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l’homnie oîi sont décrits les vaisse;iux qui, partis du sommet de la tète, longent les oreilles, se rendent aux cuisses et aux jambes et se terminent dans les gros orteils, et dont l’auteur dit : u Ces vaisseaux coupés rendent l’homme stérile )j. Il est vrai que les Tdeux dans l’homme ne sont pas d’Ilippocrate, mais ce dernier acceptait ceitainement les notions anatomiques qui y sont enseignées, puisqu’il les a transmises à Polybc, son gendre et son élève. Dans un paragraphe absolument authentique, puisqu’il estdonnépar Aristote, sous le nom même de Polybe, on lit :« les vaisseaux de la seconde paire, nommés jugulaires, viennent de la tète près des oreilles, passent par le cou, longent le rachis en avant des deux côtés et arrivent le long des lombes aux testicules et aux cuisses, puis, par la partie interne des jai rets et par les jambes aux malléoles et aux pieds » (i).
Voilà le lien anatomique qui réunit les jointures du pied aux organes génitaux de l’homme. C’est un nouvel exemple de la substitution des vaisseaux aux nerfs comme voies de relation, de sympathie, entre les divers organes. On a maintenant sous les yeux tous les éléments de la théorie génitale de la goutte et l’on peut la reconstituer par morceaux.
La goutte ne se montre pas avant la puberté [Prénotions cooques). Pourquoi ? parce que les articulations des membres inférieurs sont liées dans leur développement et dans leur nutrition à l’intégrité des organes génitaux de l’homme. Ils puisent le sang et la force à une source commune et la section des vaisseaux qu’ils reçoivent, faite près de leur origine, détermine à la fols l’inq^uissaucc et les engorgements articulaires [Lieux dans rhnnune). Par suite, tout ce qui troublera les fonctions génitales lésera du même coup les articulations des membres inférieurs : il en sera ainsi de l’équitation (2).
(i) De la nature de riiominc. OI'Àivresd I li[)pocralc, l. ^ I, p. 58.
(3) Il est possible que tout ne soit j>as à rejeter dans cette manière de
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^lais celle disposi lion des vaisseaux, Irait d unioii entre le testicule cl les extrémités, ne concerne que l’homme, donc riiomme seul peut devenir goutteux, a 1 exclusion des enfants, des femmes et des eunuques {^Aphorismes). La femme d’Abdère et celle de Thasos paraissent faire exception, mais précisément ces femmes n’étaient plus réglées et ressemblaient plus à des hommes que des enlants ou des eunuques aux figures imberbes et aux voix aiguës. [Épidémies).
Cette théorie de la goutte a peu séduit les médecins. En ce qui concerne les cllcts de l’équitation, C.else, qui n était qu’un amateur, dira bien que monter à cheval est contraire aux goutteux (i) ; Paul d’Egine, qui ne fait que résumer ou copier, rangera bien parmi les causes de la podagre les chevauchées trop fréquentes (2), mais les grands maîtres de la science antique, Soraïuis, Arélée, Galien lui-mème, seront muets à ce sujet. Et l’opinion d’Hippocrate qu’il a négligé, peut-être à dessein, de reproduire dans les Aphorismes, sera oubliée à ce point que Sydenham, sans s’excuser de l’irrévérence, pourra dire qu’eu fait d’exercice, l’équitation est de beaucoup le meilleur pour les goutteux, pourvu qu’ils ne soient pas trop vieux, ni affligés de gravelle. Il ajoutera même que celui qui connaîtrait une drogue, un arcane aussi eflicace contre la goutte qu’est l’équitation habituelle etprolongée, eu tirerait une fortune immense (3).
Les rapports do la goutte avec les désordres de la fonction génitale méritent de nous arrêter plus longtemps. La pensée (|ui a inspiré les aphorismes ii’a pas disparu entièrement ; on peut en relever la trace à travers toutes les pé-
voir. On a cite clos faits c|iii prouveraient une certaine rclalion entre les orf'ancs gcinitaux et les mcinbrcs inferieurs ; ces clcrnicrs s'allongeraient chez les cunuf[iies (E. (îodarcl).
(1) Oiw.si:. Edit. Vculrenes, p. a08.
(2) Paul d'EciM:. lâv. 111, cli. LXXVIII.
(3) Sydemiam. Aor. cil., p. 22G.
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l'iodes de I histoire médicale et la suivre jusqu’à nos jours, oii elle va s’edaçant.
Sénèque et Galien nous ont dit que dans leur (orme absolue ces aphorismes ne pouvaient être acceptés, que les lemmes, que les eunuques pouvaient à l’occasion être atteints de podagre. Mais cette réserve ne fut pas gardée par tous et quelques-uns, érigeant en article de foi la formule hippocratique, s’arrogèrent le droit d’en tirer la conséquence thérapeutique qui y était implicitement contenue et qui était celle-ci : la suppression de la fonction génitale serait le meilleur traitement ou la plus sûre prophylaxie de la goutte. La goutte est liée à la virilité: on peut trancher l’une et l’autre du même coup.
L’histoire de cette médication sommaire relève plus, grâce à Dieu, de l’art vétérinaire que de la médecine humaine. Le premier document que nous rencontrions ayant trait à ce sujet est un passage de V Histoire des Atiimaux, où Aristote étudie la podagre chez le chien, le bœuf et le cheval. Il va sans dire que l’affection dénommée ici podagre n’a de rapport qu’une localisation commune avec la maladie humaine (i).
« Les chevaux qui paissent en liberté ne sont sujets a aucune autre maladie que la goutte: ils en souffrent beaucoup, et parfois ils en perdent leurs soles ; mais quand ils les ont perdues, ils les relont vite ; et eu même temps que l’une tombe, l’autre sc reforme au-dessous. Le symptôme de la maladie, c’est le tressaillement du testicule droit, ou
(i) Virgile parle de même de la podagre des moutons. Georg. liv. III, V. 399.
De même est désignée sous le nom do podagre une alTeclion des pieds commune aux hommes et aux animaux et qui aurait .sévi, au rapport de hytliermo, durant une période de 30 ans, pondant laquelle les mûriers n’auraient porté aucun Iruit. V. .‘Vthénéc. Le banquet des sa\ants. frad. Leféhuro de Villohrune, t. 1, p. iq/t-
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bien un petit creux et une sorte de ride qui se forine un peu au-dessous dn milieu des naseaux (i). »
La mention de ce signe a paru si étrange h Barthélemy- Saint Hilaire, qu’il ajoute en note : « 11 ne semble pas que les vétérinaires modernes aient constaté rien de semblable aux détails qui sont donnés ici et qui ne sont peut-être qu’une addition étrangère. » Ce que nous avons dit de la théorie génitale de la podagre, le passage des Airs, des Eaux et des Lieux, celui de Lieux dans l’homme que nous avons rapportés et surtout le fragment de Polybe, cité par Aristote lui-même, enlèvent à la phrase de ITIlstoire des animaux tout ce qu’elle peut avoir d’invraisemblable et nous permettent d’écarter tout soupçon d’interpolation.
Aristote s’est gardé de toute déduction thérapeutique. En revanche, les vétérinaires grecs, cités dans l’Hippiatrique, ont accepté cette sympathie étrange avec toutes ses conséquences pratiques. Apsyrte, vétérinaire de l’armée de Constantin, écrit à Artemas le hongreur : « il est bon que tu saches ceci : quand un cheval est atteint de podagre, il ne peut ni se tenir debout, ni marcher, mais reste étendu tout comme s’il était fourbu. 11 a une répugnance extrême pour la nourriture, refuse celle qu’on lui ofire ; il a la bouche brûlante et sèche, le palais enflé. Les deux testicules sont agités tour à tour de tressaillements; la verge est pendante, hors du fourreau... Si le mal persiste, il faut couper les testicules. Alors l’animal guérit (2) ».
Dans le même recueil, lliérocles copie presque textuellement les lignes précédentes. L’auteur latin Végèce est plus explicite: « La podagre, dit-il, frappe quelquefois les bêtes de somme par contagion de l’homme aux animaux. Voici
(1) Aristote. Histoire des animaux. Trad. Barthélemy-Saint Hilaire, liv. VIH, ch. xxiit.
Et Aristote. Ed. grecque-latine. Didot, p. 16G.
(2) Veterinariœ Medicinæ. Lihri H. Paris, i53o, liv. I, ch. liv, p. 63.
LA ÜOLJTTE ET LE It II LM ATI SME
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les signes de cette adection : (ce sont ceux qui sont énumérés par Apsyrte et par Iliéroclès). Si aucun autre remède ne réussit, qu’on cliâtre l’animal et il guérii'a ; car la podagre (rappe rarement les eunuquesî i) ». Le lien est ici nettement avoué entre l’aphorisme d’Hippocrate et la pratique des vétérinaires.
Les médecins ont-ils toujours reculé devant ces conséquences logiques de la théorie génitale ? A consulter seulement les auteurs classiques de la médecine ancienne, on peut soutenir qu’ils n’ont jamais conseillé de châtrer les goutteux, mais il est probable que de tous temps il s’est trouvé, sur les confins de la profession, des praticiens aventureux pour oser une Intervention dont ils pouvaient, à la rigueur, rejeter la responsabilité sur Hippocrate. La chose au moins n’est pas douteuse pour les temps modernes, comme le prouve ce curieux passage d’Amman : « La torture est-elle bonne pour les goutteux ? C’est l’opiuion de Fabrice de Hilden, qui rapporte plusieurs cas où l’application de la torture débarrassa le patient de la goutte ou de l’arthritls ; les goutteux devraient donc, pour leur plus grand bien, être soumis à ce supplice. Nous crovons, nous, qu’il n’appartient pas à un médecin de faire de la torture un remède. Si le malade le veut, qu’il aille lui-mème trouver le bourreau! Nous en dirons autant de la castration, puisque pour les préserver de nouvelles attaques, on ose parfois conseiller aux goutteux cette opération répugnante, inellicace et absolument honteuse. Cette idée parait provenir de l’aphorisme d’Hippocrate sur les eunuques, aphorisme qui n’est pas môme toujours vrai (2) ».
Les anciens ne paraissent donc pas avoir chàti'é lesgoutteux, mais il faut peut-être attribuer leur réserve à la bénignité relative de la podagre, plus qu’à des scrupules du genre de
(1) Veüktii Renati. .\rtis vclcriiiariæ, etc. Manlieiin. 1781, p. l'ia.
(2) A.m.m.vn. Medicina Critica. Slacla;, 1679. Disc. 19, p. lâp.