‹ La goutte et le rhumatismeChapitre 90 sur 130 · SALERNE. — LES A RA BIS TES · texte numérisé non relu

SALERNE. — LES A RA BIS TES

dérivent des seconds ou qu’ils ont les uns et les autres puisé à une source commune. Enfin la ressemblance est grande entre le Circci-instans de Jean Platearius et les traités des simples de Mésué et de Sérapion.

C’est qu’en fait de botanique, de matière médicale et de pharmacologie, les Arabes ne sont pas restés les élèves des Grecs. Ils ont fait œuvre originale à leur tour. Il est même arrivé ceci que, par un retour singulier, les Byzantins ont reconnu la supériorité de leurs voisins et ennemis et qu’ils en ont adopté les errements. C’est la pharmacopée arabe qui domine dans l’antidotaire de Nicolas Myrepse, dans le cinquième livre du de melhodo niedendi d’Actuarius (i). Ainsi au xive siècle, l’Orient et l’Occident, do l’Indus à l’Atlantique, ont une même matière médicale, une même pharmacologie, alexandrines par leurs origines lointaines, arabes par leurs agents ou par leur procédés, salernitaines par leur forme et par leur rédaction.

Quelques bribes de cette thérapeutique polypharmaque se retrouvent dans le fameux Régime de Santé. Mais les vers qui les renferment ne figurent pas dans le texte commenté par Arnaud de Villeneuve ; ils ont été sans doute ajoutés après coup, et font partie de ces additions qui ont porté au delà de deux mille vers le poème initial et en ont quelque peu altéré le sens et la physionomie.

Sous le bénéfice d’une réserve semblable, nous citerons seulementles versoù sont définies les diverses variétés de goutte ; Gutta petens /atus dexlrum facit hæc paralysim,

Si petit ipsa pedes , generatur abindè podagra,

Si petit ipsa /nantis , generatur abindè c/iiragra, Membri juncturam, arthetica dicitur indè ;

Si petit ipsa scia/n, fit abindè sciatica pestis (2).

(1) Comme indice de ce courant nouveau, on peut citer encore la traduction en grec, sous le nom d’ « Ephodes », de la « Provision du Voyageur » d’Abou Djafar.

(2) Coll. Salem., I, p. 607.

Les lignes qui précèdent valent surtout pour l’histoire de la langue; elles confirment ce que nous avons dit ailleurs du mot goutte et de la large acception qui fut la sienne durant le moyen âge. Les Salernitains avaient fini par l’accepter ; ils contribuèrent beaucoup à le répandre et à l’accréditer avec son sens initial et vulgaire. Leur école eut en effet ce double rôle d’arrêter pour longtemps les formes et les pratiques de la thérapeutique et de faire pénétrer, par le rayonnement et le succès de son enseignement, jusque dans les milieux populaires, la langue médicale telle qu’elle avait subsisté pendant plusieurs siècles en Occident, telle qu’elle persiste encore, mais dépouillée de sa forme latine, et parlée des profanes seulement.

A la fin du xne siècle, commence par la goutte, comme pour les autres maladies, une période monotone et presque stérile. C’est le règne des Arabistes : il durera un peu plus de 3oo ans. Le début en est marqué par la diffusion des livres arabes et surtout par le prodigieux succès du Canon d’Avicenne mis en latin par Gérard de Crémone ; la fin en sera annoncée par une manifestation théâtrale de Paracelse et hâtée par les critiques plus sérieuses de Fernel et de ses élèves.

Salerne est sur son déclin: elle n’est plus le foyer unique d’où rayonnait la science médicale, d’où se répandaient sur l’Europe presque tout entière les idées, les livres et les maîtres. De nombreuses écoles se sont fondées où son enseignement, qui retenait encore quelque chose de la médecine néo-latine, disparaît peu à peu, effacé par l’éclat d’une médecine qu’on croyait nouvelle et qui n’était qu’une forme dégradée de l’humorisme galénique. En Italie, en France, en Angleterre, il en va de même : l’uniformité des opinions et des pratiques est plus grande qu’elle ne fut jamais : une seule doctrine règne, en Occident comme en Orient.

C’est au cours du xin° siècle que s’achève ce passage d’une médecine à l’autre. Richard, Gilles de Corbeil sont

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