‹ La goutte et le rhumatismeChapitre 87 sur 130 · IG · texte numérisé non relu

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lombard, la recherche d’une sécurité relative a fait plus sans doute, pour le choix de cet asile, que toute autre chose, que la beauté môme du site et du climat.

Ville tranquille et salubre, Salerne avait encore d’autres avantages précieux pour une école. Comme le duché dont elle faisait partie, elle était enclavée dans un territoire qui reconnaissait encore l’autorité de l’empereur. Dans l’Italie méridionale, de Naples à Otrante, les actes officiels étaient rédigés en langue grecque, le rite grec était suivi dans un grand nombre de paroisses; le nombre des clercs et des laïques parlant à la fois le grec et latin était assez grand. C’était là des conditions propices à un passage facile de la : science d’Orient en Occident.

De plus Salerne était en face de l’Afrique : les rives de son o-olfe excitaient la convoitise des Sarrasins, et Amalfi, sa voisine, en souffrit souvent. Ces expéditions, si fréquentes qu elles fussent n’empêchaient pas de nouer des relations commerciales et intellectuelles (1), et nous verrons que d’assez bonne heure la médecine de Salerne porta l’empreinte d’une influence arabe. Avant ces échanges, avant les événements que nous avons rappelés, Salerne avait pu connaître l’école latine de Carthage, et peut-être en recueillir les débris. Les fuyards de l’Afrique, du pays qui allait s'appeler le Maghreb, ne pouvaient trouver aucune terre qui leur rendit, plus que Salerne, cette culture demi-grecque et demi-latine qui avait été leur partage jusqu’à la conquête musulmane.

Enfin, non loin de Salerne, était le Mont-Cassin, fondé par saint Benoît en 629. Au siècle suivant, les bénédictins, qui furent, dès leur origine, des amis des lettres et prirent une grande part à la conservation des œuvres médicales, vinrent s’établir à Salerne même (6q4) : ils n’ont pas fondé

(1) De Mas-Latrie. Relations et commerce de l’Afrique septentrionale ou Maghreb avec les nations chrétiennes au moyen âge. Paris, 188G.

l’école médicale, mais ils ont sans aucun doute aidé à ses progrès.

Cette succession d’événements éclaire les origines de Salerne. Au cours du vin0 siècle, tous les centres d'instruction médicale disparaissent ou déclinent; peu de temps après apparaît Salerne qui, par sa situation géographique, son indépendance politique, ses rapports faciles avec les terres de l’empire ou les pays conquis par l’islam, était comme désignée pour être le séjour des études paisibles, pour réunir et associer dans ses doctrines la médecine purement grecque, la médecine gréco-latine et la médecine gréco-arabe.

Du reste, cet enchaînement historique qui rattache Salerne aux écoles d’Afrique et d’Italie, et par elles à l’Orient hellénique, on en trouve la trace et la preuve dans l’enseignement donné chez les premiers Salernitains.

Le plus ancien ouvrage qui nous soit parvenu sous le nom d'un Salernitain, c’est le Passion/iaire, dont l'auteur, Gariopontus, llorissait dans la première moitié du xie siècle (i). Si l’on y cherche le chapitre qui concerne la goutte, on constate qu'il reproduit littéralement deux sortes de fragments que nous connaissons bien : un passage du traité de Cælius désigné sous le nom d’Esculapius et une série de paragraphes tirés du onzième livre d’Alexandre de Tralles. La part de l’auteur prétendu, ou plutôt de l’éditeur, est aussi petite que possible. Pour l’Esculapius, tout se borne à quelques changements de mots, et à une modification de classement. Tandis que dans l’Esculapius le chapitre de podagra (ch. xlvii) est immédiatement précédé d’un chapitre de artretica (ch. xlvi), dans le Passion/iaire, l’étude de l’arthritis est rejetée au livre suivant comme celle d’une maladie bien différente de la podagre. Cette étude de l’arthritis, c’est-à-dire du rhumatisme articulaire, est, elle aussi, une copie de 1 Esculapius.

(i) Gaïuopontus. De morborum causis, etc. Bâle, 1 536 , in-8°.

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