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Cela fait, ou la douleur ne revient plus, ou du moins elle est plus légère et plus facile à calmer (à l’aide de bains tièdes, d’applications de jusquiame et d’opium, et du repos absolu de la jointure).
S’il a affaire à un homme sanguin, Philagrius a recours à la saignée, non pas une fois, mais deux, trois fois et plus. Si l’on n’agit pas ainsi et qu’on se contente de remèdes répercussifs, on crée un grand péril : « Repoussé des parties les plus humbles vers les parties nobles et nécessaires à la vie, le sang se jette sur l’une de celles-ci, foie, diaphragme, poitrine, poumon ou même cœur, ce n’est plus une maladie, c’est la mort même... Je me souviens d’avoir saigné deux fois un homme des plus pléthoriques et des plus sanguins et d’avoir vu clairement quelle était l’efficacité d’une saignée faite du côté correspondant au membre malade : la fluxion était au pied droit, je le saignai à la main droite et aussitôt, il fut délivré de ses douleurs ; la fluxion ayant reparu trois jours après à l’autre jambe, je le saignai à la main gauche, les douleurs disparurent de nouveau » (i).
Sobriété en toute chose, exercice, frictions, massage, saignée, purgations, constituent déjà une thérapeutique assez active, mais Philagrius est jaloux de ses devanciers : ils ont inventé des antidotes, des spécifiques antigoutteux, i! veut avoir le sien. « Les médicaments internes que l’on donne aux goutteux et aux arthritiques sont nombreux, divers et variés; je connais cette foule de drogues, et le tetrapharmacon, et le remède au millepertuis et le remède à la gentiane et les autres dont usent habituellement les médecins pour les podagres avérés, pourtant j’ai composé, moi aussi, un médicament que je crois capable d’échauffer, tout en humectant légèrement, d’atténuer les humeurs épaisses et visqueuses, et, vertu qu’il possède à un haut degré, d’ouvrir les voies d’excrétion, de relâcher le ventre,
(i) Aktius, p. 4 5-4 G.
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de provoquer les urines et aussi de réveiller les actions naturelles et de provoquer ce qu’on appelle la perspiration insensible ». Suit la formule interminable de ce remède qui devait pouvoir remplir bien des indications puisqu’il contenait plus de cinquante substances diverses. Nous ne citerons que la dernière parce qu’elle a donné son nom à l’antidote lui-même, o».à t wv ôct'wv, c’est la cendre d’os ; on choisissait les os des jambes de cerfs ou de bœufs, a La substance des os, dit Philagrius, a la propriété de consumer et de b dessécher au point qu’employée seule, longtemps et comme il faut, elle peut guérir les arthritis invétérées (i). »
Sans faire de Philagrius l’inventeur conscient de la médication alcaline et si difficile qu’il soit de démêler l’idée qui l’avait guidé, il faut reconnaître qu’il attribuait aux cendres d'os et h d’autres substances de composition voisine une action spéciale sur l’organisme du goutteux. Nous trouvons en effet dans le livre si précieux d’Aétius une autre préparation également due h Philagrius et également alcaline, un médicament à la cendre d’écrevisses, dont il dit qu’il convient aux corps mous et remplis de produits excrémentitiels : <( J’ajoute h la formule de ce médicament huit drachmes de persil, et le plus souvent dix, pour le rendre diurétique, et j’ai soulagé ainsi beaucoup d’arthritiques et surtout ceux qui ont la chair molle et blanche (2) ».
Après avoir résumé le traitement général que Philagrius faisait suivre à ses goutteux, nous pouvons énumérer rapidement les applications locales dont il usait et dont il soignait la préparation avec cette minutie qu’il parait avoir apportée dans tout ce qu’il faisait ou écrivait. C’étaient les remèdes
(1) Aétius. Ibid., p. 1 15 et suiv. Philagrius n'avait pas découvert la cendre d’os. On lit dans Galien (t. XII, p. 34a) : « Quelques-uns de nos contemporains ont administré dans des potions de la cendre d’os, sans dire au patient ce qu’il buvait pour ne pas provoquer de dégoût et ont ainsi guéri nombre d cpileptiques et d'arthritiques. »
(3) Ibid., p. ia4.