‹ La goutte & le rhumatismeChapitre 47 sur 86 · L .1 G O U T TE E T L E K H EM ,1 T I S M E · texte numérisé non relu

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cette disposition des tissus mnsciihdre et élastique à se laisser distendre, à s’allonger soiisle poids des organes (pi’ils sont destinés à soutenir.

Les descriptions de l’arthrltls, de la sciatique et du lumliago extraites par Razès du livre des signes renfennent aussi des landjeaux de phrase qui ne laissent aucun doute sur leur provenance. Rapprochées du passage correspondant d’Avicenne, qui nous donne une seconde version latine d’un même texte arabe, elles permettent de contrôler une page fort maltraitée de Cællus et d’y rectifier un passage absolument incompréhensible sur la sciatique, celui qui concerne les bons elïets de la compression du membre atteint et l’aide qu’elle donne aux premiers pas du malade.

La mention que fait Razès des livres indiens eonsultés par lui ou par ses prédécesseurs immédiats est un fait très important. C’est la seconde fois que nous relevons, dans les œuvres que nous avons à étudier, une trace de l’inlluence orientale. La première fois, il s’agissait des pythagoriciens et de leur pathologie générale d’une part, de l’Inde védique et de ses hymnes transmis oralement de l’autre; cette fois-ci, il s’agit de livres composés plus récemment par Çaraka, Suçruta et c[uelques autres et cités en témoignage par des hommes vivant à une époque que nous pouvons préciser. Or, on le sait, ce qui maiKjue le plus à l’histoire de la médecine hindoue ce sont les dates, les points de repère : l’époque où les Arabes ont eu connaissance des livres indiens fixe au moins une limite en deçà de hnpielle on ne saurait faire vivre les auteurs de ces ouvrages ; le champ de l’incertitude et de la discussion reste d’ailleurs assez ffrand.

Cependant une notion récente est venue jeter quchjue lumière sur cette question obscure. Des contes chinois d origine hindoue, nous ont appris (jue Çaraka était le médecin, le conseiller et l’ami de Kaniska, roi des Indo-Scythcs vers

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ïe commencement de l’ère chrétienne (i). Ce royaume éphémère de rindo-ScythIe, avec sa double culture greccpie et bindoue, était un terrain merveilleusement propre aux •échanges entre les deux races. Dans ce commerce scientifique, la médecine grecque a donné plus qu’elle n’a reçu ; •elle a fourni notamment aux médecins de l’Inde cet humorisme qui était un cadre si commode aux descriptions cliniques. Nous en donnons plus bas une preuve tirée de 1 histoire même de la goutte et du rhumatisme.

Il est probable que Razès a peu lu les livres indiens dont il parle, car il se borne, au moins dans le XII® livre, à citer le ■nom de son maître, d habary en le faisant suivre de ces mots delihris indis ; quod invenii in lihris indianis, ou /;/-o india; •quelquefois cependant il dit de Jibris india, sans faire mention de Thabary. Voici deux exemples des emprunts faits par Razès aux livres indiens; ils sont peu importants,

Thabary, d’après des livres indiens. Chaque fois que le sang s’accroît, il engendre la goutte (2) ». « Le lait de vache •est meilleur que tout autre ; il convient dans la phtisie, Tasthme, la goutte et les fièvres chroniques (3) ».

Mais quelquefois, dans les chapitres étrangers à notre «ujet, nous trouvons des mentions plus précises : « Sarak indus » ne peut être que Çaraka et « Sesirid » est sans doute Suçruta bien qu’on regrette de lui voir soutenir « qu’un lavement poussé trop fort remonte jusque dans l’estomac etsortpar les narines (4) ». Ces deux auteurs, Çairaka et Suçruta, Razès pouvait les lire directement car il en existait des traductions arabes faites au cours du vin® siè-

(1) Sylvain Lévi. Notes sur les liido Scjllics. Journal asialifiue. nov - •<16c. i8()0. p. 441 cl suiv.

V. aussi Kei.naud. Ilelalions |)olilicj les et commerciales de l enijiire romain •avec 1 .-Vsie orientale. Paris. iSü.'l, p. i()4 et suiv.

(2) Hazès. Loc. cil., p. 2.43.

(3) fd., p. 400.

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de (i). Les autres citations d’auteurs indiens, le plus sou-j vent anonymes, sont presque toutes empruntées à Thabaryj le fds, Aboul lia ssan AU ben Rabban Etthabary qui écri-| vait vers 85o (2). I

Nous aurions voulu chercher quelle place tenait la goutte] dans la pathologie indienne, malheureusement les documents j nous font défaut ; le seul que nous puissions consulter est! l’Ayurveda de Suçruta dont flessler a fait jadis une traduc-j tion latine fort critiquée. Nous ne savons si elle mérite tous les reproches qu’on lui a faits ; en tout cas, elle nous a paru] conforme, dans ses grandes lignes, au résumé qu’ont donnéde la pathologie hindoue et en particulier des livres de Çaraka et de Suçruta ceux qui ont eu les textes mêmes sous les yeux (3). I

Sous le bénéfice de ces réserves, l’ouvrage de Suçruta laisse au lecteur cette double impression ; d’une part la médecine hindoue et la médecine grecque sont foncièrement indépendantes, de l’autre elles ont sur de nombreux points, particuliers des ressemblances telles qu’on est amené à supposer entre elles quelque contact, quelque échange, dont il reste h préciser l’époque et les conditions.

Pour ne pas sortir de notre sujet nous chercherons ce qu’est la goutte dans l’une et l’autre pathologie. Chez les Grecs, à partirde l’époque alexandrine, la goutte est au premier rang des afiectlons articulaires comme la plus fréquente et la plus grave ; elle est décrite avec soin, tandis que le rhumatisme articulaire aigu, l’arthritis, y est traité si sommairement qu’il faut le chercher en quelque sorte entre

(1) L. Leclerc. Histoire de la médecine arabe, I. ji. 288.

(2) L. Leclerc. Ibid., p. 2ç3.

(3) Voir ; Wise. Ueview of llie liislorv of modicine, 2 vol. iii-8". Londres, 18G7.

Sir Hiiagvat Sinu ,Îee. A sliorl liistory of .\ryan medical science. Londres,

Cii.VRAKA-S.VMiiiTA . Traiislalcd inlo Englisli by Avinasb Cbandra Kaviralna. Calcutta, in-8", i8(j.'i (le commencement .seul a paru).

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les lignes, qn’on hésite parfois à le reconnaître et que beaucoup l’ont méconnu. Dans l’Avurvecla, au contraire, le rhumatisme articulaire est runique matière de la description et la goutte disparaît derrière lui.

Voici le début du tableau clinique esquissé par Suçruta : « La maladie aéro-sanguiue a d’abord son siège dans les mains et dans les pieds, puis elle envahit le reste du corps. Ses premiers symptômes sont : les douleurs extrêmes, la chaleur brûlante, les démangeaisons, le gonflement, la raideur, etc. (i) ».

Mais, ce contraste établi entre les deux modes de concevoir la pathologie articulaire, on relève entre les deux médecines de nombreuses similitudes. On sait que les Indiens n’admettent que trois humeurs, l’air ou pneuma, la bile et la pituite ; ils plaçaient avec raison le sang à côté des organes importants, des viscères essentiels. Or, voici une phrase de Suçruta qui semble révéler une influence hellénique, adaptée il est vrai aux doctrines anciennes.

(( Quand le sang est altéré par l’air, les pieds deviennent extrêmement sensibles au toucher, ils sont douloureux, ulcérés, atrophiés, engourdis; quand la bile se mêle au •sang, ils ressentent une cuisson horrible, sont au toucher d’une chaleur extrême, sont gonflés de sang et mous ; au contraire, quand le sang est altéré par la pituite, il y a des démangeaisons, les pieds sont pâles, froids, gonflés, augmentés de volume et raidis » (2).

On reconnaît la division en goutte chaude attribuée à l’excès de la bile et en goutte froide due à l’excès de pituite ; les caractères différentiels de ces deux formes morbides ne sont pas donnés autrement par les vieux auteurs grecs et latins. Quant a l’addition d’une forme duc au pneuma, elle

(1) Fr. 1If.ssi.eh. Susrutas .-Vj-urvcdas. Erlangcn, i844-i85o, 3 vol. en un in-8®, t. II, p. 71 .

(2) Ihid., t. I, p. 171.

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était une conséquence nécessaire du système ternaire des’ Indiens. On a cru voir dans quelques passages analogues à ^ celui que nous venons de citer la preuve que les Indiens avalent connu et imité Galien; il se peut que Suçruta ait vécu après Galien, mais tout ce qu’il a dit des humeurs, de leur rôle dans la genèse et dans l’apparence clinique des maladies peut s’expliquer sans avoir recours à l’humorisme galénique.

Le livre de l’Ayurveda intitulé Sarlrast’hana (i) nous offre encore un détail curieux. La saignée y est proposée comme le traitement le meilleur des affections articulaires et de bien d’autres, mais à la condition d’observer les rèsfles suivantes : « On saignera du côté gauche, au pli du coude, ou bien entre le petit doigt et l’annulaire, s’il s’agit d’une affection de la rate ; on saignera du côté droit en cas de lésion du foie et d’inllammation de l’intestin. Ce sont les mêmes veines que les médecins conseillent d’ouvrir dans le catarrhe, l’oppression, la goutte et le rhumatisme ». Or, Archigène, cité par Aétius (livre VllI, ch. 62) s’exprime ainsi : « Si le sang rendu par vomissement vient de l’estomac ou du ventre, on ouvrira la veine supérieure du pli du coude, celle qu’on nomme humérale ; on agira de même si le sang vomi provient du foie. Mais si l’hématémèse est d’origine splénique, ce que l’on reconnaîtra à la tuméfaction de la région de la rate, on ouvrira h la main gauche la veine qui est entre le petit doigt et l’annulaire. C’est une bonne et utile pratique. » — Galien, sans doute d’après ces lignes, mentionne la saignée de la salvatelle dans les affections de la rate comme une pratique particulière à quelques-uns (tome XI, p. 296).

Nous n’oserions pas soutenir que l’une de ces prescriptions est une simple copie de l’autre, ni décider quelle a été des deux la première en date. Elles nous ont cependant

(i) Ibid., t. II, p. 35.

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paru bonnes à relever en raison de leur triple similitude: saignée dans les maladies de la rate, saignée à gauche,, saiernée entre le petit doigt et l’annulaire. En revanche, en ce qui concerne la pathologie de la goutte et du rhumatisme, nous croyons que les doctrines humorales des Grecs n’ont pas été ignorées dans l’Inde, où elles ont dû être d’autant mieux accueillies qu’elles pouvaient entrer sans trop de violence dans le cadre de l’ancienne médecine des tempsvédiques. Nous avons même désigné plus haut le lieu,, l’époque et l’Intermédiaire probable de cette transmission.

En dehors du Continent, Razès s’est occupé de la goutte dans plusieurs ouvrages, dans son traité des maladies des jointures, dans son livre des Divisions, dans le traité à Almanzor (i). Aucune des descriptions qu’il y donne ne mérite qu’on s’y arrête : elles n’ont rien d’original. La première, la plus longue, a été écrite d’après Galien et son école ; les deux autres sont fort courtes et paraissent extraites d’auteurs plus anciens, car elles s’en tiennent à la vieille distinction en goutte chaude et en goutte froide. Le traitement seul a quelque intérêt, non que Razès ait modifié (quelque chose à la pratique de ses prédécesseurs, de Sérapion en particulier, mais parce qu’il parle ici au nom de sa propre expérience, qu’il cite des observations à l’appui de son dire, que son langage s’anime et que le médecin d’hôpital, le clinicien se montre enfin derrière l’érudit et le compilateur.

(c Quand la douleur et le gonflement occupent les jointures, que la peau est chaude et rouge, il faut saigner le malade, du côté droit s’il souffre du pied droit (2), du côté gauche s’il souffre du pied gauche » (El Mansoury, ch. 90).

(1) Opéra parva Abubokri, etc. Lyon, i5ii.

(2) Dans le livre des Divisions, liv. I, ch. en, Razès dit qu’il faut saigner il gauclie quand le mal est à droite et inversement. 11 y a sans doute une erreur dans la traduction latine du Mansoury, car Avicenne qui suit d'ordinaire Razès conseille de saigner du côté opposé.

LA GOUTTE ET LE RHUMA TISME

Razès nous apprend ailleurs ce qu’il entendait par saigner un malade (i). Près de mille ans avant Bouillaud, il usait de la méthode des saignées coup sur coup. Voici, du reste, une des observations qu’il rapporte : « Je soignais un malade pour une all'ection chaude des jointures (c’est-à-dire pour une goutte aiguë, franche); à la fin du printemps il avait d’ordinaire un fort accès, je l’en préservai pendant trois ans, mais la quatrième année il lui arriva de faire un voyage et de ne pouvoir s’abstenir des choses défendues : je le vis ;i son retour et lui dis que si je ne le saignais pas il aurait son accès; comme il se croyait débarrassé de son mal, il ne voulut pas se soigner ; aussi peu de jours après il sentit la nuit une petite douleur dans le genou gauche, il ne s’en inquiéta pas et même but du vin, mais la nuit suivante, il fut saisi d’une violente douleur. Je le vis le matin et lui tirai •une demi-livre de sang, je le laissai pendant deux heures, après avoir appliqué un emplâtre au santal rouge, au vinaigre et à l’eau de roses, puis je tirai de nouveau une demi-livre de sang, j’ajoutai alors à l’emplâtre précédent des fleurs de grenadier sauvage; la nuit qui suivit, la douleur avait presque entièrement disparu; le lendemain, je tirai encore «ne demi-livre, la douleur cessa tout à fait. Et cela se passa de même dans beaucoup de cas semblables (2) ».

Razès, la saignée faite, purgeait le ventre avec l’apozème au myrobalans citrins et aux hermodactes blancs. Si cet apozème répugnait trop au malade, il prescrivait les hermodactes en pilules, en leur associant l’aloès, la scammonée, les roses rouges. « Qu’il prenne, dit-il, ces pilules qui font sc lever et marcher les impotents « (El Mansoury, ch. 90). A propos d’une autre formule de remède aux hermodactes, il se servira presque des mêmes termes, il dira: « cette préparation fait sortir les malades du Ht. Confeclio quæ facil liomines surgere de lecto » [de Egrit. jnnet., ch. 9).

(i) Traiti! des maladies des jointures, ch. xx. Q) Razès. Loc. cit., ch. xx, p. 91 v®.

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Au déclin de l’accès, ou dans les formes froides de l’aCTection Razès donnait les pilulæ majores de hennodactilis-, ce sont les fameuses pilules de Mésué au chitaredj et au colchique. Quant au régime à suivre et aux précautions à prendre, Razès prescrivait l’abstinence du vin, des mets sucrés (ou plutôt miellés) et des viandes ; il recommandait dans les périodes de rémission complète, et en particulier vers l’époque où les accès avaient coutume de revenir, c’est-à-dire au printemps le plus souvent, de recourir à la saignée et à la purgation préventives.

On le voit, l’agent principal delà thérapeutique de Razès, celui h qui il reconnaît une action spécifique, c’est l’hermodacte, le sourendjan, dont il dit quelque part : « nota quod zurugen hahet magnam vivtutem in omnibus dolorihus jiincturarum, sed destrait appetitum et dessiccat juncturas cum in /nagna quantitate sumitur. »

Or, si l’on cherche à la fin du Continent, dans la longue liste des synonymes qui le termine, les autres noms du sourendjan ou zurugen, on y Ht « Sourendjan, synonyme Colglcos (c’est-à-dire colchique). » Nous reviendrons sur tout cela, nous retrouverons Razès et son œuvre maîtresse que nous feuilletterons encore, mais nous aurons à citer aussi un grand nombre de médecins et de botanistes arabes dont le nom est attaehé à l’histoire du colchique d’automne et de ses propriétés. Dans ce ehapitre-ci, où nous n’avons en vue que l’étude clinique de la goutte, nous nous bornerons à rappeler les travaux d’Ali-Abbas, d’Avicenne et d’Avenzoar.

Ali-Abbas (i) (Ali ben el Abbas el Madjoussy), mort en 99/1, montre dans le Maleky une seience de la médecine grecque plus complète et surtout mieux digérée que celle de ses prédécesseurs. Le sens critique et le talent de com-

(i) Haï. y fii.ius Abbas. Liber totius mcdiclnœ, etc. Liv. IX, cb. xii. Lyon, in-4‘’, làaB, j). 122.

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position qu’on y remarque font de ce livre le meilleur traité de médecine que nous aient laissé les Arabes. Dans le chapitre consacré à la goutte et à la sciatique, AU utilise, plus que ne l’avaient fait Sérapion ou Uazès, les œuvres d’Hippocrate. C’est ainsi que l’équitation reprend sa place parmi les causes de la podagre, à côté du traumatisme et de la faiblesse congénitale des jointures, que les aphorismes sur la goutte des enfants et sur celle des femmes, sur les retours de l’afFection, sont rappelés ; que l’étroitesse de la jointure ’ atteinte est donnée par lui comme l’explication des douleurs atroces de l’accès. Il énumère après cela les autres causes de la goutte comme on les trouve dans Paul d’Eglne, adopte les ’ théories hippocratiques rajeunies par Galien sur la lutte [ des différents organes contre l’élément morbide qu’ils rejettent ou subissent selon qu'ils sont forts ou faibles, et • prend pour cadre de sa description clinique les diverses ; humeurs qu’il suppose prédominer. Bien que nous ne trou- ’ vions rien dans le Maléky que nous puissions considérer • comme un progrès dû h l’auteur lui-même, il nous semble ■ y voir un commencement de réaction contre l’inlluence j excessive de Galien. Certes ce qu’Ali emprunte h Hippocrate ! aurait pu lui être laissé sans que le mérite de son livre en fût beaucoup diminué, mais on se plaît à le voir restreindre ! un peu la part excessive faite au théoricien de Pergame et ; lui reprocher, dans sa préface, ses longueurs et ses répétitions. Il est curieux de rapprocher cette velléité d’indé- ; pendance de la conduite de Démétrius Pepogomène se cou- , vrant lui aussi du nom d’Hippocrate pour excuser la froideur ! de son zèle galénique.

Plus encore qu’Ali Abbas, Avenzoar (Abou Merouan Ebn f Zohr), l’auteur du Teisslr, le maître d’Averroès, se montre ■ | indépendant de toute tradition, mais c’est peut-être parce || (ju’il est plus Ignorant que son devancier; il prétend ne» parler ([lie d’a[)i’ès son expérience propre, mais celle-ci le; sert mal dans le court paragraphe ([u’il consacre à la , | (r((ntte. 11 v dit, en effet : (( La goutte survient surtout chez r |

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ceux qui ont les pieds petits et qui marchent plus qu’on ne fait d’ordinaire. J’ai vu peu de coureurs, vivant de leur profession, qui ne fussent atteints de cette maladie (i) ». On ne saurait se tromper plus lourdement.

Entre Ali-Abbas et Avenzoar avait paru Avicenne qui avait refait dans des proportions plus vastes le Maléky. Et de fait son œuvre, le Canon, justifia son titre : il devint la règle à laquelle se soumirent, à partir du xiii® siècle, tous les médecins de l’Occident. Le nom de l’auteur fut associé dans la vénération des scolastiques à ceux d’Aristote et de Galien : c’était un honneur exagéré. Le Canon n’est pas un livre original et rien peut-être de ce qu’il contient n’est dû à l’observation ni même h l’imagination d’Avicenne. Ce qui lui appartient en propre, c’est le lien qui unit chaque chose, la méthode, la logique où le philosophe se trahit plus que le médecin. S’il nous était permis de juger de l’ensemble de l’œuvre par le chapitre que nous connaissons le mieux, nous dirions qu’Avicenne s’est borné à porter l’ordre et la clarté dans le chaos du Continent. Il a fait un corps de toutes les citations disparates, les a résumées, fondues, hiérarchisées, et, comme il à passé sous silence les noms des auteurs, on a pu croire que la matière du livre était sienne, alors que la forme seule était bien à lui.

Nous relèverons seulement quelques notions nouvelles, qu’on peut lui attribuer provisoirement, leur origine véritable nous étant encore inconnue. Avicenne aime les divisions ; il envisage successivement la cause souffrante, qui est le membre atteint, la cause efficiente qui est l’humeur morbide, la cause instrumentale qui est la laxité des tissus, que celle-ci soit naturelle ou acquise. Chacune de ces causes principales se subdivise de telle manière que toutes les causes

(1) Ave.xzoar. Le Tlieysir. I.iv. I, Iraité 3, ch. xxxi, in Abhumcron Al))iizoiir Colligct Avcrrois, etc. Venise, i.53o.

(2) Avicen.xe. Le canon. lùv. III, l'on 22. Tract. 2. Venise, i(îo8, in-fol., A. I, p. (jGq et suiv.

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connues ti’ouvent pince dans ce tableau étiologique, à leuil ang d’importance présumée. Chemin faisant, l’auteur écrit : (( Quand les humeurs crues sont retenues dans le corps, qu’elles ne sont plus évacuées naturellement par les selles, ou l’urine ou encore grâce à une intervention médicale, on est bien près de voir survenir les douleurs de jointures si les humeurs en question sont chassées de ce côté, s’y fixent et s’y décomposent. Mais quand la nature les expulse par la vole intestinale ou rénale, on trouve alors l’urine épaisse, dense, crue; on peut alors se croire à l’abri de leurs effets, sinon on est exposé à une jies affections que nous avons dites (arthrltis, podagre ou sciatique). »

C’est là, si nous ne nous trompons, la première ébauche d’une urologie de la goutte, à moins qu’Avicenne n’ait pris cette observation à l’un de ses prédécesseurs grecs ou arabes. Du moins, il en a compris toute l’importance, car,, dans un autre endroit du Canon où il consacre à la sémioloarie de l’urine de longues et ennuyeuses pages, il avait déjà dit : U Quand, à la fin d’une attaque de goutte ou de douleurs articulaires, il y a polyurie avec dépôt mucilagineux abondant, c’est d’un bon augure. » Quelques lignes plus haut, if avait fait remarquer la fréquence et l’abondance des sédiments chez les hommes gras vivant dans l’oisiveté.

Avicenne ne donne qu’un assez court aperçu des lésions articulaires. « Les jointures des pieds ou des mains se prennent parce qu’elles offrent plus que les autres régions un espace vide à l’humeur morbide, parce qu’elles sont toujoursen mouvement, parce qu’elles sont de complexlon faible et froide et que leur place aux extrémités du corps est éloignée du centre régulateur, longinquus a reclore primo. Aussi, sont-elles le siège de tophus plâtreux et de déformations diverses. Quelquefois, les jointures réussissent à se débarrasser du principe morbide qui se porte sur les organes essentiels et met le malade en péril, si on ne le appelle à son siège primitif ».

Après cette mention trop courte de la goutte remontée,.

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LES AEABES ET LA GOUTTE

Avicenne étudié les conditions de retour et de disparition des accès, puis il décrit rapidement la sciatique qu’il distingue un des premiers de l’arthrite de la hanche et qu’il localise dans le gros nerf de la cuisse, in neivo lato-, il note ensuite les atrophies musculaires, le caractère de l’arthrltis d’aboutir à une guérison complète et durable, refait une brève description du paroxysme goutteux et de son mode de <lébut. Nous le répétons, à l’exception de ce qui concerne les troubles de l’urine, il n’est guère de phrases d’Avicenne <lont on ne puisse lire l’équivalent, et souvent les termes mêmes, dans le Continent. Les citations du Iwre des signes, par exemple, se retrouvent presque identiques, notamment la phrase que nous avons déjà reproduite et commentée : <c Un des accidents c[ui peuvent arriver aux goutteux, c’est 3’allongement de l’enveloppe des testicules. »

Quant aux diverses variétés de la goutte, aux moyens de les reconnaître, aux médications que réclame chacune d’elles, c’est en traitant de ces matières qu’Avicenne se montre surtout le disciple de Galien; nous n’y insisterons pas. Mais il est un point de cette thérapeutique qui mérite d’être noté, c’est la façon dont Avicenne comprend et définit I aetion de l’hermodacte, c’est-à-dire du colchique d’automne. « C’est, dit-il, une thériaque bonne pour toutes les douleurs articulaires, surtout au moment des poussées fluxionnaires (i) «. Il va sans dire qu’Avicenne donne ici au mot thériaque, non point sa signification actuelle de médicament anodin et narcotique, mais son ancien et véritable sens de remède agissant d’une manière mystérieuse, surnaturelle, contre un mal réputé Incurable. Ils ne disent guère autre chose, ceux qui répètent de nos jours : le colchique est le remède spécifique de la goutte.

.\illeurs, Avicenne précise son sentiment sous une forme qui n’a pas vieilli : « On attribue aux hermodactes la plus

(i) Avicenne. Le canon. làv. II, cli. 35i. Écl. Venise, i()o8, p. 333.

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grande elficacité : ils évacuent immédiatement l’iiumeur froide, //lais il y a en eux autre chose, car ils font succéder h cette évacuation un resserrement et une résistance tels qu’il n’est plus possible aux superlluités liquéfiées par le médicament de revenir, même chez ceux à qui il est nri'ivé de ne pas être évacués (i) ».

(i) Ibid. Liv. III, ch. vni, p. 975.

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