‹ La goutte et le rhumatismeChapitre 72 sur 130 · LA G 0 U T T E E T LE 11 II U M A T I S M E · texte numérisé non relu

LA G 0 U T T E E T LE 11 II U M A T I S M E

2 Go

à l’acacia et aux deux ellébores, à l’huile de laurier, aux métaux (emprunté à Galien), à la soude et à l’huile, à l’urine de mulet; quelques-uns croyaient ce dernier remède plus efficace quand, pendant la cuisson, on crachait dans la marmite et ii terre, en prononçant quelques mots barbares, « mais, dit naïvement Philagrius, je crois qu’il n’est ni utile, ni convenable de reproduire ces mots, car le remède préparé sans ces clameurs a tout autant d’efficacité » ; c’était encore un topique calmant (llépione) à l’aneth et à l’huile d’olives vertes; un remède très vanté contre les tophus, mélange bizarre de matières grasses, de poussières métalliques, de racines et de crottes de chien (i); et enfin une pratique plus hardie et plus efficace, l’application de vésicatoires sur les jointures malades. « On doit appliquer sur les articulations de la main ou du pied des remèdes vésicants, quand la maladie est devenue chronique; on fait une sorte d’emplâtre avec de l’écorce de racine de câprier et de garou pilée dans de la lie de vinaigre; on l’applique sur la région enflammée et on le laisse deux heures en place, puis on perce les ampoules et on répand par-dessus de l’eau froide. Quelquefois il faut laisser l’emplâtre appliqué pendant trois heures (2). »

En rapprochant les divers fragments que les Byzantins et les Arabes nous ont laissés, on peut reconstituer quelques-uns des traits de la physionomie de Philagrius. Il fut le premier et le plus remarquable exemplaire d’un type que nous verrons reproduit à l’infini, le type du galéniste orthodoxe, qui deviendra par des dégradations successives le médecin de Molière, l’humoriste impénitent des derniers jours. Aussi nous semble-t-il que dans les études consacrées à Galien, à sa doctrine, à sa longue domination, on n’a pas donné une place suffisante à cet apôtre qui rédigea avec tant de patience et de fidélité l’évangile de la nouvelle foi.

(1) Oribase. Synopsis, IX. 5ç.

(2) Philagrius. Cité par Razes dans lo Continent, fol. 2Ôi.

L' HUMORISME DE GALIEN

aG

Oribase, qui vécut peu après Philagrius, ne fut guère moins galéniste que lui, au moins clans les ouvrages où il a mis quelque chose cle lui-même, c’est-à-dire dans la Synopsis et dans les Euporistes. Quanta la grande Collection Médicale cpii porte son nom, il n’en fut que l’éditeur, éditeur assez éclectique ; s’il y a cité Galien un peu trop souvent, il a fait appel aussi aux meilleurs médecins de toutes les écoles. Aussi cette œuvre serait-elle de toutes la plus précieuse, si elle nous était parvenue dans un meilleur état.

On sait l’origine de ce livre. L’empereur Julien voulant montrer à ses peuples ce qu’ils devaient à la culture hellène, pure de christianisme, ne pouvait choisir un meilleur exemple cpie l’histoire médicale. Dans ce domaine la Grèce païenne avait régné sans partage. Il demanda à son médecin, ;i son ami, Oribase de Pergame, cet inventaire de la pathologie ancienne en 70 livres qui porte le nom de Collections Médicales. Il ne s’agissait pas de dire ce qu’il fallait savoir sur tel ou tel sujet, mais de reproduire textuellement ce qu’en avaient dit les médecins les plus autorisés depuis les temps hippocratiques jusqu’au iv° siècle. C’est une suite de morceaux, assez longs parfois, empruntés à un très grand nombre d’auteurs, dont quelques-uns ne nous sont connus que par ces fragments mêmes.

Nous avons déjà puisé à cette source, quand nous avons eu à étudier l’œuvre de Rufus et celle d’Hérodote; malheureusement le livre qui était consacré à la goutte a disparu ou se trouve encore perdu dans quelque manuscrit ignoré. On a pensé que l’ouvrage d’Aétius auquel nous avons fait tant d’emprunts devait ressembler beaucoup parle fond et par la forme au livre d'Oribase ; mais la comparaison des chapitres parallèles, trop peu nombreux, montre plus de différences que d’analogies. Aétius modifie, abrège les passages qu’il cite, prend quelquefois la parole en son propre nom et enfin, par sa faute ou par celle des copistes, nous laisse trop souvent dans l’incertitude sur l’origine des notions qu’il nous transmet. Tout autre est la méthode suivie

Page 1