V. aussi \Iui.i.ACii, Fragm. Pliilos. Graec, I, p. 3a
Ilbeug. Sludia pseudippocratca. Lipsiae, i833, p. i3.
Remarquons en passant (jue la dernière phrase du deuxième livre, p. i3,
LA GOLTTE ET f.E HIKJMATISME
L’auteur du Régime fait consister la santé dans l'équilibre entre les dépenses et les recettes. « Les aliments et les exercices, dit-il, ont des vertus opposées, qui cependant concourent à rentretien de la santé: les exercices dépensent, les aliments et les boissons réparent. ». Ces termes n’ont pas vieilli et nous usons encore des mêmes comparaisons. Il ne se vante pas d’ailleurs d’avoir le premier envisagé l’hygiène sous cet aspect. Mais il revendique rhonneur de ce qu’il appelle une belle et utile découverte. Cette découverte, la voici. Il est facile de constater la rupture de l’équilibre dans un sens ou dans l’autre quand on voit les hommes journellement, s’exerçant tout nus dans un gymnase, léflexion qui révèle la profession de l’auteur; il est facile aussi de corriger ces légers écarts ; mais ce qui est chose nouvelle et difficile, c’est de reconnaître à des signes certains que les disproportions même minimes entre les aliments et les exercices, vont, par leur répétition, aboutir à la maladie déclarée. Cette imminence de la maladie, notre philosophe le premier a appris à la prévoir et à la prévenir.
Dans quelques pages, curieuse esquisse d’une histoire de la pléthore, il nous présente quelques types bleu choisis de pléthoriques par excès relatif de l’alimentation et nous enseigne la prophylaxie et le traitement de cette zAr,7;j.ivr,. Le maître de gymnase se montre encore ici dans la minutie avec laquelle il énumère les exercices conseillés : les promenades eu ligue droite ou en ligne courbe, les courses simples ou diaules, avec ou sans manteau, les chevauchées, le cerceau, les divers simulacres ou préparatifs de lutte, la lutte elle-même debout ou dans la poussiî're, 1 acrochirie, la chironomie, le jeu du corycos, la rétention du soufllc. Ajoute/. ;i cela les onctions, les frictions, les bains et enfin un régime alimentaire d’une sobriété parfaite, interrompu
rnjjpcllclns cx|)rcssions lavorilcs <11 lémtlicus que nous avons cilées plnsliaul : 'l'rj ôl r.p mx'-yjiyfj y pr,aâ;i.3vo; /.aTaîTrliî;; to îj t7,v àpy a.r,v ô’.auav.
L' nu M 0 H I s M E A NCI E N
seulement deux ou trois fois par mois, sauf 1 été, par ces vomissements de précaution rpii étaient des indigestions provoquées. C’est ainsi qu’on prévient la pléthore et les maladies qui en sont la conséquence.
Si l’on a négligé quelque peu les préceptes d Ilérodicus, si la pléthore est survenue, le traitement usera encore des mêmes ressources, mais surtout de la diète et des vomissements. On ne peut s’empêeher de rapprocher cet abus des vomissements provoqués de la pratique des Egyptiens qui, suivant l’expression d’Hérodote, poursuivaient la santé h coups de clystères et de vomitifs, dans la pensée que presque toutes les maladies provenaient d’un vice de l’alimentation.
L’ouvrage se termine par l’étude des cas on « les exercices surmontent les aliments », c’est-à-dire des cas de fatigue, d’épuisement, de surmenage. Les dernières lignes du livre résument la médication à instituer: « il eonvient de prendre des bains chauds, de coucher sur un lit mou, de s’enivrer une fois ou deux, mais sans aller trop loin, de faire l’amour à l’occasion, de suspendre les exercices à l'exception des promenades » (i).
Cette simple phrase où l’auteur conseille pour des cas déterminés, à titre de médication occasionnelle, qn’on ne l'épètera pas plus de deux fols, l’usage des boissons fermentées porté jusqu’à l’ivresse, a eu une fortune singulière ; elle a fait accuser Hippocrate, bien innocent en l’espèce, d'avoir recommandé en tout temps, comme une chose profitable, de s’enivrer une fois ou deux par mois. Ni Hippocrate, ni l’auteur du Régime lui-mème n’ont eu semblable pensée, non plus que les médecins de nos jours qui, dans certaines maladies aiguës, adynamiques, prescrivent de donner l’alcool à dose ébriense, et cela au grand bénéfice du patient.
En revanche ce régime, trop sensuel à tous égards, nous ramène a lléraclite ([ui aurait, au dire de .lamblique, consi-
(l) IIlPPOCIîATE. T. ^I, [). (KtG.
déré les orgies bachiques comme des remèdes (i). Il serait piquant de rejeter sur le sombre philosophe d’Ephèse la paternité du joyeux conseil tant reproché à Hippocrate. Ces orgies étaient d’ailleurs une importation égyptienne, comme l’abus des vomitifs, comme la théorie alimentaire des maladies, comme les idées cosmogoniques d’IIéraclite (2). De sorte que nous pourrions opposer ici la médecine ionienne à la médecine italique et montrer que l’une a eu quelque contact avec la vieille Egypte, comme l’autre avec l’antique civilisation hindoue.
(1) Jamblique. De Mysteriis liber. Éd. Parthey. Berlin, 1857. Il est vrai que l’auteur du livre des mystères ne parle des fêtes de Bacchus qu’en tant que spectacle et ne prend l’expression de remèdes qu’au figure.
(2) Taîjnery. Pour l’histoire de la science hellène. Paris, 1887, p. 176.