L A GOUT TE E T LE H II U M A T 1S M E
« Signes de la fluxion pituiteuse :
« Si, au contraire, la fluxion est pituiteuse, l’enflure se creuse sous la pression du doigt, elle est molle et modérée; la région douloureuse est blanche, les douleurs sont tantôt intenses, tantôt médiocres ; les paroxysmes reviennent chaque jour, se développent et augmentent lentement, durent plusieurs heures et. ne laissent entre eux qu’un court intervalle, sans rémission complète. Correspondent à cette forme de goutte la vieillesse, le tempérament humide et froid, un état analogue de l’air ambiant, l’hiver. Quelquefois les malades éprouvent une sensation profonde de froid dans la région atteinte. Les causes qui concourent à la génération de cette humeur pituiteuse sont : une vie oisive et molle, une alimentation propre à refroidir, à humecter et à épaissir ; les bains pris après le repas. Aussi les urines dans ce cas sontelles très épaisses et souvent troubles. Tels sont les signes de la pituite naturellement froide qui est la pituite proprement dite. »
« Signes de la pituite salée :
« Quand la pituite est salée, la couleur et la tuméfaction sont comme il a été dit pour la pituite simple, mais il y a des démangeaisons extrêmes et une douleur mordicante de la région. Les urines dans cette variété de fluxion pituiteuse et dans la précédente sont légères et aqueuses ou au contraire ont un dépôt épais et sont troubles. »
(( Signes de la fluxion atrabilaire :
« Quand la fluxion est atrabilaire, c’est-à-dire a des propriétés froides et sèches, et se montre rarement, les malades éprouvent parfois une sensation de froid ou une douleur profonde comme de brisement ou de déchirure ; la couleur des parties tuméfiées est brune, les accès sont quartes, les paroxysmes modérés comme étendue et comme violence. L'âge de cette fluxion est surtout l’âge de déclin, le tempérament celui qui est froid et sec... Cette fluxion vient à la suite d’une alimentation propre à engendrer la bile noire, à la suite de fatigues excessives ; la région
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habitée, la saison, qui est l’automne, les conditions de l’air sont froides et sèches. Les urines sont d’ordinaire légères et aqueuses dans les commencements à cause des obstructions, ensuite elles deviennent foncées et s’épaississent peu à peu; le dépôt peut être brun, ou mêlé, brunâtre et couleur de sang » (1).
Ce dernier paragraphe sur la fluxion atrabilaire suffirait à juger la conception galénique. Il est purement artificiel ; il 11e porte aucune trace d’observation; il n’a de raison d’être qu’une apparence de logique, un goût puéril de symétrie. Il y avait quatre humeurs, il fallait qu’il y eût quatre variétés de goutte. Après avoir tant bien que mal établi les fluxions sanguine, bilieuse et pituiteuse, c’était une nécessité de grouper un certain nombre de symptômes sous l’étiquette de goutte atrabilaire. Cette obsession du chiffre 4 a eu ici des conséquences absurdes. La goutte des quatre saisons, celle des quatre âges de l’homme pouvaient, dans une certaine mesure, se défendre ; la goutte continue, quotidienne, tierce ou quarte, moulée sur l’évolution de la malaria, est une ridicule invention.
L’essai d’urologie, le premier que nous connaissions, ne vaut pas mieux. Les caractères extérieurs de l’urine y sont donnés au hasard ; ses altérations visibles y sont disposées sans ordre, sans distinction de périodes et rattachées arbitrairement aux prétendues humeurs prédominantes. On ne saurait voir dans ce supplément, ajouté aux descriptions antérieures de la goutte, l’ombre d’un progrès, s’il n’y avait, perdue parmi les signes de la fluxion bilieuse, cette remarque exacte que les urines sont quelquefois âcres au point d’irriter au passage les voies d’excrétion.
(1) A la suée de ce paragraphe en est un autre intitulé : « Signes de la fluxion séreuse », mais le 11 ux séreux dérive ou de 1 humeur sanguine ou des autres humeurs et détermine, selon le cas, des symptômes analogues à ceux des quatre lluxions décrites, mais à un degré atténué. C’est la 11 ux ion qui correspond aux formes légères de la maladie.
Nous devions nous arrêter à ces pages et les reproduire, non pour leur valeur médicale minime, mais pour leur importance historique qui n’a été que trop grande, et aussi parce que cela nous permettra de passer sous silence les versions presque identiques qu’en ont données Alexandre de Tralles, Paul d’Egine et nombre d’autres, qu’ils aient écrit en grec, en arabe, en latin ou en français.
Il nous reste maintenant à glaner dans l’œuvre de Galien quelques courts passages relatifs à notre sujet. Nous savons ce qu’il pensait de la goutte des enfants et des eunuques; les autres fragments concernent les rapports de la podagre avec l’arthritis, ses localisations, ses métastases, son traitement. Il considère l’identité de l’arthritis et de la podagre comme étant fondamentale, absolue, et il ne recule devant aucune des conséquences de cette confusion. Il dit, par exemple, qu’il est honteux de voir un homme, que la nature a fait sain, devenir goutteux par sa faute et être obligé de se faire porter, et il ajoute : « N’est-ce pas une honte aussi de voir, merveilleux effet de l’arthritis, un homme être incapable de se servir de ses mains, avoir besoin d’une main étrangère pour porter ses aliments à sa bouche ou pour essuyer son derrière dans les latrines? Et, à moins d’être entièrement ramolli ne vaut-il pas mille fois mieux mourir que de mener une pareille vie ? w (i). C’est que, en raison delà confusion faite entre les deux affections, arthritis et podagre étaient également synonymes de paresse et de débauche.
En revanche, quand Galien recherche pour quelle raison, dans les maladies humorales, les fluxions se portent sur tel ou tel organe, il adopte les conclusions les plus judicieuses, et, aujourd’hui même, nous n’expliquerions pas autrement que lui les diverses localisations des agents infectieux ou des produits toxiques. Il admet, comme les vieux humo-
(i) Galien. T. VI, p. 3n.
L'IIUMOJUSME DE GALIEN