‹ La goutte et le rhumatismeChapitre 88 sur 130 · SALER NE. — LES ARABISTES · texte numérisé non relu

SALER NE. — LES ARABISTES

En ce qui concerne Alexandre de 1 ra lies, le texte du onzième livre a été abrégé; beaucoup de paragraphes ont 5té supprimés, beaucoup de recettes, et parmi elles les plus ridicules, ont été laissées de côté. Celles que l’auteur a maintiennes ont subi de légères modifications de forme. Enfin , raelques formules nouvelles ont été ajoutées, sans indication d’origine, celle-ci, par exemple : « Poudre purgative , l’une efficacité éprouvée, découverte par des médecins de nérite : elle calme admirablement les douleurs furieuses les o-outteux, adoucit la chaleur brûlante et, aussitôt après me évacuation, soulage les membres du malade au point pi’il peut revenir de sa chaise a son lit sans l’aide de personne. R. Hermodactes, Scammonée, âà 2 drachmes; cumin, lîostus, girofle, fui 1 drachme; donnera la dose d’un sou d’or 4g,',55) dans du vin blanc ou de l’hydromel. Ou encore en ■ilec-tuaire au miel dans 5 drachmes d’eau (1) ». Le colchique )u hermodacte est donné ici dans les formes et aux doses communes (igr,3o), mais l’auteur renchérit encore sur ses devanciers et admet une action merveilleusement rapide, presque instantanée du médicament.

Ainsi le Passionnaire n’est pas une œuvre originale, mais lune simple compilation. Crelius et Priscien, pour la méde- | fine néo-latine, Paul d’Egine et Alexandre de Tralles, pour la médecine byzantine, en ont fourni les éléments. Le : ait a été reconnu de tout temps pour les trois derniers [uuteurs, maison peut s’étonner que les titres des manuscrits ne portent pas le nom de Cadius à côté des autres (2) et pie Simon de Gènes, parmi les ouvrages dont il a extrait sa U Claris Sanationis cite le passionnaire en ajoutant : sed quia I [ iber ex epistola Galeni acl Glauconem et ex libris Pauli et Alexandri et Theodori compositus est, pauca mihi contulit (3).

(1) Gariopontus. Loc. cit.. p. 2 5o.

(2) Collect. Salem., 1, p. i3<).

(3) Ibid., p. Go.

Delpeuch.

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LA G OU TT I i ET LE RHUMATISME

Le nom de Cælius n’est pas cité, ni, à son défaut, le pseudonyme Esculapius.

Par son mode même de composition, le livre de Gariopontus nous montre ce qu’il voulait être, le livre d’étude par excellence, l’encyclopédie médicale. Aussi fut-il la base unique, à peu de chose près, de l’enseignement au début du xie siècle. On lui adjoignait quelques ouvrages de matière médicale et de thérapeutique. Deux de ces livres ont été, comme le Passionnaire lui-même, attribués à Galien puis restitués comme lui à Gariopontus. Ce sont le de Dijnamidiis et le de simplicibus medicamenlis ad Paternianum , deux compilations (i).

Jusqu’ici Salerne ne fait que continuer Carthage et Ravenne ; elle accueille à la fois, et juxtapose, sans s’apercevoir du contraste des doctrines, les notions qui lui viennent du méthodisme latin et du galénisme grec; mais bientôt, dès le milieu du xi° siècle, du vivant même de Gariopontus, elle voit éclore brusquement une littérature médicale dont la richesse, opposée à l’indigence des siècles précédents, a étonné avec raison les historiens. Les maîtres, rares jusqu’alors, deviennent nombreux; ils montrent pour l’observation des malades, pour l’étude des livres anciens et surtout pour la recherche et l’emploi des médications de toutes sortes, ce même zèle que nous avons vu animer les Arabes des premiers siècles. Aussi pouvons-nous lire une description de la goutte dans six petits traités de pathologie écrits dans un espace de moins d’un siècle, sans parler de ceux qui ne nous sont pas parvenus. Ces Pratiques, comme on disait alors, sont celles de Jean Platearius, de Cophon, de Petronius, de Bartholomæus, de Jean Afflatius et d’Archimathæus.

(i) Ces deux ouvrages sont imprimés avec les œuvres de Galien dans lédition des Juntes, notamment dans la 9“ édition. Venise, 1620, parmi les S pur ii libri.

SALERNE. — LES ARABISTES

Deux d’entre elles étaient connues et imprimées depuis longtemps, celle de Platearius qui se trouve associée d’ordinaire à la Pratique de Sérapion (i); celle d’Afïïatius qui n’est autre que le Liber Aureus compris à tort dans les œuvres de Constantin. De Renzi a publié le sommaire du traité de Petronius (ou Petroncellus), et le traité entier d’Archimathæus (2) dans sa collection. Quant à Cophon et à Bartholomæus, on peut lire leur ouvrage par fragments dans le de Æiiritadinum curaiione tractatus, véritable résumé de la médecine salernitaine dans la seconde moitié du onzième siècle et au commencement du xne. L’auteur de cette compilation a procédé comme l’auteur du Passionnaire ; à propos de chaque maladie, il a réuni, copié littéralement et mis bouta bout les passages correspondants des auteurs les plus estimés de son temps, Platearius, Cophon, Petronius, Bartholomæus, Afflatius, Ferrarius, Trotula (3). Jean Platearius, Cophon et Petronius ont vécu peu après Gariopontus, Bartholomæus est de la fin du onzième siècle, Afflatius était un élève de Constantin l’Africain et écrivait sans doute au commencement du xne siècle, comme Archimathæus.

Ces œuvres diverses ont une physionomie commune : elles cherchent avant tout l’application immédiate des notions médicales et dédaignent la théorie ; la pathogénie des affections est h peine indiquée d’un mot, la description en est très concise ; en revanche, le traitement est longuement développé. Ce sera le caractère propre de la médecine salernitaine d’être pratique, ce qui est une qualité, mais d’être populaire et empirique, ce qui est un défaut. Aussi laisserat-elle plus de traces dans l’histoire de l’hygiène et de la pharmacie que dans l’histoire de la pathologie.

En matière de goutte, quelle est cette pathologie salerni-

(1) Par exemple clans le vol. Sérapion. Pralica, etc.. in-4°. Lyon, i52o, où 1 on trouve aussi le Circa-instans. La première édition est de Venise, 1 4 9 7 •

(2) T. IV et V de la Collectio Salernilana.

(3) Coll. Salem., t. II, p. 81 et suiv.

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taine ? Elle dérive directement du Passionnaire de Gariopontus, elle mêle à dose égale la médecine latine de Cælius Àurelianus et la médecine byzantine d’Alexandre de Tralleselle admet que la podagre est due tantôt à des humeurs chaudes, tantôt et plus souvent h des humeurs froides, comme le dit Cæl i us, mais elle sait, comme Alexandre, reconnaître ;i des signes certains quelle est l’humeur qui prédomine, sang, bile ou phlegme, et faire de ce diagnostic le point de départ de sa thérapeutique. Tous les Salernitains procèdent de même, d’où l’uniformité de leur médecine et sa monotonie.

Comme on n’y trouve rien qu’on ne puisse rapporter à un auteur latin ou grec, on en a conclu que, dans cette période au moins de son existence, l'Ecole de Salerne n’avait subi, à aucun degré, l’influence de la littérature arabe et même qu’elle l’avait ignorée. La première connaissance lui en serait venue par les traductions de Constantin l’Africain. Il est vrai qu’on ne relève aucune trace d'une empreinte arabe marquant la médecine de ce temps ou du moins la pathologie proprement dite. Mais la raison en est simple. La pathologie arabe, avant Avicenne, n’avait aucune originalité. La symptomatologie de la goutte dans les livres de Razès, de Sérapion, d’Ali-Abbas, d’Abou-Djafar, ne diffère en rien de celle que donnent les manuels byzantins ou le livre d’Alexandre de Tralles. A cette période de son évolution, la médecine arabe 11’a pas encore revêtu les apparences d’un système absolu, d’un code médical, que lui imposera Avicenne. Connus plus tôt des Salernitains, le Maléky d’Ali-Abbas et le Zad el Moçafir (provision du voyageur) d’Abou-Djafar, traduits l’un et l’autre par Constantin, n’auraient modifié en rien leur pathologie.

En revanche, si les Arabes n’avaient pas de pathologie propre, ils avaient une pharmacopée bien à eux. Or, celleci est connue et utilisée à Salerne dès le milieu du onzième siècle. De simples relations commerciales expliquent cela, disent Daremberg et de Renzi. Nous ne le croyons pas. 11

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