‹ La grace et la gloireChapitre 12 sur 80 · i I.IVRK I. — llKALirÉ UE l'aDOI'I luN DIVINK · texte numérisé non relu

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leur reconnaissance à la pensée d'un si inellable bienfait. « L'homme, s'écrie Grégoire de Nysse, l'homme qui de sa nature n'est que cendre, paille et vanité... Dieu, le maître de toutes choses, l'a élevé du rang de créature jusqu'à la condition de fds. Quelles actions de grâces peuvent égaler une pareille munificence ?... Comme il dépasse immensén)ent sa nature en devenant Dieu, d'homme qu'il était ! Car en devenant fds de Dieu, il est grand de la grandeur de son père, héritier de tous les biens paternels » (1).

Les grandes hérésies du 4" siècle, en Orient, ne contredisaient pas cette commune doctrine. Leur crime était moins de rabaisser l'homme élevé par la grâce, que de ramener presque à son niveau soit le Fils Unique par nature, soit l'Esprit qui procède éternellement du Père et du Fils. Aussi nos docteurs, forts de cet assentiment universel, s'appuyaicnt-ils sur la déification de lliomme renouvelé dans le F'ils et par le Saint-Esprit, comme sur un principe indiscuté, pour démontrer la divinité de l'un et de l'autre contre ceux qui la combattaient-

Apportons-en quelques exemples, en commençant par S. Cyrille d'Alexandçie. « La créature, écrivait-il, la créature est esclave, et Dieu, le souverain Maître. Mais par l'union qu'elle contracte avec son Seigneur, cette créature est libérée de sa condition propre pour s'élever audessus d'elle-même... Si donc, esclaves par nature, nous sommes par grâce enfants de Dieu et dieux, le Verbe de Dieu par lequel nous devenons dieux et enfants de Dieu, doit être en toute vérité le Fils de Dieu suivant la nature. Car s'il n'était que fils suivant la grâce, comme nous, il n'aurait pu nous communiquer une grâce semblable. Impossible, en effet, qu'une créature donne à

(I) S. Greg. Nyss. de H-aliliid. Oral. T. P. Gr., t. 44, p. IfSO.

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d'autres ce qu'elle .ne tient pas d'elle-même, mais de IXieu » (1).

C'est par une ar^jumentation semblable que S. Basile démontre que le Saint Ksprit n'est pas seulement une sorte de démiurge, instrument et ministre de Dieu pour la sanctiUcation des âmes, mais qu'il est de même nature avec le Père et le Fils. Prenant ù partie son

idvcrsaire : « Tu prétends, s'écrie-t-il, que l'Esprit est ' tranj^er par nature au Fils et au Père. Mais regarde donc comment il fait enfants de Dieu ceux qu'il sanctifie. Quoi ! c'est par l'Esprit que tu deviens enfant de Dieu, et l'Esprit serait étranger au Fils ? C'est par l'Esprit que tu es dieu, et l'Esprit n'aurait pas en propre la divinité (2> ? « S. Atlianase avait déjà frappé du même

oup les mêmes adversaires. « La participation du Saint Esprit est en nous une participation de la nature divine. Celui-là serait donc insensé qui le dirait d'une nature créée. S'il est descendu sur les hommes, c'est pour déifier les hommes. Or, s'il déifie, manifestement sa nature est la nature même de Dieu » (3).

Enfin S. (irégojre de Nazianze résumant cette preuve en c|uel(|ues mots : « O Trinité, s'écrie-t-il, je parlerai hardiment ; qu'on me pardonne ma témérité : car le salut de l'àme est en péril. Moi aussi je suis l'image de Dieu, tout investi d'une gloire supérieure, quoique je raujpe à terre. Je ne peux croire <|ue le salut me soit

ipporté par un égal. Si le Saint-lvsprit n'est pas Dieu, (|u'il se fasse Dieu d'abord, et qu'il vienne ensuite me déifier, moi sun égal » (4). Qu'est-ce donc, ou mieux, que

(1) S. Cyrill. Alei. in Joaii. M^roo raisonnempiit pour établir la liviiiitc^ ilii Saint-Kâpril. Id. Dial. Vil .icTrinit. P. Gr. t. 7.5, p. tU8U.

(2) S. Basil, adv. Kiinom. L v. Pal. (îr.. t. 2tt, p. 732..

(3) S. Alhaii. cp. ad .Scrapioii. I. ii. 24. Pat. Gr, t. 20. p. 3S3.

<4> (;r.L<,r \:./ (tr Ml n I -* I' Cr.l M (i 2SJ

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devrait être la création pour ce théologien par excellence : « Dieu uni aux dieux et farailièretnent connu par des dieux » (1).

3. — « Dieu sait qu'au jour où vous mangerez de ce fruit, vous serez comme des dieux » (2), avait dit le tentateur à la mère du genre humain, pour éveiller en elle un coupable orgueil ; et cet impudent mensonge avait entraîné le premier couple à la révolte et par elle à tous les mallieurs. Le paganisme avec sa manie de diviniser la nature et les hommes, la fausse spéculation philosophique avec ses rêves de panthéisme, toute cette longue nuit dans l'histoire de l'humanité, tout cela,dis-je, trouve son explication dans cette parole du tentateur et dans cette chute de ses victimes. Partout je vois l'homme s'égarer à la poursuite de la divinité ; partout aussi sa vaine et criminelle recherche, loin de l'élever au-dessus de luimême, le prosterne aux pieds de son implacable ennemi. C'est ce que voulait l'ange rebelle, et ce que, dans la solitude du désert, il a tenté d'obtenir du Sauveur luimême. Et Dieu a pu lancer contre les fils cette dérision dont il accabla leur père : « Voyez Adam qui est devenu comme l'un de nous » (3). Mais voici que par un admirable conseil de sa providence Dieu a résolu, suivant la

(1) 6iOç Oeol; Évoùjievo? T£ xa( yvwpiî^'^ii.EvOî- Greg. Naz. Or. 38, II. 7. l'ul. Gr., t. 36, p. 3i7. Le même saint, après avoir décrit notre inisùii.- native, rappelle avec entlioiisiasme nos glorieuses destinées en Jisns-Clirisl. « O Dieu, qu'est-ce que l'homme pour que vous vous souveniez de lui ? Mais quel est donc le nouveau mystère qui s'<ipr-rc en moi? Je suis petit et je suis grand; liumble et sublime ; niorlil et immortel ; de la terre et du ciel... 11 faut que, enseveli avec 1«; Christ et ressuscitant avec lui, je sois le cohéritier du Christ, l'onfaiit de Dieu, dieu même ». Orat. 7 in Caesar. fralrem. n. 23.

(2) Gen.IlI. 5.

(3)Gen. 111.22.

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doctrine des Pères, d'employer à sauver rhomine cela même qui l'avait perdu. C'est lui qui nous propose maintenant d'être comme des dieux ; lui dont la promesse est infaillible, et la puissance eflicace pour opérer ce qu'il promet. Devenez mes fils, nous dit-il, vivez comme mes fils, et participant -^ ma divinité vous serez des dieux ; objets non plus de mes dérisions, mais de mes éternelles complaisances.

Nous expliquerons plus tard quelle est la participation de la nature divine qui, déposée au fond de notre substance, doit nous procurer ce comble d'honneur. En attendant, pénétrons-nous encore mieux de la haute destinée qui nous est faite, à l'école de l'Aéropagite, S. Denys. Ce grand homme nous enseigne que « le vœu de l'indivisible Trinité, cette source de vie, cette substance de toute bonté, est le salut de toute créature intelligente, qu'elle soit homme, ou qu'elle soit ange. Or, le salut ne se trouve que dans la déification des sauvés ; c'est-à-dire dans l'assimilation et l'union à Dieu » (1). Il ajoute encore que, « si le premier mouvement que Dieu nous imprime \ers les choses célestes, est son amour, cet amour luimême ne s'avance dans l'exécution des divins conuiiandements, que pour autant qu'il suppose en nous l'ineffable production d'un êtredivin, c'est-à-dire une génération divine. Aussi bien, ne faut-il pas que l'existence I)récède l'opération, puisque ce qui n'est pas n'a ni mou-

•nient ni réalité, comme ce qui a l'être, n'est actif et p.issif qu'en proportion de son état et de sa nature? » (2).

|l) I)ion.vs. Areop.di," llii r. eccl.c. 1, n. 3. Jo nai pa» i discuter ici lauUicnlicil^î plus que douteuse de» œuvres publiée» lous co nom.

ino Bunit de «avoir qu'elle» ont fait l'admiration des plu» grands . ' nies, tel» qu'un Albert-le Grand, un S. Thomas d'Aquin, el bien d'autres.

(2\ l.l i>(.l c L' t,;irl 1

58 LIVHB 1. — RÉALITÉ DK l'aDOPTION DIVINE

Ainsi tout se tient, filiation, régénération par le baptême, participation de la nature divine, état divin, déiGcation de l'être et des opérations ; et produire en nous ces merveilles de la grâce, c'est à la fois le vœu le plus ardent de la Trinité Sainte, et la fin de toute hiérarchie sur la terre et dans les cicux.

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