‹ La goutte et le rhumatismeChapitre 63 sur 130 · S O /? A !V US D'É PH È S E · texte numérisé non relu

S O /? A !V US D'É PH È S E

tion. Les jours qui ont manqué pour cette raison, on les ajoute de manière à constituer une année entière, si loin qu'il faille empiéter sur l’année suivante (i).

Nous sommes de l’avis de Soranus et croyons dangereuse l’administration prolongée d’un médicament, alors qu’on ne peut conseiller l’usage ininterrompu des aliments habituels, même des meilleurs. Aussi peut-on lire de vieilles observations de malades qui, pour avoir usé régulièrement île ces médicaments internes, ont été atteints d’affections rapides ou aiguës, sont morts d’apoplexie, de pleurésie, de pneumonie ou ont souffert de cette gêne continue de la respiration que les Grecs nomment cjtkvsixv. Ceux qui déclarent s’ètre bien trouvés de cette médication ne réfléchissent pas qu’ils le doivent au maintien d’un excellent régime alimentaire. Comme ils ne faisaient d'ailleurs aucun excès, ils conservaient ainsi leur santé, de peur d’avoir à interrompre leur drogue quotidienne, et, tout entiers à cette préoccupation, ils méconnaissaient les autres raisons qui les faisaient se mieux porter.

On a conseillé encore la cautérisation des jointures : nous la repoussons à cause de la réaction inflammatoire qu’elle entraine (2). Pour d’autres il faut employer, en passant de

(1) La pratique que blâme Soranus est exposée en ces termes par Plinius Secundus. Edit. Val. Rose, p. 70. « Il y en a qui ont été délivrés de la goutte par une potion dont je donne ci-dessous la composition et le mode d’emploi : « Germandrée, une livre, centaurée, aristoloche ronde, lavande dà 3 onces ; agaric, 4 onces; graine de souchet, un quart de livre; aloès, 3 onces et demie. Pesez, pilez et tamisez séparément, puis mêlez le tout dans six livres de miel attique et enfermez dans un vase de verre.

Cette potion doit être prise à jeun, après une bonne digestion, pendant une année entière, en ajoutant un jour de plus pour chaque jour que l’on aurait passé sans prendre le médicament, en raison d'un trouble digestif, d’un malaise ou pour toute autre cause. La dose est la suivante : un denier d’argent (3^,40) dans trois cyalhcs d’eau une fois par jour. »

(2) Sitfuidem consensus faciat tumorem. Dans Cælius, le mot tumor ne veut pas dire simplement tuméfaction, il désigne le syndrome calot', tumor. dolor, rubor. Nous disons de même inflammation (crt/or), en prenant, comme Cælius, la partie pour le tout.

l’un à l’autre, les onguents et les cataplasmes de toute espèce, de tout genre, jusqu’à ce que le malade soit soulagé ; chaque organisme réclamant une médication différente, l’apaisement des douleurs ne peut manquer de survenir. On a ordonné en conséquence, et en même temps, les substances les plus opposées par leurs propriétés, relâchantes, resserrantes, métasyncritiques : le malagme de Mnaséas ou le diachylon d’une part, de l’autre des agents fortement resserrants comme le diaiteum (3), le cyzicenam (4) et l’emplâtre d’Erasistrate ; ou des cataplasmes où entrent : la farine de panic, la graine de lin, le chou sauvage, le séneçon, le calament (5), la mandragore, la jusquiame, les lentilles, le citron, le melon, les feuilles vertes d’origan, de thym, de morelle, d’euphorbe peplide, de bette, de grenadier ; les fleurs de grenadier, en latin ampullagium , cuites dans du vinaigre; la rue sauvage au vinaigre, seule ou mêlée à de l’épeautre ; la lie de vinaigre avec de Tache, les feuilles de vigne avec de la bouillie simple ; la farine d’ers, de fèves, d’orge, d’ivraie, de lupin avec de la lie de vin ou de vinaigre ; la décoction dans de l’eau et du vin de fip-ues écrasées et réduites

à consistance de miel. Après avoir retiré les parties dures de ces plantes, on fait cuire de nouveau le reste.

On conseille encore les tiges de pavot que les Grecs appellent y.tooGç, ou leurs feuilles, les coings et les grenades cuits au vin, les bulbes au miel, la racine de jusquiame avec du styrax, l'hyacinthe, le marrube ; on fait oindre les régions malades avec de la chaux cuite dans du miel, de l’opium, du styrax, des amandes amères en décoction prolongée dans l’huile de troène et le vinaigre.

(x) 3ià !nwv, aux feuilles de saule. Galien, XIII, p. 8oo.

(a) Médicament à l’encens et à beaucoup d’autres ingrédients. \ . dans Galien (t. XIII) plusieurs formules de cet emplâtre dues à Héras, à Andromaque, à Asclépiade, à Philoxène.

(3) Le texte porte bramite , mot inconnu. La comparaison avec le passage correspondant d’Esculapius (ch. 46) rend presque certaine la restitution du mot calamite.

son A N US D'ÉPll È S E

On applique, sans ordre aucun, les substances les plus dissemblables, et, sans raison, sans méthode, on passe d’un ingrédient à l’autre jusqu’à ce qu’on ait trouvé, du moins le croit-on, l’agent décisif, s’il est vrai que chaque malade ait, •en raison de sa constitution propre, son remède particulier. Et c’estlà ce tâtonnement empirique que les Grecs appellent rasSiaTTuajv ~zy. px'i (1), qui n’oppose pas aux malades une thérapeutique réglée d’avance, mais des traitements à vérifier. Cependant il arrive que les accès parcourent leurs phases accoutumées, qu’ils se calment d’eux-mêmes, que, le déclin et bientôt après la rémission survenant, le malade guérit. Si par hasard on attribue à la médication le déclin du mal, on avoue par là même qu’elle a été nuisible au début, ou du moins qu elle n’a pas été appliquée en son temps (2). Aussi ceux dont je parle pensent-ils cpie les uns sont soulagés par une chose, les autres par une autre. Nous, au contraire, nous voyons là l'effet des phases successives et nécessaires que les organismes doivent traverser.

Au début conviennent les médicaments médiocrement resserrants; à la phase d’augment et à la phase d'état, les adoucissants et les relâchants ; dans le déclin, les émollients; dans les rémissions, les analeptiques et les métasyncritiques. Quant aux topiques froids ou aux répercussifs que l’on nomme en grec àzc'/.psur ~v/.oc, convenablement mélangés, ils peuvent devenir utiles, même s’il y a une inflammation quasi érysipélateuse. D’après quelques-uns, même employés sans atténuation, les réfrigérants soulageraient l’inflammation à la manière des relâchants : appliqués sur une tuméfaction brûlante, ils se réchaufferaient à son contact et, devenus

(1) Expérience improvisée. V. Galien, Des sectes aux étudiants, ch. 11. Galien y critique aussi la pratique des empiriques, mais avec beaucoup de modération.

(2) Comme les maladies, les médicaments avaient aussi leur temps qu’il fallait respecter. Voir, sur cette question obscure, les commentaires peu clairs ■de Galien dans la « meilleure secte, à Thrasybulc ».

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