‹ La goutte et le rhumatismeChapitre 79 sur 130 · L .4 G 0 U T T E E T L E It II IJ MA T I S M E · texte numérisé non relu

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cette disposition des tissus musculaire et élastique à se laisser distendre, à s’allonger sous le poids des organes qu’ils sont destinés à soutenir.

Les descriptions de l’arthritis, de la sciatique cl du lumbago extraites par Razès du livre des signes renferment aussi des lambeaux de phrase qui ne laissent aucun doute sur leur provenance. Rapprochées du passage correspondant d’Avicenne, qui nous donne une seconde version latine d’un même texte arabe, elles permettent de contrôler une page fort maltraitée de Cælius et d’y rectifier un passage absolument incompréhensible sur la sciatique, celui qui concerne les bons effets de la compression du membre atteint et l’aide qu’elle donne aux premiers pas du malade.

La mention que fait Razès des livres indiens consultés par lui ou par ses prédécesseurs immédiats est un fait très important. C’est la seconde fois que nous relevons, dans les œuvres que nous avons à étudier, une trace de l'influence orientale. La première fois, il s’agissait des pythagoriciens et de leur pathologie générale d’une part, de l'Inde védique et de ses hymnes transmis oralement de l’autre; cette fois-ci, il s’agit de livres composés plus récemment par Çaraka, Suçruta et quelques autres et cités en témoignage par des hommes vivant à une époque que nous pouvons préciser. Or, on le sait, ce qui manque le plus à l'histoire de la médecine hindoue ce sont les dates, les points de repère : l’époque où les Arabes ont eu connaissance des livres indiens fixe au moins une limite en deçà de laquelle on ne saurait faire vivre les auteurs de ces ouvrages ; le champ de l’incertitude et de la discussion reste d’ailleurs assez grand.

Cependant une notion récente est venue jeter quelque lumièresur cette question obscure. Des contes chinois d’origine hindoue, nous ont appris que Çaraka était le médecin, le conseiller et l’ami de Kaniska, roi des Indo-Scythes vers

LES ARABES ET LA GOUTTE

commencement cle 1ère chrétienne (i). Ce royaume éphéère de l’Indo-Scythie, avec sa double culture grecque et iiîdoue, était un terrain merveilleusement propre aux bhanges entre les deux races. Dans ce commerce scienti- [iie, la médecine grecque a donné plus qu’elle n’a reçu ; de a fourni notamment aux médecins de l’Inde cet humossme qui était un cadre si commode aux descriptions chiques. Nous en donnons plus bas une preuve tirée de l’his- •)ire même de la goutte et du rhumatisme.

Il est probable que Razès a peu lu les livres indiens dont il arle, car il se borne, au moins dans le XIIe livre, à citer le om de son maître, Thabary en le faisant suivre de ces mots • e li bris indis ; cjnod invertit in libris inc/ianis, ou pro in dis ;

; uelquefois cependant il dit de libris indis , sans faire menion de Thabary. Voici deux exemples des emprunts faits

t>ar Razès aux livres indiens; ils sont peu importants, Thabary, d’après des livres indiens. Chaque fois que le aang s’accroît, il engendre la goutte (2) ». « Le lait de vache st meilleur que tout autre ; il convient dans la phtisie, asthme, la goutte et les fièvres chroniques (3) ».

M ais quelquefois, dans les chapitres étrangers à notre ujet, nous trouvons des mentions plus précises : «• Sarak indus » ne peut être que Çaraka et « Sesirid » est sans loute Suçruta bien qu’on regrette de lui voir soutenir c qu'un lavement poussé trop fort remonte jusque dans ’estomac etsortpar les narines (4) ». Ces deux auteurs, Çaaka et Suçruta, Razès pouvait les lire directement car il en existait des traductions arabes faites au cours du vme siè-

(1) Sylvain Lüvi. Notes sur les Indo-Scythos. Journal aslalufue , nov déc. 189(1, p. 444 et suiv.

V aussi Reinaud. Relations politiques et commerciales de 1 empire romain avec 1 Asie orientale. Paris. i863, p. 1 04 et suiv.

(2) Razès. Loc. cil., p. 243.

(3) Ici., p. 406.

(4) Ici., p. 1 80.

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cle(i). Les autres citations d’auteurs indiens, le plus souvent anonymes, sont presque toutes empruntées à Thabary le fils, Aboul Hassan Ali ben Rabban Etthabary qui écrivait vers 85o (2).

Nous aurions voulu chercher quelle place tenait la goutte dans la pathologie indienne, malheureusement les documents nous font défaut ; le seul que nous puissions consulter est l’Ayurveda de Suçruta dont Messier a fait jadis une traduction latine fort critiquée. Nous ne savons si elle mérite tous les reproches qu’on lui a faits ; en tout cas, elle nous a paru conforme, dans ses grandes lignes, au résumé qu’ont donné de la pathologie hindoue et en particulier des livres de Çaraka et de Suçruta ceux qui ont eu les textes mêmes sous les yeux (3).

Sous le bénéfice de ces réserves, l’ouvrage de Suçruta laisse au lecteur cette double impression : d’une part la médecine hindoue et la médecine grecque sont foncièrement indépendantes, de l’autre elles ont sur de nombreux points particuliers des ressemblances telles qu’on est amené à supposer entre elles quelque contact, quelque échange, dont il reste à préciser l’époque et les conditions.

Pour ne pas sortir de notre sujet nous chercherons ce qu’est la goutte dans l’une et l’autre pathologie. Chez les Grecs, à partir de l’époque alexandrine, la goutte est au premier rang des affections articulaires comme la plus fréquente et la plus grave ; elle est décrite avec soin, tandis que le rhumatisme articulaire aigu, l’arthritis, y est traité si sommairement qu'il faut le chercher en quelque sorte entre

(1) L. Leclerc. Histoire de la médecine arabe, I. p. 288.

(2) L. Leclerc. Ibid., p. 2Ç)3.

(3) Voir : Wise. Review of the liistory of medicine, 2 vol. in-8°. Londres, 1867.

Sir Bhagvat Sinh Jee. A short history of Aryan medical science. Londres, l8t)6-

Gharaka-Samhita. Translated into English by Avinash Cbandra Kaviratna. Calcutta, in-8°, i8g4 (le commencement seul a paru).

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