‹ La goutte & le rhumatismeChapitre 6 sur 86 · LES COMM EXCEMENT S DE LA PODAGRE · texte numérisé non relu

LES COMM EXCEMENT S DE LA PODAGRE

confusion faite entre les descendants pins ou moins authentiques d'Esculape et les prêtres qui desservaient ses temples. Or les Asclépiades n’ont jamais, du moins à ce titre, rempli de fonctions sacerdotales. Dans les villes où vivaient encore de prétendus petits-fils d’Hercule, on distinguait les Iléraclldes des prêtres des Héraclela. De même les prêtres d’Esculape n’étaient pas des asclépiades et n’ont jamais porté ce nom. Ils pratiquaient, il est vrai, une sorte de médecine, mais il faut avouer que le caractère du dieu qu’ils servaient, les raisons mômes qui lui avaient valu l’apothéose leur en faisaient presque une nécessité.

La croyance que cette médecine religieuse avait quelque mérite était déjà fort ébranlée par la critique (i), par l’étude des inscriptions déjà connues, notamment de celles du temple d’Esculape à Rome. Les fouilles d’Epidaure lui ont porté le dernier coup (2).

Ces fouilles, exécutées de 1881 à 1887, ont fait découvrir deux des stèles dont parle Pausanlas. On y trouve relatés des cas de cécité, de paralysie, de calvitie, de cancer, d’hydroplsie, de mutisme, de vers intestinaux, de migraine, de quelques autres maladies communes et enfin de goutte. On lit en effet sur l’une des stèles : « Un tel, goutteux. Comme cet homme approchait, à l’état de veille, une oie se jeta sur ses pieds, les ensanglanta et le guérit de la goutte )) (3).

La plupart des observations ainsi exposées à la vénération des fidèles sont aussi ridicules ; il y en a d’obseènes ; quelques-unes seulement révèlent quelque connaissance, sinon de la médecine, au moins de l’hygiène. En tout cas, il n’y a rien là qu’on puisse considérer comme une ébauche

(1) (ài. D.utKMBEHc. llislülrc des Sciences médicales. Paris, 1870, l. 1, J). 81.

(2) P. CwvAmAs, Les fouilles d'Epidaure. Athènes, i8p3.

(3) S. Wzisw.w. uirliéolo"i(iu(>. i88f), t. I, p. ^70.

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même grossière de la médecine hippocratique. 11 y a au contraire opposition absolue entre les pratiques des prêtres d’Esculape qui promettent et machinent un miracle et les enseignements des écoles de Guide ou de Cos.

Ces inscriptions ne remontent en réalité qu’au 3® ou au 4® siècle avant notre ère, mais nous avons pu les mentionner à cette place parce cju’elles nous présentent un choix fait parmi les cas de guérison, quelques-uns fort anciens, dont le souvenir avait été conservé par des ex-voto. On en a la preuve pour l’une des plus célèbres de ces cures, celle d’une femme atteinte de vers intestinaux, puisqu’elle est rapportée, presque dans les mêmes termes, par Hippys de Rhegium qui florissait à l’époque des guerres médiques(i).

Plus tard, à l’époque romaine, les traitements conseillés par Esculape sont un peu moins étranges ; on a une inscription où un dyspeptique raconte comment il fut guéri par un régime assez bien entendu. « Cette inscription, dit très bien Gawaclias, montre qu’aux temps romains on ne se bornait plus à des guérisons complètement miraculeuses. La foi au pouvoir merveilleux d’Esculape étant alors diminuée, les prêtres se virent obligés d’appliquer aux malades les ressources de la médecine proprement dite » (2). C’est précisément le contraire de ce qu’on avait admis jusqu’à ce jour. Ce n’est pas des Asclepleia cju’est sortie la médecine laïque, c’est celle-ci au contraire cjui, à la longue, a fait pénétrer dans les temples un rayon de lumière et de raison .

Le caractère mystique de cette médecine d’Esculape, et le dédain de la science humaine qu’elle suppose, sont bien exprimés par cet ex-voto placé par un prêtre goutteux sur les murs de l’Asclepieion d’Athènes; il est postérieur de quelques siècles aux inscriptions d’E})idaure, mais il ne

(i) Fragin. llisl. (iraec, U, i5.

(a) Cawadias, p. 3.'5.

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