‹ La goutte & le rhumatismeChapitre 49 sur 86 · LA GOUTTE E.\ OCCIDENT · texte numérisé non relu

LA GOUTTE E.\ OCCIDENT

(■'gale entre les deux doctrines, termine le chapitre et le livre entier par ces lignes où le dogmatisme hippocratique est franchement avoué, puisqu’elles sont une citation presque textuelle d’un passage du Pronostic ; « Dans toutes les maladies que nous venons d’étudier, il faut faire appel a un médecin qui consulte assez les forces du patient pour ne pas lui nuire, loin de lui être utile. Lebon médecin esteeluiqui connaît le passé, le présent et l’avenir. A lui seulement on peut abandonner la tâche de rendre la santé au corps humain. » Un peu plus haut Cælius avait ingénieusement concilié l’ancien humorisme et le système galénic[ue des quatre humeurs en disant : la goutte froide provient de la pituite et de l’atrablle, la goutte chaude de la bile et du sang.

La comparaison de ce chapitre de Cælius avec celui cju’il avait traduit lui-même de Soranus en diminue beaucoup le mérite. Cependant il est juste de faire honneur à l’auteur latin d’une bonne analyse des diverses formes de la goutte et de leurs signes locaux. Non seulement les formes aiguë et subaiguë de la podagre, avec leurs divers degrés, sont bien isolées, mais les ulcérations vulnera, les concrétions pierreuses lapides, les déformations, les nouures, dnritia nervoviim, les rétractions fibreuses ont leur place légitime dans la description. Quant à la matière médicale, c’est celle de Priscien, c’est aussi celle de Soranus, à peu de chose près. Elle ne comprend guère que des plantes vulgaires communes à tous les pays que baigne la Méditerranée ; aucune espèce exclusivement orientale n’v fiofure.

Vindicianus Afer, Théodore Priscien, Cælius Aurellanus ont surtout lu Soranus ; ils feignent d’ignorer Galien dont ils ne prononcent pas une fols le nom. C’est sans doute pour réagir contre cette exclusion arbitraire d’une partie, la plus volumineuse sinon la meilleure, de la littérature médicale, que Cassius Félix a écrit son livre (i).

( i) G\ssii:s t jci.ix. Do meriieina, de. Ld.\ al. Rose. Lci|)zig(Tciiljiier), i8"f).

I,A GOUTTE ET LE HIIU.MATISME

C. Félix est lui aussi un Africain. Il donne le nom puniqui? d’une plante (page 3a) ; il parle des tatouages que les femmes maures portent sur la figure ('page 20); il cite volontiers Vindicianus; enfin le manuscrit parisien ([ui contient son opuscule (m. S. latin 61 14) le qualifie dM/7<?«.s2's, mot que Val. Rose corrige avec raison en Cirtensis. Il serait donc né à Constantlne, où précisément l’on a trouvé une inscription portant son nom (C. I. L. Tome viii. 4“ 7066). Ce dernier argument n’a pas grande valeur, le nom de Cassius Félix se lisant dans d’autres inscriptions recueillies en divers pays; mais, même en l’absence d’autres indices, la parenté du style de C. Félix et de celui de Cælius suffirait à les rapprocher ■comme deux compatrêotes et deux contemporains.

Le titre est celui-ci : « Cassius Félix, de Cirta. Livre de médecine, selon la secte logique, traduit du grec en latin sous le consulat d’Artabure et de Calepins. » (an 44y)- L’auteur a surtout mis à contribution Galien ; Philagrius et Vindicianus Afer ont fourni quelques préparations. Mais il ne faut pas se méprendre sur le caractère de ces emprunts. Cassius Félix ne cherche pas une doctrine à opposer h celle de ses compatriotes, il n’émet aucune théorie, il rassemble seulement quelques médications Ignorées ou dédaignées par eux. De sorte qu’a le lire on ne le trouve pas très différent de ceux c[ui se proclamaient méthodiques; il parle la même langue et vante comme eux la règle des cycles, chère aux disciples de Soranus.

(C La podagre, dit-il, est une affection des extrémités fibreuses des pieds, entraînant l’impossibilité de marcher. Elle débute par une sensation douloureuse dans le gros orteil, survenue sans cause immédiate, accompagnée de rougeur au niveau des articulations et s’exaspérant la nuit. Quand le mal augmente, d’autres jointures se prennent, les doigts se déforment et s’indurent; à la longue enfin, et 1 affection devenue chronique, il se lait des trajets fistuleux, donnant issue à des pierres pareilles à du plâtre. Au moment de l’accès, une sorte d’engourdissement parcourt les

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membres du malade qui éprouve une sensation tantôt de chaleur, tantôt de froid. Il y a en effet deux variétés : la woutte froide et la goutte chaude. On les distingue ainsi. Dans la goutte chaude, il y a chaleur brûlante, douleur extrême, rougeur et tuméfaction. Dans la goutte froide, il y a gonflement et prdeur. On les guérit l’une et l'autre en opposant les réfrigérants à la goutte chaude, les réchauffants •et les discussifs [e/ectoria), que les Grecs appellent diaphorétiques, à la goutte froide. La podagre diffère de l’arthritis par la localisation : le malade souffre du membre inférieur seul dans la première, de toutes les jointures dans la ■seconde » (i).

Nous connaissons les œuvres de Priscien, de Cælius et de •Cassius Félix; nous en avons dit le caractère, le but et le •sens ; il nous reste à rechercher par quel concours de cir- •constances ces trois petits livres sont devenus, pendant plusieurs siècles, la source unique où ont puisé tous ceux qui, •en Occident, ont voulu acquérir quelques notions sérieuses ■de médecine.

S’ils ont eu ce privilège, ils le doivent à ceci qu’ils ont •été écrits en Afrique, dans un pays soumis à la domination ■des Vandales, c’est-h-dire loin de l’Italie et de ses agitations. A la faveur d’une courte période de calme et de tolérance, ils ont pu être préservés, recopiés, gardés enfin assez longtemps pour que, la crise de barbarie pure une fois passée, ils aient pu apporter sur le continent les éléments d’une instruction médicale rudimentaire.

Ces livres sont du même temps, or l’un d’eux, celui de Cassius Félix, porte une date précise, il a été écrit sous le consulat d’Artabure et de Calepins, c’est-à-dire en l’année 4/17. Le fait vaut qu’on s’y arrête un instant. L’Afrique et la Numidie sont alors aux mains des Vandales, Carthage a été prise en /i.lg. La manière toute romaine dont l’auteur date

(i) Ibid., cil. Ô3.

LA GOUTTE ET LE ItlIUMATISME

son livre n’a rien qui doive étonner ; elle ne saurait infirmer |

1 opinion qui fait de lui un Alricain, sujet des rois Vandales. | En 4/17! (jeusérle est en bons termes avec l’empereur d’Oc- | cident, auquel il paie tribut. Cette situation ne doit se \ modifier que quelques années plus tard, à la mort de Yalentinien III, en 455. ^

Nous n avons pas à rechercher si les Vandales ont mérité, plus que les autres envahisseurs, le renom de barbarie qui ; les suit dans l’histoire. Il se peut que leur Invasion en Italie, ' que le sac de Rome aient été marqués par des violences plus v j sauvages encore que celles dont d’autres peuples s’étaient ■ rendus coupables, mais il faut reconnaître qu’en Afrique, i dans ce qu’ils considéraient comme leur domaine propre et ; leur séjour définitif, ils ont montré une tolérance, un res- ■ pect des lettres, dont la médecine doit leur garder quelque ' gratitude.

« Au contact des vaincus, la rudesse des barbares du Nord s’était peu h peu adoucie ; ils devenaient sensibles aux j agréments d’une vie moins grossière, ils commençaient à se iJi douter confusément du charme des lettres et des arts (i) a. , Dracontius, un poëte africain qui vivait dans la seconde ^ moitié du v® siècle, nous les montre assis côte à côte, avec les Romains, aux cours des grammairiens (2). Enfin, témoi- || gnage plus probant encore, l’Iiistorien delà guerre des Van- li dales, Procope, opposant leurs mœurs à celles des Maures ï; indigènes, qui étaient alors ce qu’ils sont aujourd’hui, en ji; trace une peinture qui conviendrait aussi bien aux Latins de la Rome Impériale ou aux Grecs de Byzance. « Dès qu’ils « ■ furent les maîtres de l’Afrique, ils prirent tous l’habitude Cj des bains journaliers, des tables chargées de tout ce que la ■ terre et la mer produisent de délicat et d’excellent. Couverts ■ d’or, vêtus de soie, ils passaient leur temps au théâtre, a v

(1) G. Boissikk. L’Al'ricjuo Homainc. Paris. i8()â, ji. 260.

(2) DIîAco.^Tu:s. E(l. Dulm. Leipzig.

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