‹ La goutte & le rhumatismeChapitre 3 sur 86 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

tES COMMENCEMENTS DE LA PODAGRE. — LE MOT ET LA CHOSE

Les noms que la goutte a portés dans les deux grandes périodes de son histoire sont sortis Pun et l’autre de la foule, celui de podagre dans l’antiquité, celui de goutte au moyen âge. Nous étudierons plus tard le second et nous essaierons d’en dire l’origine et le sens véritables ; quant au premier, l’explication en est simple.

Ylcoir'py. y.x'kz\j[ix'. ^ Y'Yv:;j,Évr) •âioœv oiyçxx. (i); on m’appelle podagre parce que je suis un piège. Ainsi parle la déesse du conte de Lucien et l’étymologie qu’elle donne est tout à fait exacte. Avant que la goutte fût décrite, le mot TcoSàypx était déjà en usage ; il avait le même sens que et dési-

gnait le piège qui servait à prendre les bêtes à la chasse, les cerfs, par exemple (2).

Il v avait en Laconie un temple dédié à Artémis Podagra (3). Cela ne voulait point dire, comme on l’a cru, que cette déesse fût secourable aux goutteux, ni que son sanctuaire fût fréquenté par eux comme celui d’Esculape à Epidaure ; ils ne venaient pas demander là une guérison que la chasseresse sobre, alerte et chaste, aurait pu, mieux que tout

(i) Tkaoopodagilv. Vers 188, in (Æuvres do Lucien. Édition grccquclalinc de Didot, p. 800.

(•a) Xénoi’HOn. Cyropédio, liv. I, cli. vi, 28.

(3) (à.É.MENT d'Alexandrie. Coliort. ad gcnlo.s. Édit. Mignc, t. I, p. 11-. Dei.pixcui.

autre, leur assurer en leur donnant sa vie en exemple, l.a vérité est que la déesse de la chasse était connue et adorée là sous le nom de Diane au piège, comme elle l’était ailleurs sous le nom de Diane aux filets, Ar/.rjva (i).

L’existence, dans la langue courante, d’un mot poda^re^ ayant le sens de piège, éclaire l’origine du nom imposé à la goutte. Ce ne sont pas les savants ni les médecins qui ont réuni les deux racines 'ttsjç et dtvpa comme le fait plaisamment le pédant d’Ocype (2). L’enfantement a été moins laborieux ; un malade, un chasseur a usé, pour désigner un mal nouveau pour lui, d’une comparaison empruntée à son parler de tous les jours, il a dit Trooaypâw, je suis pris par la patte, et le mot est resté.

Il devait rester, car il serait impossible de donner en moins de lettres une description plus exacte de la maladie, de mieux dire la brusquerie du début, le siège et l’intensité des douleurs, leur caractère même qui les a toujours fait comparer soit aux pièges des chasseurs, soit aux instruments du bourreau.

Certains n’ont pas trouvé assez noble cette origine du mot podagre et lui ont cherché une autre étymologie; il ne voudrait plus dire piège, mais douleur fèrine du pied, et viendrait de ttouç et de sauvage. Soranus avait un faible

pour les étymologies, n’ayant garde d’oublier les plus singulières. C’est lui qui nous a transmis la précédente par l’intermédiaire de son traducteur Cadius Aurelianus (d).

Les médecins ont accepté dans leur langue ce mot podagre, malgré son origine populaire. Quelquefois cependant on rencontre dans leurs ouvrages l’expression r.zzxL';'.x podalgie, qui a une physionomie franchement technique et

(i) Pausamas. làv. III, cil. XXIV cl liv. X, cli. xxxvi.

(m) Ocype. ()l']iiYrcs (le Lucien, v. kL) cl .siiiv. Iviit. Didol. p. 807.^

(,'l) Gæi.ius yVuiiEUANUs. De morhis aculis cl ciiroiiicis. libri ^III. Ldil. Conrad Amman. Anslcrdam, 1705, p. 007, voir plus loin, cliap. ix.

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