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La suite est franchement mystique : « Si ce caractère morbide imprimé h la semence lui est à ce point familier, lui ' est si intimement uni, s’il dort ainsi suspendu avec tant de-j patience, sans que le cours des années ou les intempéries! des saisons le détruisent, il faut de toute nécessité qu’il soit joint à VEspriù vital. D’où il résulte d’abord (pie les soustractions de sang et de prétendues humeurs sont vaines en tant que précautions contre la podagre, puisque ce n’est pas au sang que le caractère est mêlé, mais! au modérateur des parties solides. Le sang se renouvelle bien des fois, ainsi que tout l’appareil delà nutrition, avant qu’apparaisse la goutte héréditaire. » Une autre conséquence, plus acceptable, de cette théorie, c’est que la goutte n’est pas une maladie locale : « La podagre n’est pas dans le doigt, où il n’y a que le fruit, que le produit de la racine podagrique. Aussi coupàt-on le doigt, on ne guérirait pas la goutte pour cela. »
On a pu voir dans les lignes qui précèdent une première et grossière ébauche d’un système vitaliste ; dans les suivantes, l’intervention d’une action providentielle de la nature, le recours aux causes finales montrent mieux le véritable caractère, la véritable empreinte, pour parler son langage, du génie de Van Helmont.
Le principe goutteux, ce transmis par la semence paternelle, ou acquis par une vie déréglée, dort, se tait et se cache,, attendant le moment opportun de la maturité. » Ce moment venu, lorsque commence le mouvement podagrique, « l'esprit vital, client obéissant de ce caractère corrupteur, revêt une acidité hostile à lui-même et à nous. Comme il est démontré que toute acidité, soit dans le sang, soit dans la chair, est un indice et un début de putréfaction, la nature, sentant cette acidité dans l’esprit, éveille aussitiit une fièvreéphémère qui précède l’accès de goutte. Bientôt à l'endroit qui est une matrice véritable (c’est le point où deux os copulent) on sent une douleur très légère d’abord, puis semblable à une goutte brûlante. Le mal augmente, il excite des-
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soudrances plus grandes, des ardeurs plus vives et souvent une tuméfaction, c’est que l’acidité, née dans l’esprit d une véritable fermentation de celui-ci, encrasse \e gluten spermad(jue amassé entre les ligaments et l’os. »
« J’ai déjà démontré que par nature le caractère podagrlque doit infecter la semence, comme le mercure infecte la bouche et les dents, comme la bave d’un chien enragé infecte le cerveau, et doit être porté avec la semence, comme en un asile où il se cache souvent pendant une longue série d’années. Il serait donc naturel, par la force du symbole, que le caractère podagrique s’attaqucàt d’abord au sperme, mais la nature se préoccupe avant tout du sexe, elle est la gardienne soigneuse des espèces à conserver, elle veille donc à ce que le caractère morbide n’attaque pas l’espèce et ne tombe pas dans les testicules. Elle n’a cependant pas empêché que, obéissant h sa tendance, ce caractère n’atteignit une liqueur voisine du sperme, celle que Paracelse appelle synovie et qui est répandue en abondance dans les capsules ligamenteuses et dans l’intervalle des extrémités osseuses. Au moment du coït, le caractère podagrique qui dormait dans l’esprit de l’archée, éveillé par les secousses mêmes de la volupté, se mêle ainsi que l’esprit à la semence, et cela d’une manière anormale, car la nature, devenue impuissante à tenir les rênes, ne peut empêcher que le venin de ce caractère n’infecte à la manière d’un ferment la semence libidineuse. Comme le principe podagrique infecte par nature les choses spermatiques, elle infecte aussitôt la synovie qui ne se rencontre jamais dans les endroits solitaires mais seulement la où deux os se touchent. De là le nid de la podagre dans les jointures. Mais, les choses devant se régler sur les causes préétablies, la nature, qui a besoin de veiller à sa conservation, n’a laissé l’esprit caractérisé, c’est-à-dire marqué de l’empreinte goutteuse, infecter la synovie que dans les régions éloignées du cœur, d’oii la podagre et la chiragre ont tiré leur nom. Plus tard, le mal, prenant des forces avec le temps et la nature
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perdant les siennes, la podagre attarpie des endroits plus rapprochés. »
En somme l’acidité de la podagre, telle qu’elle est dans l’esprit, est une acidité en puissance, non en acte, et il en est de même dans la semence. « La semence du poirier n’a pas le goût du fruit. Mais, le temps de la maternité arrivé, l’acidité qui est dans l’esprit devient actuelle, contamine cet esprit quia son tour contamine la synovie par son ferment, tout ainsi que l’odeur d’un vase acide coagule bien vite le lait qu’on y a versé. »
On le voit, nous sommes ici en plein mysticisme à peine compréhensible ; encore faut-il se rappeler constamment les inventions les plus étranges de Paracelse, la comparaison de la synovie par exemple avec la liqueur séminale ; c’est Paracelse encore qui a fourni les éléments de la partie de cette étude qui nous reste h résumer et qui comprend les complications locales de la goutte et les indications de son traitement. Dès qu’elle est devenue acide, la synovie excite nécessairement des douleurs : c’est un mucus transparent comme celui qui coule des os fraîchement coupés, mais, dès qu’elle est acide, elle s’épaissit, devient opaque, casélforme, ne peut plus s’évaporer tout entière, mais laisse un captif mortuu/n. Delà ces monstruosités, la chaux et la craie. L’acidité cause la douleur, la douleur cause l’afflux du sang qui est resté sain et innocent.
«Telle est l’origine, la racine delà podagre et son mode de procéder. Tout cela est confirmé par l’étude de ce qui soulage et de ce qui nuit. Tout ce qui mûrit et augmente l’acidité subtile de l’esprit vital excite les accès de la podagre: par exemple les vins blancs, acidulés, contenant peu de vin et beaucoup de vinaigre, quand on les prend en trop grande quantité; il en est de même de tout ce qui corrompt le /^/e.r, comme l’asperge, etc. Au contraire ce qui corrige l'acidité de l’esprit vital et du latex, qu’on le prenne avant l’accès ou qu’on l’applique extérieurement, écarte l’accès, en préserve entièrement ou au moins en adoucit les douleurs et
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prévient les cléformalions noueuses. Mais, clans la cure de la podagre, ee n’est pas racidité produite, qui n’est qu’nn fruit tardif, qu'il faut considérer, c’est le caractère imprimé, la semence qu’il faut détruire. S’il persiste, il n’y a rien de fait qui soit digne d’un médecin de choix. Ce n’est pas le premier secrétaire venu cjui a accès an portefeuille intime de l’esprit vital, c’est un ami envoyé tout exprès. »
Van llelmont loue ensuite comme le meilleur remède de la goutte une purgation qui la détruirait dans la semence, rArcotwm coraUinuin, préparation mercurielle, agissant, cela va sans dire, par des propriétés occultes. Le chapitre finit dans des divagations tout à faitdignes de Paracelse. Les derniers mots seuls sont bien pensés ; « Qui tue intelligil taras est (i) ».
Nous n’insisterons pas davantage sur ces rêveries de Van llelmont; nous ne ferons que rappeler, sans les lui reprocher, puiscju’il a désavoué le livre de sa jeunesse où elles étalent contenues, ses opinions premières sur le magnétisme animal et sur son rôle éventuel dans la guérison de la goutté. Mais nous devons relever lemot latex employé plus haut car il marque unepiquante contradiction. L’ennemi juré des humoristes a inventé une humeur, le latex, et a justifié sa découverte en quelques pages qui sont peut-être les plus ingénieuses qu’il ait écrites.
Le latex, huttior (2), humeur méconnue par les
écoles qui l’ont confondue tantôt avec le sérum du sang, tantôt avec l’urine on la sueur, est une liqueur aqueuse qui coule avec le sang, mêlée à lui, sans en faire partie intégrante, mais sans être pour cela une humeur excrémentitielle rejetée par lui. 11 est là, insipide, inerte, tempérant l’acidité du sang, empêchant sa trop grande concentration après la fatigue et les chai cnrs, car c’est lui, et non le sang, qui fournit aux
(1) Ibid., p. 587.
(2) \ an IIkl.mo.nt. l.oc. cil., p. 38i.
sueurs, aux larmes, à la salive, qui entraîne les impuretés laissées par la digestion. « Le latex erre InoHensif dans la masse du sang, prêt à se porter sur les endroits où il peut être utile. C’est ainsi qu’il constitue la matière de l’exhalation pulmonaire, envoyé là par la puissance distributive de l’archée, ou attiré directement par le poumon. » Enfin le latex a aussi son rôle pathologique : il fournit leur liquide au rhume de cerveau, à l’œdème; il provoque par lui-même des accidents : des hydropisies quand il surabonde, des ulcères ou des éruptions diverses quand il entraîne à travers la peau les choses salées, âcres et impures dont il s’est chargé chemin faisant.
Il faut reconnaître que dans l’invention du Van flelmont
a été assez bien servi par son goût de l’abstraction et des causes finales. Prendre pour l’isoler et lui donner une existence propre, qu’elle n’a pas dans le corps de l’homme, la partie commune des humeurs normales, c’est-à-dire l’eau claire ou à peu près, en faire une réserve, une ressource dans la main invisible qui semble veiller à nos fonctions et parer aux dangers qui nous menacent, c’était la plus aventureuse, mais la plus séduisante des théories. Là encore l’observation directe est absente : ce n’est pas d’une expérience de chimie que sort l’entité nouvelle, c’est d’une induction a priori. Le latex est un être de raison, comme ce pneuma que les Grecs avaient mis si à propos à la place vide encore de notre oxygène.
Et puis dans cette humeur insipide qui emprunte les voies sanguines sans être un élément du sang, qui se meut et se transporte si aisément de la tête aux pieds et devient la source des flux, des hydropisies et même de quelques éruptions cutanées, il est Impossible de ne pas reconnaître la pituite, la pituite plus vieille qu’Ilippocrate et née elle aussi d’une juste remarque suivie d’une téméraire induction.
On associe d’ordinaire aux noms de Paracelse et de Van llelmont celui de Sylvius de le Boë : c’est mécon-
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naître le caractère et l’œuvre de ce dernier qui ne mérite pas tous les éloges dont il a été comblé, mais qui n’a rien il’un mystique, tout au contraire. S’il emprunte à l’alchimie <[uelques-unes de ses théories, de ses médications et de ses formes de langage, il a soin de répudier toute chimère, toute superstition. 11 se couvre du nom de Descartes et se déclare le disciple zélé de sa philosophie. Il laisse entendre que son rôle et son mérite propres ont été d’appliquer à la médecine les règles de la méthode nouvelle; il prétend n’admettre pour vraies que les notions évidentes qu’on peut tirer, en clinique, d’observations rigoureuses, en chimie, d’expériences répétées. Il se glorifie surtout, et à bon droit, de ses belles démonstrations anatomiques.
Ainsi, et c’est ce que répètent ses nombreux panégyristes, dont le plus autorisé et le plus persuasif a été Gubler, François de le Boë, autrement dit Sylvius, aurait été le savant le plus exact, l’inventeur le plus heureux, le clinicien le plus sûr; il serait même le créateur de la médecine expérimentale. Nous n’exagérons pas. Gubler dit en effet eeci : « Si malgré sa profession de foi baconienne, 0/nnis veritas in niedicina et physica ah experientia, les inductions chimiques ont été quelquefois forcées, si les applications de cette science à l’art de guérir ont été prématurées, du moins le créateur de l’iatrochimie a-t-il eu le mérite incontestable de doter la médecine d’une méthode rationnelle et féconde qui devait de nos jours porter tant et de si excellents fruits, (ij »
Le traité de Arthritide renferme une page qui semble tout d’abord justifier cet éloge. Sylvius y flétrit les ignorants <[ui, sans notion aucune de la chimie, ou même des réactions les plus banales, se permettentd’outrager « des hommes qui sont infatigables dans leurs recherches expérimentales, qui
(i) Gubler. Sylvius cl 1 ialrocliiinie. Conférences liisloriqucs faites pcn- <lant l'aniiéc i8ü5. Paris, i8G6, p, 2Ü9 el suiv.
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les communi(juent en toute bonne foi et méritent ainsi au plus haut point de la républicjuc tant littéraire <juc civile. Tant est grand l’empire du préjugé ! Aussi, que tous, à l’appel du grandDescartes, s’en délivrent sérieusement, sincèrement,, sans faiblesse et sans mensonge, tous ceux du moins qui sont attachés à cette philosophie rigoureuse, si utile à la médecine, si nécessaire au genre humain, (i)»
Mais si, sans sortir de notre sujet, nous cherchons ce que deviennent dans la pratique ces hères maximes, nous éprouvons une déception, et l’étude du petit traité sur l’arthritis nous fait entrevoir un homme un peu dilFérent de celui qur était loué tout à l’heure et qui se louait lui-même en termes trop pompeux. Certes la science de Sylvius est grande,, surtout en anatomie, mais son savoir-faire est plus grand encore. Il connaît ce qu’ont écrit ses devanciers, bien qu’il ne les nomme jamais, ce qu’ont découvert ou cru découvrir tous ceux qui s’occupent de la structure de l’homme ou dèscombinaisons de la matière, mais ce qui domine en lui c’est le parti pris de concilier toutes les opinions émises avant lui, c’est le désir d’être le premier à accueillir toutes lesnotions nouvelles, c’est le souci évident de paraître, aux yeux de tous, le médecin le plus modeste, le plus honnête, le plus humain. Il y a dans son style une manière doucereuse tout à fait étrangère à l’esprit scientifique.
Il a donné à son « Idée nouvelle de la Pratique médicale » une forme toute scolastique (2) : on n’y Ut aucune description clinique, il n’y a que des raisonnements, des arguments, allcrnés du reste avec ordre et clarté. Nous ne le suivrons pas dans ses longues déductions au sujet de l’arthrltis, qu'il entend dans son sens le plus large; nous relèverons seulement ce qu’il a pu mettre de lui-même dans une con-
(1) Fr. Dcleljoc Svlvii Opora meilica. .\nislenlani, 1G80, p. 780.
(2) La remarque est do Daremberg qui a consacré à Paracelse, à \ an Ilelniont et à Sylvius les meilleurs cliapilres de son liisloire des Sciences medicales. V. l. 1, cil. .XVI, XVII el XVIII.
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ccption nssez hétéroclite (1). Une première surprise c’est de voir Sylviiis, cpie l’on range d’ordinaire parmi les adversaires de riinmorisme classique, se montrer aussi humoriste que ses contemporains, plus peut-être, si l’on compte le nombre des humeurs qu’il admet.
L’arthritis se révélant par une douleur éicre et cette douleur provenant d’une cause éloignée du lieu affecté, Sylvius en conclut que la cause efficiente de l’arthritis est nécessairement une humeur âcre, bilieuse, riche en sel llxivieux, fixe ou volatil, et séreuse quand il y a en même temps douleur et ardeur. Quand la douleur âcre existe seule, l’humeur est acide. Quand il n’y a ni ardeur, ni douleur âcre, ni rougeur c’est l’humeur pituiteuse qui est en cause. Mais comme les accès athritiques s’accompagnent presque toujours de fièvre et que cette fièvre est plus ou moins forte, il en résulte qu’il n’y a pas toujours une seule humeur peccante, Sylvius ne recule pas devant ce mot, mais qu’il y en a quelquefois plusieurs. Du reste, en dehors de ces humeurs primordiales, rien n’empêche qu’il n’y ait en même temps d’autres humeurs qui déterminent les accidents secondaires, les déformations, les tophus par exemple.
Il est évident qu’il n’y a ici aucune observation précise, aucune expérience chimique, aucune étude directe des prétendues humeurs. L’auteur agit, et la rencontre est piquante, comme faisaient les anciens quand ils incriminaient la bile ou la pituite, il s’appuie uniquement sur les signes cliniques.
Ce qui suit est plus original et découvre mieux la personnalité de 1 auteur. Quel est le foyer, le siège de l’humeur morbide, le Heu où elle prend naissance, où elle s’accumule? « Les uns incriminent la tète, soit la surface, soit la profondeur, les autres en cherchent la source dans les vaisseaux, dans les veines et dans les artères. Laissant à chacun le soin de faire la preuve de ses assertions, nous pensons que
(i) Sylvius. l’ruxcos mcdicip !i])ponclix. Tract. YIII, p, 77c).
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l’arthritis, les fièvres intermittentes, les fièvres catarrhales surtout, ont un même foyer: je veux dire les glandes conglomérées du pancréas et toutes les glandes conglohées éparses (i).
Il en est ainsi quand « il se forme dans ces glandes un ferment fébrile qui pénètre dans le sang, provoque la fièvre, et cause la douleur articulaire, ou par lui-mème, quand il traverse les ligaments membraneux périarticulaires, s’y fixe et y détermine des douleurs, ou bien par accident, lorsque, entrant en eflérvescence dans le cœur avec les autres parties du sang, ou dans l’intestin grêle avec la bile et la pituite, il modifie ces humeurs de telle sorte qu’il en résulte une acrimonie nuisible qui se porte sur les articulations, s’y fixe et y produit les douleurs arthritiques ».
Sylvius s’arrête avec complaisance aux voies suivies par l’humeur morbide pour arriver aux jointures; il est heureux d’esquisser en quelques traits la circulation du sang telle que l’a montrée Harvey, la disposition des gros troncs lymphatiques telle que l’ont décrite Aselll et Pecquet. 11 nous fait suivre l’humeur passant du conduit pancréatique dans l’intestin grêle, reprise par les veines lactées et versée dans le canal thoracique, pour arriver au cœur droit par la veine cave et parcourir ensuite le cycle entier de la révolution sanguine.
Après quelques remarques assez justes sur les forces de propulsion qui font cheminer l’humeur dans les voles qu’il a décrites, Sylvius conclut: « Nous croyons avoir proposé et exposé pour expliquer la sortie de l’humeur hors de son foyer et son transport jusqu’à l’endroit affecté d’arthritis un mode conforme aux principes de l’Anatomie et de la Mécanique ». 11 parle ailleurs de ses nombreuses dissections publiques et privées; mais tout cela prouve seulement les
(i) Ibid., [). 777.
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conniussniicos trôs ôlenclues (ju il iivait en cuuitoinic et, cliose plus rare, les notions sérieuses qu’il avait en physiologie, mais cela ne donne aucun appui à son système pathogénique. Il n’a vu nulle part son ferment pancréatique, et sa théorie sur l’origine de l’arthritis et de la fièvre intermittente, car il les associe étrangement l’une à l’autre, est purement chimérique. Comme il avait donné une fonction à la rate, ce qui l’en avait fait dire le patron, il a voulu faire un sort au pancréas.
On relève dans la pathologie de Sylvius et les traces de l’ancien humorisme et. les souvenirs récents des livres de Paracelse et de Van Helmont. Sa thérapeutique associe plus étroitement et plus habilement encore des éléments si divers, et en apparence Inconciliables. Quelques exemples suffiront à l’établir.
Au début de l’arthrltls, il faut modérer l’effervescence, corriger l’acrimonie : on usera à cet effet des opiacés, des anodins et des calmants, qui ont cette propriété de corriger toute espèce d’acrimonie, soit acide, soit alcaline (due à un sel lixivieux). Sylvius ne se dissimule pas qu’il ne fait que suivre une pratique banale, mais il observe que le vulgaire ne sait les bons effets de la thériaque, du mithridate, du diascordium, du philonium romanum et du laudanumopiacé, que par expérience, sans en connaître la raison, non plus que beaucoup de médecins d’un grand nom. Or cette raison la voici : tous les narcotiques et les anodins sont riches en soufre, qui a cette vertu de tempérer tout ce qui est âcre, que ce soit acide ou alcalin (lixiviosum). Le sens vague qu’avait le mot soufre dans la langue alchimique employée ici par Sylvius enlève h l’explication donnée tout caractère sérieux.
Le traitement des cas où l’acidité domine paraît bien compris, mais il faut se rappeler que le diagnostic de l’humeur acide repose uniquement sur l’apparence clinique et que les connaissances chimiques de l’auteur ne lui servent de rien pour l’établir. « Dans les cas où l’esprit acide est seul
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en cause, outre les méclicainents énumérés plus haut il convient cradministrer un sel alcalin quelconque, fixe ou volatil : le sel détartré, les yeux d'écrevisse, les coraux, les perles, la craie, la pierre hématite, le sang-dragon, la limaille de fer et autres semblables. » Il est bon de rappeler que la plupart de ces remèdes étaient employés contre la goutte bien avant la chimiatrie.
Une autre indication est d’évacuer l’humeur peccante, mais au préalable il faut reconnaître avec précision la nature de cette humeur. Bien entendu, Sylvius ne donne aucun signe qui permette ce diagnostic. Ce peut être le suc pancréatique, la bile ou la pituite. Le suc pancréatique pèche. alors par son acidité anormale plus que par sa quantité et a plus besoin d’être modifié que d’être évacué. Du reste on ne connaît pas de médicaments qui évacuent les humeurs acides. Quant à la bile et h la pituite, Sylvius ne fait qu’énumérer la série classique des cholagogues et des phlegmagogues. Il recommande aussi les vomitifs, préférant les antimoniaux contre labile, les mercuriaux contre la pituite. Il loue enfin les diurétiques et les sudorifiques. C’est à propos de ces derniers qu’il s’adresse à lui-même des éloges qu’il étendait sans doute a sa thérapeutique tout entière :
(c Tl faut le remarquer, ces médicaments, si on les prend selon le mode que j’ai prescrit et que j’ai vérifié mille fois chez mes malades, n’étouffent pas les patients sous le nombre des couvertures, pratique dangereuse le plus souvent, mais ils font doucement attendre leur elFet, s’accompagnent toujours d’Euphorie, et procurent au malade du soulagement; parce qu’il n’y a là rien de forcé et que tout se passe avec douceur et agrément. Ceux qui nient que ce soit là la vraie manière de pratiquer avec succès sont ou des maladroits à ne pas écouter, ou des méchants à fuir. »
« En tous cas, je ne crains pas d’attester publiquement et d’inculquer à ceux qui étudient la médecine que cette méthode thérapeutique, que, par une bénédiction divine et à la grande rage de mes adversaires, j’ai pu expérimenter peu-
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dant tant d’années, a été aussi facile et sûre pour mes malades cjue lavorablc a ma réputation et a ma fortune w (i)-
Il nous reste à demander à Sylvius son sentiment sur deux points importants de la thérapeutique des maladies articulaires, l’expectation, la saignée. Au sujet de la première il s’exprime ainsi: « Tous ceux qui, à l’imitation des anciens, abandonnent la grosse part de la cure des malades à une nature chimérique, ou je ne sais laquelle, et qui, h l’exception du régime, qu’ils dirigent un peu, restent spectateurs du combat qu’ils imaginent entre la nature et la maladie, et se constituent les arbitres de la victoire, qui échoit tantôt à la maladie, tantôt à la nature, ceux-là, sans aucun doute, pèchent par défaut. »
Quant à la saignée, le nom n’en est pas prononcé dans le traité de l’arthritis, mais, si l’on se souvient que Sylvius attribuait à celle-ci la même origine qu’aux fièvres, on peut appliquer h la première ce qui est dit à propos des secondes : « La plupart des médecins Pnrisiejis regardent la saignée comme le meilleur remède et presque le seul dans n’importe quelle affection. Je ne puis me ranger à leur avis ni croire à l’efficacité de ce moyen pour rectifier ou diminuer les trois humeurs altérées de l’une ou de l’autre façon, alors qu’on ne peut apporter en sa faveur aucune raison probable, aucune observation certaine. Tout au contraire la raison persuade plutôt le contraire et l’expérience en dit autant» (2). Cette critique des médecins français est absolument juste ; ils poussaient alors l’abus de la saignée à un point incroyable dans le traitement des maladies articulaires et surtout du rhumatisme.
Après avoir parcouru sans aucune prévention tout ce que Paracelse, Van Helmont et Sylvius de le Boë ont dit de la goutte, nous sommes obligés de conclure que la chimiatrie
(1) Ibid., p. 787.
(2) Sylvius. Loc. cit., p. 809.
n’a pas contribué plus cjue l’alchimie aux progrès de nos SI connaissances touchant cette maladie. On leur est redevable J ; de la découverte et de l’essai de quelques médicaments, voilà tout. Elles n’ont jeté aucune lumière sur l’origine, la nature, ni les caractères de l’afFection. Aussi, h l’heure où il écrivait, gÉ et où naissait précisément une chimie plus sérieuse, Sydenham était-il autorisé à dire : « Pour tout homme sage, c’est une fl erreur de penser que rien ne peut faire progresser davantage la médecine que de nouvelles découvertes des chimistes. Cer- jll tes il y aurait une véritable ingratitude à ne pas reconnaître JH de bonne grâce le bien que la chimie nous a fait en nous B fournissant quelques remèdes utiles, et tout h fait propres à H satisfaire aux indications (parmi lesquels cet émétique dont fl nous avons parlé déjà ne tient pas le dernier rang) ; aussi, et I pour cette raison, l’art chimique mérite-t-il quelque éloge, | mais c’est à la condition qu’il ne sorte pas du domaine de lu | pharmacie » (i). |
(i) Sydenham. Tract, de liydrope. Éd. Genève, l. I, p. 33g. ;
Planche Vf.