‹ La goutte & le rhumatismeChapitre 35 sur 86 · L’ÉCOLE STOÏCIENNE OU PNEUMATIQUE · texte numérisé non relu

L’ÉCOLE STOÏCIENNE OU PNEUMATIQUE

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On peut donc maintenir l’attribution du médecin à Hérodote, mais il faut reconnaître que l’œuvre originale a subi deux sortes d’altérations. Elle a été raccourcie en certains points, allongée en d’autres. Galien dit quelque part (i) qu’ « il y a en médecine une grande différence entre savoir et tirer parti de ce qu’on sait », entre le savoir et V économie qui est « non la possession des choses, mais le bon usage qu’on en fait » ; il loue ce savoir-faire médical qui permet au médecin de faire admirer sa science par le malade et par les assistants, et il ajoute qu’on trouve dans le « Médecin » d’Hérodote un certain nombre de choses pouvant servir h ce dessein. Or, il ne reste rien dans le livre, tel que nous l’avons, qui justifie ce singulier éloge de Galien (2).

Laissant de côté cet latros contesté, nous demanderons au traité des Agents de la médication externe ce que pensait Hérodote des bains d’eaux minérales et de quelques autres pratiques.

Les eaux minéralisées, thermales ou froides, avaient de bonne heure été prescrites contre les formes lentes de la goutte, contre les déformations ou les atrophies qu’elle i laisse après elle. Les malades se dirigeaient surtout vers les I sources sulfureuses. Vitruve nous dit qu’elles « soulagent I les maladies des parties fibreuses en brûlant, en consumant j à leur chaleur les humeurs morbides (3) ». Pline dit de son côté que les eaux sulfureuses sont bonnes pour les nerfs 'lisez tissu fibreux), que les eaux de Cutilies, chez les Sa- I bins, eaux presque froides, egelidae, qu’il qualifie de ni- I treuses, c’est-à-dire alcalines, sont employées dans les mêmes ; cas, et que, prises en boisson, elles sont laxatives. H con- I damne l’abus des pratiques thermales, la durée excessive

(1) Galien. T. XVH, p. pgp.

(2) Nous irulicpions cliins le clia|)it,rc réservé à l’iiisloirc du colcliique et de ^on emploi on médecine une interpolation évidente qu’on trouve dans le texte actuel du Médecin.

(3) Vitruve. Liv. VIII, ch. iii.

Dei.peicu.

'9^1 GOUTTE ET LE ItlIU.VATISME !

des bains et l’ingeslion d’une trop grande quantité d’eau. II!' note en passant, c’en est, croyons-nous, la première nien-' tion. Futilité des applications de boues, cœniun fonlium (i).. ( Rufus conseille à la fois aux arthritiques les eaux sulfu-, relises, les eaux bitumineuses et les eaux styptiques. Archi-' gène recommande aux sujets atteints d’arthritis ou de podagre^ les seules eaux sulfureuses « qui assouplissent les fibres,, 1 réchauffent la constitution et calment les douleurs, d Le, ' chapitre d’Archigène, qu’on trouve dans le recueil d’Aétius, ! a fait autorité. C’est une étude générale de la médication, | thermale : Antyllus, Oribase et Paul d’Égine l’ont repro-;^i duite ou résumée. Nous en donnons quelques passages : j

(c II y a plusieurs espèces d’eaux minérales naturelles sui-, ; vaut les propriétés du sol qu’elles traversent; ainsi, elles ■ sont ou sodiques, ou salées, ou styptiques, ou sulfureuses, ou, i bitumineuses, ou vitrioliques, ou ferrugineuses, ou mixtes,; quand plusieurs de ces qualités sont associées (2) » Cette: ■ classification des eaux minérales repose sur une analyse fa-: talement grossière: les eaux se trouvent groupées tantôt d’a-. près leur odeur, comme les sulfureuses et les bitumineuses,, tantôt d’après leur saveur, comme les sodiques, les salées,et les styptiques, tantôt, enfin, d’après l’examen du dépôt 1 rouillé laissé par elles, comme les eaux ferrugineuses, ou* une réaction élémentaire, comme les vitriollques. j

Les eaux sodiques ou nitreuses répondent à nos eauXj : fortement alcalines ; les salées aux chlorurées sodiques ; les 1 styptiques (alumineuses des Latins) comprenaient toutes les i eaux, quelle que fût leur composition Intime, qui avaient uiij , goût astringent; les sulfureuses étaient les mieux détermi-|; nées ; les bitumineuses seraient, comme les alumineuses,^; bien mal nommées, si l’on prenait le terme dans toute sa irigueur ; en réalité un grand nombre de sources, notamment |

(1) Pi.iNE. Liv. XX\I, (i cl 3a.

(a) Aétius. Liv. Il, cli. 1Ü7.

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en Italie, ont une légère odeur de bitume, sans que celui-ci participe à leur composition ; les vilrioliques ^ra/c/.avOwo-/) devaient être le plus souvent des eaux lerrugineuses, car le chalcanlhum, noir des cordonniers, c’était le vitriol vert, le sulfate de fer. Pline indique très exactement les réactions ([ui le décèlent, notamment l’emploi d’un papier trempé dans du suc de noix de galle et qui noircit en présence du chalcanthum.

« Toutes ces eaux, poursuit Archigène, dessèchent. Quel- (jues-unes, en même temps qu’elles dessèchent, échauffent aussi énergiquement; d’autres sont à la fois desséchantes et astringentes comme les styptiques et, dans une certaine mesure, les salées et les vitrioliques. Toutes sont bonnes pour les tempéraments froids et humides à l’excès et, par suite, conviennent dans les maladies chroniques correspondantes. Aussi sont-elles indiquées dans Tarthritis, dans la goutte, dans les paralysies, la néphrite, l’asthme, les fractures non consolidées, les ulcères humides, les inflammations chroniques et indurées ». Suivent les indications de chaque variété, en particulier ; les eaux sulfureuses sont réservées aux affections des parties fibreuses et des articulations, aux maladies de la peau et à quelques autres (i).

C’est du mode d’emploi des eaux, des précautions exigées par une cure thermale que traite Hérodote en quelques phrases pleines de sagesse : « Les eaux minérales, considérées en particulier, ont des propriétés très diverses, aussi faut-il laisser ce sujet à ceux qui en ont fait l’expérience ; nous ne saurions faire une étude spéciale et fidèle de chacune, n’ayant point usé de toutes, et ne pouvant pour les connaître raisonner par analogie, comme on le fait d'après la formule des médicaments. En général les eaux froides conviennent contre toutes le» fluxions, contre les affections

(0 Akchigèni;, ||- 283.

in ÀÉTies. Lac. ci/., cl Anlylliis clan^ Orihasc, l. II ,

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de la vessie, contre les céphalées et les ulcères malins. Quant aux eaux que l’on prend en boisson, qu’elles soient chaudes ou froides, elles ne comportent pas, pour leur usage, une règle commune et nous en parlerons seulement dans nos chapitres consacrés aux maladies des divers organes. Mais pour toutes il y a une juste mesure à garder dans la durée du traitement. Si l’on veut faire une cure de trois semaines, on commencera par des l)ains d’une demi-heure et on augmentera peu à peu de manière à arriver exactement à deux heures vers le septième jour ; ou s’en tiendra à cet espace de temps jusqu’à la fin de la seconde semaine; après quoi on diminuera de même et on s’arrêtera au chiffre du début en suivant une marche exactement inverse... Beaucoup de gens du monde sont persuadés que les eaux thermales contribuent à conserver la santé et, pour cette raison, ils en usent sans mesure et sans direction, à leur détriment, comme de juste. Il importe de leur faire abandonner cette fausse opinion (i) ».

Les mots « cure de trois semaines » montrent combien est vieille la prescription d’une durée uniforme pour toutes les saisons, sans égard h la composition des eaux ni à la nature du mal. Quant au choix du nombre 21, il rappelle le temps très ancien où, au cours d’une maladie, comme au cours de la vie entière, tout allait par septénaires, par semaines, comme on disait, semaines de jours ou semaines d’années.

Après les bains minéraux, les bains de sable. Hérodote nous en dit, dans le même livre, les indications et le modus faciendi. « La fomentation à l'aide du sable convient aux malades affectés d’asthme, de fluxions sur la poitrine, de maladie cællaque, à& goutte, paralysies progressives, aux cachectiques, aux hydropiques et à tous ceux qui ont quelque douleur chronique ; presque tous les malades se prêtent

(i) IIÉUODOTE, dans Oribasc, t. II, p. 380 cl suiv.

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