‹ La goutte et le rhumatismeChapitre 91 sur 130 · LES 1 SAB 1 ST ES · texte numérisé non relu

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encore les élèves dociles de Salerne, mais déjà Gilbert l’Ànolais suit Razès, le cite souvent, le copie plus souvent encore et fait bien petite la part des Salernitains, auxquels il n’emprunte que leur thérapeutique. Le chapitre de son Laurier (i), où il traite « de l’arthritis et de ses variétés », montre nettement le contraste que nous avons déjà noté entre les doctrines enseignées dans les écoles et la langue parlée par le vulgaire. Après avoir défini l’arthritis, la sciatique, la podagre et la chiragre comme le faisaient les Byzantins et les Arabes, l’auteur ajoute que parfois la maladie s’étend plus loin, provoque la céphalée, la migraine, les affections douloureuses de la poitrine ou d’autres régions encore et que la chute de l’humeur tombant goutte à goutte sur les parties qu’elle envahit à cause de leur faible résistance justifie l’appellation générale de goutte.

Malheureusement, cette concession une fois faite à l’opinion commune, Gilbert l’oublie et, dans une description sans intérêt, nous ne trouvons à relever que deux choses : cette remarque clinique que l’arthritis peut être la maladie tout entière ou n’ètre qu’un accident survenant avant, pendant ou après une autre maladie, et la mention d’une arthritis erratique, vagativa, à côté des variétés dormante ou fixe, noueuse ou osseuse, ce qui nous paraît se rapporter à notre rhumatisme articulaire aigu, d’autant plus que l’auteur insiste sur la fluidité extrême et la mobilité des humeurs qui courent d’une jointure à l’autre. Ainsi se trouvent énumérées les diverses espèces morbides que nous groupons aujourd’hui sous l’étiquette commune de rhumatisme.

Le siècle suivant, le xivc, est le siècle cl’Avicenne, du prince de la médecine, du Prince tout court, comme on dira souvent. Dante Alighieri se conforme au sentiment de ses contemporains quand, parmi les grands païens qu’il

(i) Compendium Medicinæ Gilbcrti anglici lam morLorum universalium, etc. Lyon, i5io, in-fol., 3op v°.

admet dans les limbes de son enfer, il nomme ces trois seuls médecins : Hippocrate, Galien et Avicenne, placés au même rang, non loin d’Aristote, de Socrate et de Platon. Pourtant, nous l’avons dit, Avicenne, venu après les meilleurs représentants de la médecine arabe, n’apportait aucune notion nouvelle; la seule originalité de son œuvre était que tout y était classé avec ordre, et en apparenceau moins, logiquement déduit. Cette qualité, il est vrai, devait séduire les esprits au temps de la scolastique. L’engouement fut universel.

Une seule voix s’éleva parmi les médecins pour condamner l’abus des théories et des raisonnements et cette voix resta sans écho ; elle se perdit si bien qu’aujourd’hui encore elle n’éveille aucun souvenir. Arnaud de Naples, l’auteur de cette véritable rébellion, est ignoré ou confondu avec son homonyme et contemporain Arnaud de Villeneuve, par la plus incompréhensible et la plus ridicule des méprises. 11 y avait cependant mérite et courage à combattre la manie •arabistc, au début du xiv° siècle, avant Pétrarque auquel on fait honneur de cette initiative.

L’école de Naples était l’héritière plus que la rivale de Salerne, sa voisine : elle en avait le sens clinique, l’esprit pratique. Si l’on en croit Arnaud (i), ses élèves possédaient une connaissance suffisante des généralités et de la théorie, mais ne dédaignaient pas, pour cela, le détail des applications particulières, bien différents en cela des médecins d’outremont, des Parisiens en particulier. L’un de ces derniers, pris pour exemple, était « un grand savant, un raisonneur exact, un excellent théoricien, mais il était incapable de formuler un simple clystère, et bon tout au plus à soigner une fièvre éphémère ».

Ce qui avait perdu la médecine occidentale, c’étaient les

(i) Arnaud. Breviarium, ch. x, in Opéra Omnia. Bile, i585, in -fol., p. i3g2.

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