulcères humides, les inflammations chroniques et indurées ». Suivent les indications de chaque variété, en particulier; les eaux sulfureuses sont réservées aux affections des parties fibreuses et des articulations, aux maladies de la peau et à quelques autres (1).
C’est du mode d’emploi des eaux, des précautions exigées par une cure thermale que traite Hérodote en quelques phrases pleines de sagesse : « Les eaux minérales, considérées en particulier, ont des propriétés très diverses, aussi faut-il laisser ce sujet à ceux qui en ont fait l’expérience ; nous ne saurions faire une étude spéciale et fidèle de chacune, n’ayant point usé de toutes, et 11e pouvant pour les connaître raisonner par analogie, comme on le fait d’après la formule des médicaments. En général les eaux froides conviennent contre toutes les fluxions, contre les affections
(1) Akchigène, in Aétius. Loc. cit., et Antyllus dans Oribase, t. Il, |». 283.