‹ La goutte et le rhumatismeChapitre 59 sur 130 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

SORANUS d’ÉPHÈSE

C'est à un méthodique, à Soranus, que nous devons la meilleure description de la goutte que l’antiquité nous ait laissée ; mais ce n’est pas au méthodisme qu’il convient d’en faire honneur. L’homme valait mieux que la doctrine dont il a si étroitement lié la gloire à la sienne qu’on est porté de nos jours à reporter sur la secte tout entière ce qui fut le mérite d’un seul de ses membres et non du plus orthodoxe.

Le méthodisme a eu cette heureuse fortune que les écrits de ses purs adeptes ont péri et que seul l’ouvrage d’un irrégulier, d’un indépendant a survécu. Dans les jugements qu’on a portés soit sur le méthodisme, soit sur Soranus, on n’a pas assez tenu compte de la situation particulière qu’avait ce dernier dans son propre parti. cc Il s’en séparait sur quelques points », nous dit l’auteur si exact du Jatros et Galien confirme cette opinion (i).

Sur quoi portait la dissidence ? Il est aisé de le deviner. Le méthodisme tel que l’avaient fait Thémison et Thessalus était surtout un code thérapeutique ; il écartait avec dédain

(x) Introductio scu Mcdicus, ch. iv : « Olympiacus de Milet, Ménémaque d’Àphrodisie et Soranus d’Ephèsc se séparaient sur quelques points des autres méthodiques. » Œuvres de Galien, t. Xdll, p. 684-

Galien, de son coté, énumérant les méthodiques, met à part Ménémaque, Olympiacus et Soranus, t. X, p. 53.

toutes les connaissances qui constituent proprement la pathologie: l’étude minutieuse des causes, des symptômes et des lésions était chose superflue ou nuisible, ne pouvait qu’égarer le praticien, lui faire perdre de vue les prescriptions si simples du chef de la secte. Il suffisait d’apprendre à reconnaître, et c’était l’afTaire de quelques mois, à quelle communauté appartenait la maladie, letraitement à instituer suivait de lui-même, sans réflexion.

Si les purs méthodiques s’étaient conformés à ce programme, il faut avouer que la hile de Galien avait quelque motif de s’échauffer. Quand il traite leur doctrine d e stupidité (i), qu’il appelle la secte entière Je troupeau des cinés de Thessalus (2), on ne peut voir dans ces paroles qu’une juste révolte du bon sens. Mais quand, par une contradiction qui n’est qu’apparente, il cite Soranus avec éloges, adopte quelques-unes de ses médications, lui épargne les épithètes injurieuses dont il est si prodigue, tout en reconnaissant que sa thérapeutique est conforme au système qu’il condamne avec tant d’emportement, il nous fait entrevoir en quoi Soranus différait de ses maîtres et de ses confrères : c’était un méthodique moins l’ignorance; en d’autres termes, il était méthodique en thérapeutique, il nel’était guère en pathologie.

Qu’il ait été méthodique en thérapeutique, on ne peut le contester : il a pris soin lui-même de le dire et de le prouver h toutes les pages de son livre ; il se montre lui-même un observateur étroit, un gardien farouche des lois édictées par Thessalus, mais si nous laissons de côté, dans ses œuvres, tout ce qui concerne le traitement, nous trouvons un Soranus admirable de science et de jugement. Il ne rappelle plus le méthodisme que par des expressions chères à cette école.

(1) Galien. T. X, p. 52.

(2) Jd., t. XVIII8 , p. 27/1.

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