I.A GOUTTE .1 HOME
Les pratiques bannies par Aselépiacle du régime à suivre dans les maladies ehroniques devenaient les meilleures ressourees de la médeeine au eours des maladies aiguës, ressources d’autant plus efficaces que l’effet n’en avait pas été émoussé d’avance par l’habitude. T^es médecins de nos jours ne raisonnent pas autrement au sujet de la balnéation froide ou de l’usage de l’alcool dans les mêmes affections. Or Asclépiade, aux yeux de ses contemporains, fut par excellence le médecin des maladies aiguës. Il les avait étudiées avec prédilection, leur avait imposé le nom de maladies rapides. Peut-être même, comme nous le verrons bientôt, employait-il une expression analogue à celle de maladies galopantes. En tout cas il n’avait pas écrit séparément sur les affections chroniques, qu’il continuait à appeler de ce nom.
Ce qu’il pensait de quelques-unes d’entre elles se trouvait disséminé dans divers ouvrages de thérapeutique et d’hygiène et surtout dans le livre h Erasistrate. Le titre donné par Scr. Largus est AzAe/’ 'Kxpaa/.cuwv, id est præparationuni. C’était donc un livre de thérapeutique pratique, presque un formulaire (i). Cælius cite une des opinions qui y était exprimée, l’inutilité de la ligature des membres préconisée par Erasistrate pour arrêter les hémoptysies ; mais c’est surtout Scribonius qui nous renseigne sur le caractère véritable de l’ouvrage.
Quelques médecins de son temps prétendaient qu’Asclépiade n’usait pour ses malades d’aucune médication interne : il qualifie cette assertion de mensonge, d’invention impudente, de sacrilège et de parricide et il conclut : « Asclé-
(i) On devait y lire cette erreur physiologique relevée par Archigène : « Archigène, dit Galien, reproche à Asclépiade do soutenir que dans les alléetions articulaires le nerf est exempt de douleur, parce qu’il est insensible, tandis que la chair, bien qu’exempte d’allcction, soulTrc cependant par suite de la compression des parties voisines. » Galion, Dos lieux alTeclés liv. 11
ch. VIII. Trad. Darcinberg.
LA GOUTTE ET LE II II L M ATI SM E
piacle pouvait, aux fôljricitants et à ceux cpii étaient atteints de ces aflections galopantes, (>i/üs privcipitibiis, rpie les Grecs nomment maladies aigués h\éx ne pas donner de médi-
caments internes, parce qu’il trouvait plus prudent de les traiter par 1 alimentation et le vin donnés ou suspendus à propos. Mais dans le livre intitulé r.xpxGXzJui'i, c’est-à-dire des préparations, il considère comme un médecin de dernier ordre celui qui n’aurait pas pour chaque alïection deux ou trois formules éprouvées et toutes prêtes » (i). Scrlbonius ne cite à l’appui aucune l ecette due à Asclépiade, mais il a soin de rappeler « qu’il est en pays étranger et n’a avec lui ([ue le nombre de livres tout juste nécessaire ».
Il résulte de ce qui précède qu’Asclépiade était l’auteur d’un livre sur les maladies rapides, ou même galopantes, qu’il n’était pas autant qu’on l’a dit ennemi des médicaments et qu’il lui arrivait d’en approuver l’usage, au moins dans les maladies chroniques. Scribonius en atteste le livre des Préparations.
Que l’on se reporte maintenant au traité de la Goutte de Rufus, ou plutôt à la vieille traduction latine découverte et publiée par Littré. Rufus y énumère quelques poudres composées utiles aux goutteux et ajoute : « Et aliæ quidem, (|uas Aucistie anclor laudat ; scripsit enim in lihris confectionnin, etc. ». Littré dit : « je ne sais ce que peut être aucistie aucior et Ruelle traduit : « il est encore d’autres potions que recommande l’auteur de l’Aucista (?) ; il écrit eu effet dans ses livres des préparations, etc. » (2).
A l’époque où écrivait le traducteur de Rufus le mot confectiones servait à dénommer les récoltes pharmaceutiques ; nous avons un formulaire du ix® siècle intitulé liber confectionarias. Libri confectionum , ce sont donc des livres de préparations. D’autre part le médecin qui louait certaines
(i) Scril)onü LargI coinposilioncs. Leipzig, 1887, p. 3. (a) IluFUS d'Eplièse. Œuvres. Édit. Daremberg, p. 37G.
LA GOUTTE A ROME
1 mixtures antigoutteuses était assez connu du temps de I Rufus pour qu’on pût le désigner clairement pai le I titre de l un de ses ouvrages. Or au siècle de notre ère,
I quand Rufus écrivait, la plus haute autorité médicale que i l’on pût invoquer après Hippocrate et Érasistrate, était Asclépiade. Il avait fait une révolution dans le traitement des i maladies aiguës dont il avait changé le nom. Celui de maladies rapides, titre de l’ouvrage qu il leur avait consacré, l évoquait aussi nettement à l’esprit le nom d’Asclépiade que ' les mots d’épidémies ou d’aphorismes celui d’Hippocrate.
Asclépiade, c’était l’auteur de (ozea TraOr,, peut-être même de I ér/.'.sTa T.iOr,, ce qui répondrait mieux aux præcipitihus de Scrihonius Largus.
Nous proposons donc de lire ainsi la phrase de Rufus : « il est encore d’autres remèdes internes que loue lui-même l’auteur des maladies rapides w/.'.tjTa (kxO'/;)- H a écrit en effet dans ses livres des préparations : « R. germandrée 10 oholes, îiristoloche ronde 9 oboles, gentiane 8 oboles, absinthe 7 oholes, centaurée 6 oboles, millepertuis 5 oboles, valériane /| oboles, meum 3 oboles, persil 2 oboles, agaric i obole, miel q. s. »
Rufus, qui conseille à regret, et en les modifiant quelque peu, ces mélanges de poudres végétales, legs de la médecine .idexandrine, paraît heureux de sc couvrir de l’autorité d’uu homme que l’on savait peu porté aux superstitions et peu favorable aux médications internes. On peut soupçonner cependant qu’Asclépiade n’a pas imaginé cette formule qui sent la polypharmacie alexandrine et où la disposition des doses en escalier, d’où le nom de 7XX\j.x^ donné plus tard à cette mixture, si elle a quelque valeur mnémonique, révèle aussi chez son inventeur un grand scepticisme thérapeutique ou une grande puérilité.
Mais Asclépiade a pu l’inscrire dans son formulaire, et en recommander l’usage au besoin, parce qu’elle ne contenait aucune de ces drogues irritantes qu’il avait rejetées de la médecine et parce qu’elle renfermait des éléments ou diu-
rétiques comme le persil et l’absinthe, ou laxatifs comme l’agaric, dont il reconnaissait Tutilité. C’était en somme une de ces recettes que chaque médecin devait avoir dans sa mémoire expertas et pi'otinus paratas.
Dans son ensemble le livre des Préparations paraît avoir été dirigé contre les idées et les pratiques d’Erasistrate, comme l’indique du reste le sous-titre, à, c’est-à-dire contre, Erasistrate. Cependant, si nous réunissons les notions éparses que nous avons sur la manière dont Asclépiade traitait la goutte et les autres maladies chroniques, on ne peut s’empêcher de remarquer combien sa méthode ressemblait à celle d’Érasistrate. Tous les modes de friction, de gestation, de bercement y avaient leur emploi, l’institution d’un bon régime y était préférée aux drogues de la pharmacie ; les purgatifs y étaient défendus, les lavements seuls étant permis ; enfin il y était fait un usage très modéré de la saignée. Les théories pathogéniques d’ailleurs n’étalent pas sans analogie et si la pléthore n’était plus pour Asclépiade la cause efficiente des maladies, elle était la cause adjuvantede la plupart d’entre elles.
Asclépiade meurt dans les premières années du C siècle avant notre ère. Avec lui finit une période de l’histoire médicale. La médecine a été jusqu’ici vraiment grecque par le caractère comme par la langue. 11 y a eu de nombreux systèmes, l’esprit grec s’accommodant mal d’un joug quelconque, mais il n’y a pas eu de secte fermée, intolérante. Ni Erasistrate, ni llérophile, ni Sérapion, ni Asclépiade n’ont imposé de formules étroites à leurs élèves ; ceux-ci se rattachent à leurs maîtres par des tendances philosophiques communes, par des théories générales, par quelques habitudes thérapeutiques, mais gardent néanmoins la plus grande liberté de penser et d’agir.
A Rome tout change. C’est le pays de l’ordre, de la discipline, du droit. La pensée y revêt naturellement la forme impérative. Un long séjour en Italie a modillé a ce point
ÜELPEUCH. — La Goutte et le Rhumatisme-
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