‹ La goutte & le rhumatismeChapitre 17 sur 86 · L .1 GOUTTE ET LE 11 II U MA T I S M E · texte numérisé non relu

L .1 GOUTTE ET LE 11 II U MA T I S M E

iluciin impôt; ils bavaient un des vins les plus fameux de l’antiquité et étalaient bravement sur leurs monnaies la tète dcBacchus; enfin ils cultivaient les arts et étaient fiei's de leur compatriote Polygnote.

Tous ces avantages, il est vrai, étaient le partage des seuls citoyens et Hippocrate, à Thasos comme ailleurs, ne soignait pas l’aristocratie locale; il soignait la population la plus misérable du port, ouvriers, esclaves, étrangers venus de Clazomène ou de Paros, logeant en garni, dans des cabanes ou à la belle étoile. Misère, promiscuité, intempéries, c’est un milieu fait à souhait pour l’étude des maladies aiguës, non pour l’étude de la podagre. Aussi est-ce d’une fiiçon très indirecte que le séjour h Thasos a fourni un appoint à la théorie génitale de la goutte. Voici à quelle occasion.

De Thasos, Hippocrate se rendit à Abdère. Il y vit une femme dont l’aspect le frappa et lui rappela une de ses malades de Thasos. C’était une servante dont il raconte ainsi l’histoire : « A Abdère, Phaétuse, la femme de charge de Pythéas, avait eu des enfants auparavant ; mais, son mari s’étant enfui, ses règles se supprimèrent pendant longtemps; à la suite donlears et rotuieurs aux articulations. Cela étant ainsi, le corps prit l’apparence virile, cette femme devint velue partout, il lui poussa de la barbe, la voix contracta de la rudesse; et malgré tout ce que nous pûmes faire pour rappeler les règles, elles ne vinrent pas ; cette femme mourut au bout d’un temps qui ne fut pas bien long. 11 en arriva autant à Nanno, femme de Gorgippe, :i Thasos ; d’après tous les médecins que je rencontrai, la seule espérance de voir reparaître les attributs de la femme était dans le retour des règles ; mais chez elle aussi, malgré tout ce qu’on fit, elles ne purent venir; cette femme ne tarda pas à succomber M (i).

(i) E[)i(l., liv. \I, t. [). 35().

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Voilà l’origine de l'iiphorisme 29 : « une femme n a pas la goutte avant (}ue ses règles n’aient cesse ». On saisit sur le lait le mode de composition des aphorismes, les uns d’une |üstcsse absolue, les autres au moins hasardés, sunanl cjue l’auteur a généralisé sous une lorme concise un plus ou moins grand nombre d’observations.

Ici l’exemple de cette virago, prise d’une adéction qu’Ilippocrate n’ose encore nommer goutte, concorde si bien avec les résultats de ses recherches de Thessalie et de Thrace qu’il n’hésite pas à y voir la confirmation absolue de son système. Il en est des modifications physiques comme des changements moraux : la femme se condamne aux maladies de l’homme quand elle dépouille son sexe pour revêtir quelques-uns des attributs de 1 homme.

Il manquait à la théorie génitale une consécration dernière, une preuve tangible, nous dirions aujourd’hui une preuve expérimentale. Hippocrate crut la trouver au cours de son voyage en Thrace et dans les pays voisins.

En l’année 426 (i), il était à Périnthe sur la rive nord de l’Ilellespont. C’était un poste d’observation merveilleusement choisi. C’était le point de contact de trois climats, de trois civilisations : l’Asie, le Nord barbare, le monde grec. Qu’il se bornât à recevoir et à coordonner les récits qu’apportaient les voyageurs, ou qn’il fit de Périnthe un centre d’excursions vers la Scythie d’une part, vers les provinces septentrionales de l’Asie Mineure de l’autre, llippoerate pouvait recueillir et contrôler, sans trop de peine, les éléments de son fameux ouvrage sur /es Airs, les Eaux et les Lieux. Nous penchons vers la seconde hypothèse qui en fait un témoin oculaire des mœurs qu il décrit. 11 nous semble c[ue les Scythes Sauromates, que les habitants du Phase sont peints dans ce livre d’après nature. Laissant de

(1) V. LirriiÉ, l. \’, [). i().

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