‹ La goutte et le rhumatismeChapitre 98 sur 130 · L A G 0 U T TE E T L E J! H U M A T 1 S M E · texte numérisé non relu

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l’arthritis, les fièvres intermittentes, les fièvres catarrhales surtout, ont un même foyer: je veux dire les glandes conglomérées du pancréas et toutes les glandes conglobées éparses (i).

Il en est ainsi quand « il se forme dans ces glandes un ferment fébrile qui pénètre dans le sang, provoque la fièvre, et cause la douleur articulaire, ou par lui-même, quand il traverse les ligaments membraneux périarticulaires, s’y fixe et y détermine des douleurs, ou bien par accident, lorsque, entrant en effervescence dans le cœur avec les autres parties du sang, ou dans l’intestin grêle avec la bile et la pituite, il modifie ces humeurs de telle sorte qu’il en résulte une acrimonie nuisible qui se porte sur les articulations, s’y fixe et y produit les douleurs arthritiques ».

Sylvius s’arrête avec complaisance aux voies suivies par l’humeur morbide pour arriver aux jointures; il est heureux d’esquisser en quelques traits la circulation du sang telle que 1’ a montrée Harvey, la disposition des gros troncs lymphatiques telle que l’ont décrite Aselli et Pecquet. II nous fait suivre l’humeur passant du conduit pancréatique dans l’intestin grêle, reprise par les veines lactées et versée dans le canal thoracique, pour arriver au cœur droit par la veine cave et parcourir ensuite le cycle entier de la révolution sanguine.

Après quelques remarques assez justes sur les forces de propulsion qui font cheminer l’humeur dans les voies qu’il a décrites, Sylvius conclut: « Nous croyons avoir proposé et exposé pour expliquer la sortie de l’humeur hors de son foyer et son transport jusqu’il l’endroit affecté d arthritis un mode conforme aux principes de l’Anatomie et de la Mécanique ». Il parle ailleurs de ses nombreuses dissections publiques et privées ; mais tout cela prouve seulement les

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LES DERNIERS GALÉNISTES. — L’ALCMMIE ET LA CII IM IA TRIE l, 29

connaissances très étendues qu’il avait en anatomie et, chose plus rare, les notions sérieuses qu’il avait en physiologie, mais cela 11e donne aucun appui à son système pathogénique. Il n’a vu nulle part son ferment pancréatique, et sa théorie sur l'origine de l’a rt h r i tis et de la fièvre intermittente, car il les associe étrangement l’une à l’autre, est purement chimérique. Comme il avait donné une fonction à la rate, ce qui l’en avait fait dire le patron, il a voulu faire un sort au pancréas.

On relève dans la pathologie de Sylvius et les traces de l’ancien humorisme et les souvenirs récents des livres de Paracelse et de Van Helmont. Sa thérapeutique associe plus étroitement et plus habilement encore des éléments si divers, et en apparence inconciliables. Quelques exemples suffiront à l'établir.

Au début de l’arthritis, il faut modérer l'effervescence, corriger l’acrimonie : on usera à cet elfet des opiacés, des anodins et des calmants, qui ont cette propriété de corriger toute espèce d’acrimonie, soit acide, soit alcaline (due à un sel lixivieux). Sylvius ne se dissimule pas qu’il ne fait que suivre une pratique banale, mais il observe que le vulgaire ne sait les bons effets de la thériaque, du mithridate, du diascordium, du philonium romanum et du laudanum opiacé, que par expérience, sans en connaître la raison, non plus que beaucoup de médecins d’un grand nom. Or cette raison la voici : tous les narcotiques et les anodins sont riches en soufre, qui a cette vertu de tempérer tout ce qui est âcre, que ce soit acide ou alcalin (lixiviosum). Le sens vague qu’avait le mot soufre dans la langue alchimique employée ici par Sylvius enlève h l’explication donnée tout caractère sérieux.

Le traitement des cas où l’acidité domine paraît bien compris, mais il faut se rappeler que le diagnostic de l’humeur acide repose uniquement sur l’apparence clinique et que les connaissances chimiques de l’auteur ne lui servent de rien pour l’établir, a Dans les cas où l’esprit acide est seul

en cause, outre les médicaments énumérés plus haut il convient d’administrer un sel alcalin quelconque, fixe ou volatil : le sel détartré, les yeux d’écrevisse, les coraux, les perles, la craie, la pierre hématite, le sang-dragon, la limaille de fer et autres semblables. » Il est bon de rappeler que la plupart de ces remèdes étaient employés contre la goutte bien avant la chimiatrie.

Une autre indication est d’évacuer l’humeur peccante, mais au préalable il faut reconnaître avec précision la nature de cette humeur. Bien entendu, Sylvius ne donne aucun signe qui permette ce diagnostic. Ce peut être le suc pancréatique, la bile ou la pituite. Le suc pancréatique pèche alors par son acidité anormale plus que par sa quantité et a plus besoin d’être modifié que d’être évacué. Du reste on ne connaît pas de médicaments qui évacuent les humeurs acides. Quant à la bile et à la pituite, Sylvius ne fait qu’énumérer la série classique des cholagogues et des phlegmagogues. Il recommande aussi les vomitifs, préférant les antimoniaux contre labile, les mercuriaux contre la pituite. Il loue enfin les diurétiques et les sudorifiques. C’est a propos de ces derniers qu’il s’adresse h lui-même des éloges qu’il étendait sans doute à sa thérapeutique tout entière :

« Il faut le remarquer, ces médicaments, si on les prend selon le mode que j’ai prescrit et que j’ai vérifié mille fois chez mes malades, n’étouffent pas les patients sous le nombre des couvertures, pratique dangereuse le plus souvent, mais ils font doucement attendre leur effet, s’accompagnent toujours d’Euphorie, et procurent au malade du soulagement ; parce qu’il n’y a là rien de forcé et que tout se passe avec douceur et agrément. Ceux qui nient que ce soit là la vraie manière de pratiquer avec succès sont ou des maladroits à ne pas écouter, ou des méchants à fuir. )>

« En tous cas, je ne crains pas d’attester publiquement et d’inculquer à ceux qui étudient la médecine que cette méthode thérapeutique, que, par une bénédiction divine et à la grande rage de mes adversaires, j’ai pu expérimenter pen-

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