‹ La goutte et le rhumatismeChapitre 67 sur 130 · L’IIUMOIUSME DE GAU EN · texte numérisé non relu

L’IIUMOIUSME DE GAU EN

ses écrits, on peut mesurer par avance l’énorme volume d’un traité de pathologie qui eût été composé tout entier par lui. Peut-être le succès ultérieur du galénisme eût-il souffert de cette abstention s’il ne s’était trouvé après lui des disciples fidèles pour mener à bien l’œuvre de vulgarisation qu’il déclinait. Entre Galien et Razès, par exemple, on sent la nécessité d’un ou de plusieurs intermédiaires développant, appliquant aux moindres divisions de la pathologie la méthode et la doctrine du maître.

Du travail de ces intermédiaires est sortie une description de la goutte qui a été pendant plus de mille ans le modèle classique, adopté, copié servilement par les médecins grecs et arabes, d’Aétius à Théophanes, Nonnos, de Sérapion à Avicenne; par les médecins occidentaux après Constantin l’Africain et surtout après la chute de l’Empire d’Orient. Au temps même de la Renaissance, les plus libres esprits, les plus dégagés en apparence des préjugés traditionnels, suivront pas à pas les errements anciens. Ambroise Paré, par ■exemple, se bornera à jeter quelques saillies gauloises à travers les phrases traduites textuellement de l’auteur galéniste.

Nous donnons ce tableau des diverses formes de la goutte, tel qu’il est dans le recueil d’Aétius. Qui l’a tracé ? Philagrius peut-être, ou iVétius lui-même ; le fait importe peu. Le véritable auteur, c’est Galien : lui seul a fourni le plan et les matériaux de ce travail ; le reste fut besogne de manœuvre. Lui seul a pu en associer si étroitement, si logiquement les éléments. Usant d’une ingéniosité extrême, il a fait concorder les diverses modalités de l’affection avec toutes les conditions, physiologiques ou autres, qui peuvent agir sur l’organisme humain.

La tentative était chimérique, impossible, et cependant on ne peut s’empêcher, oubliant la fragilité de l’édifice, d’en admirer la simplicité, la belle ordonnance et la grandeur, fout se trouvait si heureusement expliqué qu’on ne songeait pas il chercher ailleurs la raison des phénomènes ob-

serves. L’esprit se déclarait satisfait et perdait toute initiative, toute curiosité. lien a été ainsi de toutes les grandes théories médicales ; elles n’ont pas été des agents de progrès, mais des causes d'arrêt, sinon de recul. Utiles quand elles bornent leur ambition à classer les faits connus, elles deviennent dangereuses quand elles prétendent embrasseï d’avance et expliquer les résultats ultérieurs de l’observation.

Ce fut la grande erreur de Galien de substituer à l’humorisme ancien, sans traits bien arrêtés, assez indécis pour se façonner à mesure sur ce que l’avenir pouvait apporter dénotions nouvelles, un humorisme rigide, dont le sort était lié à la physique des anciens, à leur météorologie, à leur physiologie. Le jour où il fut démontré que le corps deshommes, que l’air qui les entoure, le sol et la maison qu’ilshabitent, les aliments qu’ils ingèrent, les animaux et les plantes qui leur fournissent leurs remèdes, que tout, leur âge, leurs fonctions, leur vie journalière et jusqu’à la saison de l’année, avaient d’autres qualités et d’autres vertus que d’être secs ou humides, chauds ou froids, et de l’être au premier ou au second, au troisième ou au quatrième degré,, ce jour-là le galénisme tomba d’une chute profonde. Il était tout-puissant, il devint ridicule, car c’est bien à Galien et à ses disciples et non aux vieux maîtres grecs que s’adressent et que se rapportent les railleries qu’a soulevées jadis le nom d’humoristes.

Voici donc quels sont, d’après l’école galénique,, les caractères propres aux diverses formes de podagre (i).

« Signes de la fluxion sanguine :

« L’humeur sanguine, si elle est abondante et modérément chaude, détermine une réplétion et une grande tuméfaction non seulement des veines, mais de toute la partie malade ; la peau n’est pas très chaude, mais elle est assez.

(i) Le douzième livre d’Àélius. Édit. Costomiris, p, 3~ et suiv.

L‘ HUMORISME DE GALIEN

rouge; il y a des battements profonds de la région enflammée, mais sans grande force. Dans ce cas on ne supporte ni les applications froides, ni les applications chaudes ; on •souffre toujours et sans relâche quand l’afflux sanguin est .continu et uniforme, par accès seulement quand l’afflux n'est pas constant. Les paroxysmes sont absolument quotidiens, mais ne durent pas autant que ceux qui sont dus à la pituite. Les urines sont rouges et médiocrement épaisses, et ont parfois un dépôt blanc, un nuage ou un énéorême. Si le sang tend à devenir pituiteux, les urines sont plus blan- •ches, plus épaisses, parfois troubles et chargées d’un dépôt •abondant. En même temps les veines recevant trop de sang se remplissent et se tuméfient. »

« Les conditions qui prédisposent à la pléthore sanguine sont : la période qui s’étend de l’adolescence h l’âge moyen, une alimentation trop succulente et trop nourrissante, des exercices modérés, le printemps, un séjour tempéré. »

« Signes de la fluxion bilieuse :

« Quand la fluxion est bilieuse, la peau de la région enflammée paraît quelquefois plus jaune qu’à l’état normal, d’autres fois, elle est d’une couleur intermédiaire au rouge et au jaune, quand il y a un mélange de bile et de sang. La •chaleur est extrême et brûlante et de plus réclame des applications froides. Et de fait on est soulagé par les réfrigérants actuels ou potentiels. Les paroxysmes sont tierces, surviennent rapidement et déclinent de même. L’estomac etles urines évacuent les produits excrémentitiels, tandis que la peau laisse transsuder ce qui est plus subtil. Les urines ne sont ni tout à fait rouges, ni tout à fait jaunes ; elles sont parfois âcres au point d’irriter au passage les voies d’excrétion. »

« Les soucis prolongés, les passions, les insomnies, la négligence en fait de bains, les fatigues, un régime propre à augmenter la bile et à amaigrir, l’usage d’aliments âcres et salés précèdent cette variété de fluxion. L’âge, le tempérament et le séjour prédisposants sont ceux qui sont chauds et secs en même temps, la saison est l’été. »

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