‹ La goutte & le rhumatismeChapitre 37 sur 86 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

SORAXUS d’ÉPHÈSE

C’est à un méthodique, à Soranus, que nous devons la meilleure description de la goutte que l’antiquité nous ait laissée; mais ce n’est pas au méthodisme qu’il convient d’en faire honneur. L’homme valait mieux que la doctrine dont il a si étroitement lié la gloire à la sienne qu’on est porté de nos jours à reporter sur la secte tout entière ce qui fut le mérite d’un seul de ses membres et non du plus orthodoxe.

Le méthodisme a eu cette heureuse fortune que les écrits de ses purs adeptes ont péri et que seul l’ouvrage d’un irrégulier, d’un indépendant a survécu. Dans les jugements qu’on a portés soit sur le méthodisme, soit sur Soranus, on n’a pas assez tenu compte de la situation particulière qu’avait ce dernier dans son propre parti, a II s’en séparait sur quelques points », nous dit l’auteur si exact du Jalros et Galien confirme cette opinion (i).

Sur quoi portait la dissidence ? Il est aisé de le deviner. Le méthodisme tel que l’avaient fait Thémlson et Thessalus était surtout un code thérapeutique ; il écartait avec dédain

(i) Inlrodiiclio sou Mccliciis, cli. iv ; « Olyinpiacus do Milcl, Menemaque (1 Aplirodi.sic ol Soranus d’Eplièsc se séparaient sur cpiclqucs points des antres méthodiipies. » (Mùivrcs de Galien, t. XIII, p. (i84.

Galien, de son cote, éninnérant les inélliodiqucs, met à part Méncinaque Glympiacns et Soranus, t. X, ji, 53.

toutes les connaissances qui constituent proprement la pathologie: l’étude minutieuse des causes, des symptômes et des lésions était chose superflue ou nuisible, ne pouvait qu’égarer le praticien, lui faire perdre de vue les prescriptions si simples du chef de la secte. 11 suflisait d’apprendre à reconnaître, et c’était l’afTalre de quelques mois, à quelle appartenait la maladie, letraitement à instituer suivait de lui-même, sans réflexion.

Si les purs méthodiques s’étaient conformés à ce programme, il faut avouer que la bile de Galien avait quelque motif de s’échauffer. Quand il traite leur doctrine desti/pidité (i), qu’il appelle la secte entière le troupeau des ânes de Thessalus (2), on ne peut voir dans ces paroles qu’une juste révolte du bon sens. Mais quand, par une contradiction qui n’est cju’apparente, il cite Soranus avec éloges, adopte quelques-unes de ses médications, lui épargne les épithètes injurieuses dont il est si prodigue, tout en reconnaissant que sa thérapeutique est conforme au système qu’il condamne avec tant d’emportement, il nous fait entrevoir en quoi Soranus dilîérait de ses maîtres et de ses confrères : c’était un méthodique moins l’ignorance ; en d’autres termes, il était méthodique en thérapeutique, il ne l’était guère en pathologie.

Qu’il ait été méthodique en thérapeutique, on ne peut le contester : il a pris soin lui-même de le direct de le prouver à toutes les pages de son livre ; il se montre lui-même un observateur étroit, un gardien farouche des lois édictées par Thessalus, mais si nous laissons de côté, dans scs œuvres, tout ce qui concerne le traitement, nous trouvons un Soranus admirable de science et de jugement. Il ne rappelle plus le méthodisme que par des expressions chères à cette école.

(1) Galikn. T. X, [). f)u.

(2) Jd., l. XVIII", p. 27'i.

SUnAAUS D’Én/lÈSE

et encore renonce-t-il à c|iielques-unes de celles qui en étaient comme la marque distinctive. Il ne divise pas les maladies en rapides et lentes, mais revient aux termes classiques de chroniques et d’aiguës. Dans son livre des maladies des femmes, il renvoie à ce cpi’il a écrit èv tcÜç oSési.

Il ne montre pas seulement une connaissance profonde de la pathologie et de l’histoire médicale, mais il étale avec complaisance les ressources de toutes sortes qu’il devait à son éducation philosophic|ue et littéraire, donnant en somme tous ses soins à des études dédaignées, condamnées jjar ceux-là mêmes qu’il proclamait ses maitres. Cette opposition entre ses principes et sa conduite est si nette qu’il n’a pu se-^ la dissimuler à lui-même. Aussi, dans un passage fort curieux du TUcp’t ruv5£'.-/.ô(wv, il cherche à se laver du reproche d’être trop savant pour un bon méthodique et il trouve pour se justifier une raison qui vaut la peine d’être rapportée, car elle éclaire un peu la psychologie assez complexe de notre auteur : « Avant de passer, dit-il, à l’étude des conditions de la femme à l’état de santé, il faut décrire les régions génitales, celles que l’on connaît par la simple vue et celles qui sont du domaine de l’anatomie. Celle-ci est inutile, mais puisqu’on admet qu’elle aussi peut donner de bons enseignements, nous dirons ce qu’elle apprend. On nous croira plus facilement quand nous affirmerons que l’anatomie ne sert a rien, si nous avons montré d’abord cjue nous la savions ; et on n’aura pas lieu de soupçonner que notre ignorance seule nous fait repousser une des choses regardées comme vraiment utiles (i) «.

Soranus veut bien être méthodicjue, mais il ne veut pas partager la réputation d’ignorance de ses confrères, et puisqu’il n’ose répudier les dogmes de Thessalus, qui condamnent et 1 anatomie, et l’étiologie et la sémiotic|ue et le reste, d use d’un moyen un peu subtil a notre gré, pour

(i) Sorani gjnaæioruin, de. Édil. Val. Uosc. Leipzig, i88a. j). 170.

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