‹ La goutte et le rhumatismeChapitre 69 sur 130 · Vj · texte numérisé non relu

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listes grecs, une lutte entre les divers éléments dont nous sommes composés : celui qui est le plus faible devient le réceptacle de toutes les impuretés, le déversoir de tout ce que les autres ont éliminé ou repoussé. 11 écrit, à ce sujet, un court chapitre de pathologie générale, le meilleur peutêtre qui nous reste de lui.

« Toutes les maladies de ce genre (il s’agit des maladies humorales) résultent de ce fait que la nature rejette toujours le déchet -KEp'-Tcv sur les parties les plus humbles. Beaucoup d'autres l’ont répété avant moi, mais ils n’ont pas dit comment se fait cette exonération. C’est reconnaître, nous le savons, quelque raisonnement et quelque intelligence à la nature que de dire simplement qu’elle rejette des parties nobles sur les parties humbles tout ce qui se trouve en elle d’inutilisable; mais les crises heureuses qui surviennent au cours des maladies révèlent manifestement l’action de quelque force pareille. Quel est leur mode de genèse ? Cela n’a pas été suffisamment expliqué par mes devanciers : ils n’ont pu montrer d’une façon précise ce qu’étaient ces forces naturelles sur lesquelles nous avons insisté dans d’autres ouvrages, ils n’ont pu en dire le nombre, le caractère, ni le rôle particulier. 11 devient au contraire facile d’expliquer tout cela si l’on adopte les principes que nous avons établis ».

« Il y a quatre facultés (ou mieux forces ouvap.ctç) que possèdent également les parties élémentaires des animaux et des plantes : l’une attire l’aliment convenable, une autre le retient, une autre le transforme, la quatrième élimine le déchet (mot à mot le superllu), qui peut être tel en raison de sa quantité ou en raison de sa nature. Toutes les parties du corps n’ont pas une égale force : les unes, les parties nobles, ont été dès l’origine faites plus fortes par la nature; il est donc logique que dans les corps chargés d’impuretés et de produits superllus quelque chose s’en écoule vers les parties plus humbles. Et comme ce déchet est chassé de toutes les parties fortes et qu’il ne peut se faire recueillir

LA GOUTTE ET LE li HUMA TI SME

ii u 1,1 e part, il se réfugie clans la partie qui est la plus faible de toutes. Cette partie faible peut l’être pour diverses raisons : elle peut avoir été lésée dès la première formation de l’animal; elle peut avoir été lésée plus tard; elle peut encore être faible par destination, comme est la peau. Celleci en effet n’étant pas faite pour l’action, mais pour l’usage, devait être plus faible que les parties actives. Elle n’est en quelque sorte que l’enveloppe et le vêtement naturel de l’animal, ne lui assurant ni la digestion, ni la distribution de l’aliment, ni l’hématose, ni le pouls, ni la respiration, ni le mouvement instinctif -/.aO ' cpp/qv, ni une fonction quelconque. Enfin, en raison de sa situation périphérique, il est naturel qu’elle reçoive les déchets du corps entier ».

« La nature, en effet, s’est façonné dès l’origine un certain nombre d’organes destinés à évacuer les déchets, et ces organes suffisent à assurer la santé, pourvu que l’être vivant ne subisse aucune atteinte fâcheuse de l’air ambiant; ni qu’un mauvais régime ne fasse regorger le corps tout entier de résidus excrémentitiels. Mais, s’il survient quelque accident de ce genre, les seuls organes physiologiques ne suffsent plus à éliminer la masse des déchets; alors des flux se jettent sur les parties les plus faibles, repoussés qu ils sont des parties plus fortes. 11 arrive aussi parfois que le rétrécissement des pores des organes éliminateurs est la cause de ces transports sur d’autres régions. Telle est l’origine première et la genèse de tous les troubles morbides que nous avons dits. Ajoutez que le mal s’accroît encore dans les régions mêmes où il s’est réfugié, du fait des résidus excrémentitiels qui y sont enfermés et qui s’y décomposent et arrivent à ce point de malignité qu’ils corrompent aussi l’humeur qui leur arrive ensuite, cette humeur fut-elle bonne et utile de sa nature ! » (i).

Le passage de Galien que nous venons de citer renferme

(i) Galien. De morborura causis, cap. vii. Éd. Kuhn, t. VII, p. 23-20.

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bien des notions intéressantes qui mériteraient de retenir notre attention ; nous reviendrons plus tard sur ce qu’il y est dit de la localisation des lésions au lieu de moindre résistance, sur la tendance instinctive de l’économie à réparer ses lésions et à éliminer les poisons morbides, sur le mécanisme des crises et sur les conséquences d’un arrêt des émonctions normales; nous retiendrons seulement ici l’énumération et la définition des quatre facultés naturelles, des quatre forces qui commandent les divers actes de la nutrition. Sur ce point les idées de Galien n’ont pas vieilli d’un jour. 11 suffit pour s’en convaincre de leur comparer les doctrines récemment exposées par Bouchard : « Le caractère commun de l’activité de toute particule vivante, c’est donc un double mouvement moléculaire, continu, d’introduction et d’expulsion, en même temps qu’un double travail continu de transmutation chimique, l’un qui suit l’introduction, l’autre qui précède l’expulsion... C’est la vie avec son double mouvement d’assimilation et de désassimilation, de création et de destruction... Dans cette conception, l’assimilation comprend un acte physique, la translation de pénétration, et un acte chimique, la transmutation vivifiante; la désassimilation comprend également un acte chimique, la transmutation rétrograde, et un acte physique, la translation d’émission (i) ». On le voit, les quatre actes de la nutrition ainsi comprise répondent assez exactement aux quatre facultés, aux quatre forces de Galien.

On ne peut reprocher à celui-ci qu’une distinction insuffisante entre la seconde faculté et la troisième. Revenant ailleurs sur ces quatre facultés immanentes h toutes les parties de l’organisme, il dit ceci : « La première, que je nomme attractive, appète et tire il elle les sucs convenables ii la partie; après elle une seconde, dite modificatrice, assimile le suc attiré aux produits antérieurs de la nutrition ;

(i) Cli. Bouchard. Maladies par ralentissement de la nutrition, p. i(i.

LA GO urne ET LE II HUMA TI SME

li cette faculté, deux autres viennent en aide, celle qui est dite rétentrice, et par qui la partie digère le suc attiré et le transforme en sa propre nature, et la faculté éliminatrice qui expulse, cette digestion finie, ce qui n’a pas été utilisé, ce qu’on appelle le déchet (i) ».

La théorie de la résistance individuelle des organes aux atteintes qui leur viennent du dedans ou du dehors devait conduire à celle des métastases goutteuses : elles sont liées étroitement l’une à l’autre. Galien les associe dans le passage suivant qui est, avec une courte allusion à la goutte remontée à l’estomac (2), tout ce que nous avons trouvé à ce sujet dans ses œuvres légitimes ; dans son second commentaire au traité de la nature de l’homme , il discute cette ph rase de l’auteur « les fluxions qui se portent des parties plus faibles vers les parties plus fortes sont d’une résolution plus facile » et en précise le véritable sens. Cela veut dire, selon lui, que les parties fortes se débarrassent plus facilement, en les détruisant, des principes nuisibles que les parties faibles, mais par parties plus fortes il ne faut pas entendre organes essentiels, ce serait fausser l’opinion citée, « car il vaut mieux voir l’humeur nuisible passer îles parties nobles aux parties humbles que de la voir suivre la route inverse. Nous avons vu souvent les poussées articulaires des arthritiques et des goutteux être déplacées , portées sur quelque organe essentiel et amener la- mort du malade. Il n’y a alors qu’une chance de salut, c’est de pouvoir rappeler le mal vers le membre qu’il a quitté » (3).

Dans la thériaque à Pison, petit traité qui paraît avoir été écrit dans les dernières années du règne de Septime Sévère et par conséquent ne saurait être de Galien, l’auteur, proclamant les bons effets de la thériaque chez les goutteux,

(1) Galien. T. VIII, p. 867.

(2) Id. T. X, p. 5i3.

(3) Id, T. XV, p. 129.

V HUMORISME DE GALIEN

mentionne en passant les métastases pulmonaires. « Les goutteux et ceux qui ont des fluxions articulaires généralisées sont soulagées par la thériaque, alors surtout que la période d’augment est passée et qu’on est à la période d’acmé. Tandis qu’on remédie aux douleurs par des applications calmantes, il faut donner à l’intérieur la thériaque pour arrêter les fluxions, car cet antidote dissipe celles qui sont déjà faites et empêche qu’il ne s’en fasse d’autres. L’action est surtout efïicace quand on prend la thériaque en santé et d’une façon régulière, car elle consume le superflu des humeurs et modifie l’économie entière. Les autres médicaments internes que prennent les goutteux pour se débarrasser de leur mal empêchent bien la fluxion de se porter sur les pieds, mais, comme ils ne détruisent pas l’humeur superflue, ils créent un nouveau et plus grand danger. Le flux morbide circulant dans l’organisme sans être fixé, le poumon toujours en mouvement, en raison de la nécessité de ses fonctions respiratoires, et plus apte à se laisser envahir par un afflux liquide à cause de la laxité de sa structure, l’attire tout à lui et le malade est suffoqué. C’est un fait avéré que j’ai moi-même observé souvent; aussi je déconseille absolument l’ingestion de ces drogues » (i).

On le voit, l’auteur de la thériaque à Pison, quoique adversaire des méthodiques, n’est pas éloigné de leur sentiment à l’égard des remèdes antigoutteux; il se rapproche aussi de ceux qui de nos jours reprochent au salicylate de soude et au colchique cl’empêcher par une sédation trop rapide des désordres locaux la destruction graduelle et l’élimination spontanée du principe goutteux, et de permettre ainsi les complications viscérales. Mais pourquoi notre auteur, si sévère pour les autres antidotes, est-il si élogieux pour la thériaque ? La vérité est sans doute celle-ci : si per-

(i) Œuvres de Galien. T. XIV, p. 27L

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