DES OBSERVATIONS PRÉCÉDENTES
Il ressort des faits présentés jusqu'ici, à l'égard des altérations histologiques typiques et caractéristiques de la goutte, qu'en dehors des dépôts d'urates cristallins, il existe encore une altération qui leur est commune : c'est la nécrose des tissus et des organes au niveau des points où ces dépôts ont leur siège. Je dois tenir cette nécrose de tissus pour un fait, en quelque sorte spécifique, parce que je ne l'ai encore jamais vue faire défaut. A mon avis la nécrose des tissus et les dépôts d'urates cristallins réunis constituent l'ensemble caractéristique du processus goutteux. Lorsque ces deux éléments se rencontrent ensemble, le foyer goutteux est entièrement constitué. J'ai pu mettre en évidence, comme le montrent les descriptions qui précèdent, ces foyers goutteux dans les reins, le cartilage hyalin et fibreux, les tendons, ainsi que dans le tissu conjonctif lâche intermusculaire et sous-cutané, soit après la dissolution des dépôts uratiques cristallins ou soit même, sans cela, lorsque, ce qui paraît fréquent, la nécrose du tissu était plus étendue que les dépôts uratiques.
Le développement de ces foyers nécrotiques est précédé, comme on peut le démontrer avec le plus de certitude pour les cartilages hyalins et les tendons, d'un stade que je décris sous le nom de stade nécrotisant, dans lequel la mort du tissu n'est pas encore complète et sans que l'on constate encore, autant que je l'ai pu voir, aucun dépôt cristallin d'urates. Si maintenant on nous demande quel est le phénomène primitif, si c'est le processus nécrotisant aboutissant à la destruction du tissu, ou le dépôt des urates, nous dirons que les troubles de nutrition des tissus surviennent les premiers et que le dépôt d'urates cristallins ne vient qu'ensuite. Il faut, pour que ce dernier se produise, que les troubles trophiques
aient atteint leur degré le plus élevé de développement : le tissu doit présenter tous les caractères d'une destruction totale. Je nai pas encore vu, dans la goutte, les urates cristallins siéger au sein d'un tissu normal.
Si, maintenant, l'on recherche les conditions qui amènent la mort des tissus dans la goutte, l'on placera, à priori, au premier rang, la matière goutteuse, c'est-à-dire surtout l'acide urique et ses composés qui s'accumulent principalement et, peut-être, exclusivement, dans le tissu conjonctif d'abord sous forme liquide. Mon opinion, à ce sujet, est couverte, prœter propter, par celle que M, Garrod a déjà exposée. M. Garrod admet que ces dépôts consistent d'abord en un liquide riche en urate de soude peu soluble qui prend, par cristallisation, un aspect lactescent et forme, par résorption de la partie liquide, un exsudât de plus en plus solide. Je me figure que la substance goutteuse renfermant des composés uratiques difficilement solubles se dépose d'abord sous forme liquide (sous des conditions qui seront détaillées), dans les tissus et en des points circonscrits. Si cette substance est nuisible et capable d'altérer la nutrition des tissus — hypothèse que nous voulons d'abord accepter comme exacte et que nous appuierons plus loin de preuves directes — elle altérera, au plus haut point, les tissus altérables aux places mêmes oit son action se produira d'abord, comme le ferait une goutte d'acide ou d'alcali. L'effet nuisible, à partir de ce point, ne peut que diminuer en énergie. L'intensité et le degré d'extension de cet effet seront naturellement en relation directe non seulement avec la masse et le plus ou moins d'activité de la substance toxique, mais encore avec la nature du tissu dans lequel elle sera déposée. Plus ces tissus seront résistants, moins, toutes choses égales d'ailleurs, le poison leur fera de mal. Une seule et même quantité de substance toxique produira , ^i quantité égale, une altération diffuse plus rapide dans un tissu lâche que dans un tissu de texture plus dense qui oppose, par cela même, une plus grande résistance à sa diffusion. Je n'ai pu comprendre