‹ La goutte & le rhumatismeChapitre 14 sur 86 · III P POCHA TE · texte numérisé non relu

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légitimes, et ensuite la goutte d’après les autres Asclépiades. Cette recherche nous apprendra incidemment quel homme fut Hippocrate et nous montrera derrière l’image elTacée du vieillard, du demi-dieu, une figure plus jeune, plus vivante, plus vraie.

L’auteur des Aphorismes, des Epidémies et du traité des des Eaux et des Lieux a sur la goutte des idées originales, un système bien à lui, qui eut peu de prise sur l’esprit de ses contemporains et de ses élèves immédiats. Il le formule dans les Aphorismes en quelques phrases que voici :

« Section V. 25. Les gonflements et les douleurs sans plaie, dans les articulations, la podagre, les ruptures (musculaires) sont généralement soulagées par d’abondantes allusions d’eau froide qui diminuent la tuméfaction et amortissent la douleur; un engourdissement modéré a la propriété de dissiper la douleur ».

« Section VI, aph. 28. Les eunuques ne deviennent ni goutteux, ni chauves. »

29. « Une femme n’a pas La goutte avant que ses règles n aient cessé. »

30. « Un jeune garçon n a pas la goutte avant l'usage du coït. »

/|9. « Dans les affections goutteuses, l’inflammation tombe et se dissipe en quarante jours (i).»

55. « Les alfections goutteuses se mettent en mouvement surtout au printemps et à l’automne. »

Il y a deux parts a (aire dans ces six aphorismes. Les uns, le premier et les deux derniers, ne font que traduire une observation plus ou moins exacte, sans prétention dogmatique , les autres, ceux que nous avons soulig'ués, ont une tout autre portée.

Nous n’insisterons pas ii cette place sur le traitement des accès de goutte par l’eau froide, sur l’époque habituelle de

(1) Ilirpocai.s.Ti:. Écl. LiUrc, l. IV, p. 5'u, 571 cl 577.

leurs retours. Hippocrate a résumé ici, avec sa concision habituelle, les résultats de son expérience et de celle de ses devanciers. Il est certain que l’eau froide soulage les douleurs de la goutte et que celle-ci revient plus volontiers à certaines époques de l’année. Notons seulement la première apparition dans l’histoire d’une pratique très répandue encore, quoique dangereuse, et d’une notion que tous les observateurs ont confirmée.

Quant à la durée de l’attaque, l’auteur, cédant à une de ses préoccupations favorites, à une de ses faiblesses, a voulu imposer à l’accès de goutte une durée uniforme, porter la précision mathématique en des matières qui ne la comportent pas. Le délai de /|0 jours ne répond à aucune réalité : il est trop long pour l’accès de goutte aiguë, trop court poulies formes chroniques ; d’autre part ce serait méconnaître absolument les doctrines et les habitudes d’Hippocrate que d’y voir une sorte de moyenne.

Restent les trois aphorismes inséparables aS, 29, et 3o de la VI® section. Ils formulent avec une netteté parfaite ce qu’on peut appeler la théorie génitale de la goutte. Les eunuques, les femmes, les enfants n’ont pas la goutte, donc elle est liée, dans son origine et dans son évolution, à la fonction génitale de l’homme. Ce n’est pas là une interprétation gratuite, c’est bien la pensée véritable, l’idée maîtresse d’Hippocrate, que seule la forme spéciale donnée aux aphorismes l’a empêché de développer.

Les affirmations contenues dans les trois célèbres aphorismes sont-elles exactes? Personne ne l’a soutenu parmi les disciples les plus fervents d’Hippocrate. Mais, par un artifice qui nous montre de quelle piété était entourée sa mémoire, quel caractère quasi divin on attribuait à sa parole, on ne peut se résoudre à le trouver en faute et ou accuse le changement des choses pour laisser à scs oracles toutes les apparences de la vérité.

C’est ainsi que Galien écrira : (f A l’époque d Hippocrate il y avait peu de goutteux parce (jue la vie y était sagement

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réglée, mais de nos jours le luxe de la table est devenu tel qu’il ne peut être surpassé... Aussi les eunuques eux-mêmes sont atteints de podagre, tant est grande leur paresse, leur gourmandise et leur ivrognerie » (i).

C’est ainsi que Sénèque, dans une page superbe, après avoir cité de mémoire et inexactement le texte de 1 aphorisme 29, ajoutera : « Et cependant les femmes perdent leurs cheveux et deviennent podagres. Ce n’est pas leur nature qui a changé, c’est leur vie. Devenues les égales des hommes par la débauche, elles le sont par la maladie... Qu’y a-t-il donc d’étonnant à ce que l’on puisse s’inscrire en faux contre us grand des médecins en montrant tant de femmes goutteuses ou chauves. Leurs vices leur ont fait perdre le bénéfice de leur sexe : en dépouillant la femme, elles se sont condamnées aux maladies de l’homme » (2).

Il ne faut voir dans ces paroles de Galien et de Sénèque que d’ingénieuses et complaisantes explications. En réalité, la goutte peut frapper, rarement il est vrai, une femme honnête et jeune, un eunuque, un enfant encore vierge ; et Hippocrate l’a méconnu. L’erreur a sa source dans la vie médicale du maître et dans les conditions d’observation restreinte qu’elle lui a imposées.

La goutte aime les grandes villes, il les fuyait ; la goutte est la maladie des riches, il était le médecin des pauvres ; il a donc eu moins que d’autres l’occasion de l’étudier. C’est la part des circonstances dans l’erreur commise. Mais on peut lui reprocher à lui-même ses inductions téméraires. Pour interpréter les cas, nombreux ou non, qu’il a rencontrés sur sa route, il appelle a son aide une anatomie peu exacte, une physiologie aventureuse, une observation superficielle des mœurs et coutumes des peuples qu’il a visités.

11 en est résulté un système fort ingénieux, que nous

le pl

(1) Galikn. Commentaire sur l'aph., 28. Éd. Kuhn, t. XVIII, p. 42.

(2) Sénèque. Lettre g5 à Lucilius.

Dei.peucii.

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