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momentanément l\ leur état normal, mais le mal revient pour la moindre cause, en raison de la prédisposition de ces parties. »
Il y a là une observation juste, que Séraplon en soit le véritable auteur, ou qu’il l’ait empruntée à de plus anciens que lui, comme il est probable. Le retour à l’état normal des jointures frappées par le rhumatisme articulaire aigu est un des caractères distinctifs de cette adéction comparée aux autres variétés de rhumatisme ou ;i la o-outte.
T. a thérapeutique v'arle selon l’humeur que l’on suppose prédominer. Est-ce le sang ? On pratique une saignée, puis on donne des laxatifs : myrobalans citrins, prunes, tamarins, fumeterre, absinthe, aloès, scammonée, turblth, agaric, pulpe de coloquinte, graines d’indigo et autres espèces. Est-ce la bile ? On donne des cholagogues comme la médecine faite avec du suc de roses, du miel et de la scammonée, ou encore le remède laxatif aux coings ; on applique sur le pied malade des adoucissants, ou même, si la douleur est violente, un cérat à l’opium et au suc de mandragore ; on peut encore user avec grand profit des affusions froides. Enfin est-ce la pituite qu’il faut incriminer ? On aura recours aux vomitifs, aux clystères; on prescrira les pilules fétides, les pilules de chitaredj, les pilules d’hermodacte et les pilules indiennes, ces médicaments devant être pris dans l’intervalle des accès.
On le voit, c’est l’ancienne pharmacopée alexandrine, enrichie de quelques nouveaux produits venus pour la plupart de l’Inde, tels que les myrobalans, fruits provenant de diverses variétés de terminalia ; l’indigo ; le tamarin, que les Arabes ont ajouté avec la casse et le séné aux purgatifs en usage. Nous avons dit ce qu’étalent les pilules do Chitaredj et les pilules fétides, nous ne savons au juste ce ([u’étaient les pilules indiennes dont parle Sérapion : Avicenne et Mésué le Jeune donnent chacun une formule différente de pilules ainsi nommées et aucune n'est dilt* applicable à la podagre. Quant aux hcrmodactes, Sérapion
LES AliABES ET LA GOUTTE
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los employait souvent et sous toutes les formes. Dans son Antidotaire, septième livre de sa Pratique, il donne la composition de divers remèdes à l’hermodacte blanc.
Peu d’années séparent Sérapion qui vécut dans la seconde moitié du i.\° siècle et Razès qui mourut en 982 : c’est dans ce court intervalle que s’est complété le travail des traductions arabes. Le premier n’avait connu que quelques auteurs de valeur inégale, dont le plus savant, Galien, n’avait laissé sur la goutte que des notes insuffisantes ou inexactes ; le second, au contraire, a lu, sinon utilisé, les ouvrages les meilleurs dont la goutte avait été le sujet aux diverses époques de la médecine grecque ; il les a lus, résumés, commentés parfois; et comme il avait fait de même pour toutes les maladies, pour toutes les parties de l’enseignement médical, il en est résulté ce livre étrange, informe, véritable chaos, qu’on appelle le Continent , et qui serait, s’il en existait une traduction nouvelle et directe, l’œuvre la plus précieuse de la littérature arabe.
Le livre XII est consacré aux maladies des jointures ; on y trouve pêle-mêle une foule de citations, trop courtes en général, empruntées à un grand nombre d’auteurs. Razès, ou plutôt l’éditeur de ces simples notes, n’a suivi aucun plan ; le désordre est tel que les mêmes extraits s’y lisent plusieurs fois, qu’il est souvent difficile de faire la part de chaque auteur cité et de dire où commence l’e.xposé de ses sentiments et où il finit, qu’on ne peut toujours saisir les moments où Razès prend la parole en son propre nom. Malgré ces rései’ves, ce livre justifie assez bien, pour sa part, le titre de l’ouvrage entier et contient presque tout ce qui a été écrit sur la goutte avant Razès.
Tel qu il est, il nous permet d établir la liste des auteurs
(i) Razès. Liber hclcliauy, icJ est conlincns.. . per Salium Favcnlinum crroribus piirgatus, etc. S. 1. n. cl. (Venise. i5oG?), fol. a.',i v» et suiv.
LA GOUTTE ET LE lUlUMATfSME
que Razès avaitlus avant d’écrire sur la goutte et les maladies articulaires. La voici: Hippocrate, les Arabes connaissaient d'IIippocrate ce que nous en connaissons nous-inèines ; Galien, Razès cite sous le nom de Galien et ses œuvres légitimes et certains traités apocryphes qu’on y joignait déjà, comme la thériaque àPison ; il va'sans dire que le fameux passage des médicaments selon les lieux (meamyr des x\rahes) est repro- <luit une fois de plus; Dioscoride ; lia fus; Archigène ; Oribase ; Philagrins ; Alexandre de Tralles ; Pau! d’Kgine; Théodosias ; un certain nombre de médecins arabes : le juif Masserdjouih ; Abou-Djorreid, le moine; Isaac (Ishaq, fds d’IIonein) ; Mésué; Sérapion; Abdons ben Yesid, auteur d’un traité intitulé a Mémorial de Thérapeutique » ; les deux Thabary, le père et le fils. Ajoutons à cela une formule collective el Kkousy, dont la traduction latine dit « Chuslidest quædam congregatio hominum « et qui s’applique sans aucun doute aux médecins nestoriens de l’école persane de Djoundisabour (Gandisapora), située dans le Khousistan ; el Khousy veut dire les gens du Khousistan. Enfin, Razès cite <[uelc[uefois soit d’après Thahary, soit directement, les livres indiens.
Cette petite bibliographie nous offre trois problèmes intéressants à discuter: l’absence des auteurs latins, l'omission du nom de Soranus, la mention des livres indiens. Sur le premier point, nous serons brefs. La lacune que présente le Continent n’a rien qui puisse étonner ; si Razès a passé sous silence les noms des médecins latins, c’est qu’il ne les connaissait pas. La rupture était complète entre l’Occident et l’Orient, le latin était incompris, c’était une lano"ue mourante ; et puis les Arabes avaient tout appris, tout reçu des Grecs qui avaient toujours feint d’ignorer qu il y eût quelques bons ouvrages écrits en latin.
La seconde omission cause plus de surprise et mérite ])lus d’attention : le nom de Soranus ne se ti'ouve pas dans le Continent, pas plus dans le reste de l’ouvrage que dans le douzième livre : il y brille, ou peut le dire, par son
LES Ail AB ES ET LA GOUTTE
ïjbsence. Et cependant les Arabes devaient lire dans Galien, dans Oribase et ailleurs, le nom et l’éloge du médecin d’Éphèse ; il semble que ses livres auraient dii être demandés parmi les premiers aux empereurs de Byzance, aux nestoriens de Perse pour être traduits en Arabe, lus et commentés. Il n’en fut rien. C’est que les Arabes n’eurent pas à choisir les sources de leur instruction : ils reçurent et admirèrent tous les livres qu’on leur envoya, quels qu’ils fussent. Or, au moment où se firent les traductions en arabe, Galien régnait seul en Orient : il avait triomphé, plus qu’il ne l’aurait voulu lui-même, du méthodisme et de son meilleur champion: la doctrine était morte et les noms de ses adeptes oubliés, celui de Soranus comme celui do Thessalus ou de Thémison.
Mais, ceci établi, constatons un fait, non signalé encore, croyons-nous, et qui rend à la fois plus évidente et plus étrange l’omission que nous venons de relever, c’est qu’une partie au moins des livres de Soranus a été connue de Razès, qu’il l’a lue, résumée, citée sans se douter de son origine. Bien plus, par une piquante ironie, les fragments qu’il nous do nne du grand méthodique nous sont présentés sous le couvert, sous le nom de Galien.
Un grand nombre de citations, dans les divers livres du Continent, sont précédées de ces mots : « de lihro signorum atlribnlo Gallieno ». Or, ce Iwj'e des .s7^^7«e.s était un recueil tiré des œuvres de Soranus. La preuve en est facile à donner : Qu’on lise dans le Continent (llv. III, p. yi) l’extrait du livre des signes concernant l’angine ; qu’on se reporte ensuite
au traité traduit par Cælius (liv. III ch. II) ; et l’on sera frappé de la ressemblance, de la quasi-identité des deux passages et l’on s’étonnera qu’il n’y ait pas plus de dlIFérence entre le latin de Ferragutet celui de Cadius. On pourrait établir des confrontations pareilles entre les paragraphes où l’auteur du livre des signes traite de la pleurésie, do la pneumonie, des vers, et les paragraphes correspondants de Cælius. La comparaison, qui pourrait s’étendre à bien d’au-
1res chapitres, permet même d’éclairer sur quelques points, le texte si altéré de Cælius. Mais il est une épreuve plus décisive encore : c’est de mettre l’extrait du Continent qui concerne l’inflammation de l’utérus, extrait tiré lui aussi du livre des signes (Continent liv. IX, p. 190), en regard, non plus d’une adaptation plus ou moins fidèle, mais du texte même de Soranus, car la citation est empruntée au Traité des maladies des femmes que nous avons (liv. II. chap. II). Le latin du Continent est une traduction évidente du livre grec (i).
Ce n’est point ici le lieu de rechercher quel était le caractère primitif du livre des signes, et pour quelle raison le nom de son véritable auteur était ainsi méconnu. La question, pour intéressante qu elle soit, nous entraînerait trop loin. Nous nous bornerons à chercher dans le XII“ livre du Continent si quelque fragment extrait du livre anonyme concerne la podagre et l’arthritis. Or, on y lit ceci: « Du livre des signes. 11 arrive aux goutteux une inflammation douloureuse du pied ; la douleur commence tantôt par le gros orteil, tantôt par le talon, tantôt par la plante. Cette inflammation peut entraîner un changement de couleur relativement au reste du corps, ou au contraire laisser la coloration normale ; la douleur peut s’accompagner d’une chaleur ardente, ne pas donner de sensation de chaleur du tout ou encore déterminer une sensation de froid intense. Le mal peut occuper les deux pieds en même temps ou se propager aux jambes, au genou, à la vessie ethl’eslomac (2) ». Ici le résumé est si succinct qu’il ne permettrait pasà lui seul, d’en déterminer la source, si nous ne pouvions invocpier lesexemples plus probants que nous avons notés.
Il se termine, ou paraît se terminer par ces deux phrases
(1) SoitANUs. É(l. Yiil. Rose, p. 3i4 cl 3i5. V. aussi le passage correspondant de l’abrégé de Moscliion. Ihid., p. 54-
(2) RaZÈS. f.oe. cil., fol. 2'|2 V".
LES ARABES ET LA GOUTTE
(|ui n’ont pas leurs analogues clans Cælius : « Chez c[uelques-uns les testicules s’allongent ; cjuand la maladie se prolonge, les jambes et les cuisses deviennent enflées. »
L’œdème des membres inférieurs estime complication fréquente de la goutte cachecticjue et complic[uée d’atrophie rénale ; la mention de ce symptôme n’a rien c[ui puisse étonner sous la plume de Soranus ; elle mancjue pourtant au chapitre de Cælius tel c[ue nous l’avons. Par contre, l’allongement des testicules est un signe plus inattendu. Qu’entendait Razès par ces mots lo/igi fient tesiiculi^ l’œdème des bourses, la varicocèle, le relâchement du scrotum ?’ C’est cette dernière affection c|u’il nous paraît avoir voulu désigner. En effet Avicenne, dans sa description de la goutte, cju’il emprunte certainement pour une grande part au Continent, s’exprime ainsi : « Un des accidents c[ui arrivent aux goutteux est un allongement de la bourse des testicules, prolongentiir oscea lesticulorurn (i) ». Comme il ne donne ]>as la phrase suivante concernant l’œdème des jambes et des cuisses, on ne peut douter qu’il n’ait en vue le simple relâchement du scrotum.
Cette difformité d’ailleurs était bien connue des anciens, qui la no minaient /•/mco67s. Paul d’Egine la définit ainsi : « le relâchement de la peau du scrotum, sans que les parties qu’il renferme y pai’ticipent’, donne lieu à la rhacosis, maladie fort disgracieuse (i) ». Il décrit ensuite les procédés opératoires conseillés par Léonidès et par Antyllus pour y remédier. Il est probable, en effet, que cette ptose scrotale est assez fréquente chez les goutteux ; quelques faits observés par nous-mêmes nous portent à le croire. Mais il n’y a là rien de particulier aux podagres et tous les arthritiques, au sensétendu du mot, présentent plus ou moins
(i) -\vicKNNE. Œuvres. Venise, x(iü8. T. I, j). ()-jo.
Q) l’aul I) hoiNE. Kd. II. Briau, p. 28C). Mous ne savons pourquoi René Briau traduit f, pâ-/.ü)a'.; par le rliacosis.