GEST-A-DIRE. LA GRACE SANCTIFIANTE AVEC LES VERTUS ET LES DONS
CHAPITHR PREMIER
Existence et nécessité d'une grâce créée pour constituer radoption. — Doctrine de la Sainte Écriture et des Pères.
1. — .•>. i>iMiys l'Arr()jiaj,'ite, dans son immortel ouvrage de la Hiérarchie ecclésiastique, enseigne que la déification des hommes et des anges consiste essentiellement " dans l'union et dans la ressemblance de l'homme avec Dieu » (\). C'est assigner en quelques mots les principes constitutifs de l'adoption qui nous fait enfants de Dieu |)ar la grâce. Dans les livres suivants nous aurons ù traiter de cette ineffable union qui nous rattache si intimement à la Trinité tout entière. La ressemblance imprimée dans nos âmes, comme principe intérieur de l'être divin qui nous est donné par la régénération spirituelle, fera la matière du i)résent livre. Je l'appelle grâce créée, suivant la foi-mule universellement admise dans nos écoles, firàcc : soit parce qu'elle est un don de la pure libéralité <livine, soit parce qu'elle nous rend agréables à Dieu» comme les lils bien aimés de son cœur. Grâce créée : parce qu'elle c&t une perfection Unie, distincte non seuleujcnt de l'àme mais encore de Dieu (|ui la produit.
Commençons par en démontrer l'existence ; et nous verrons ensuite quelle en est la nature intime et de quels autres dons elle est la source. La (]uesti(>n n'est donc pas <le savoir s'il faut admettre des grâces actuelles, touches
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80 LIVRK II. — l,K IMIINCIPE CRÉé DE tiOTRK HLIATION
passagères de Dieu sur l'âme, éclairs subits qui l'illuminent, excitations qui la soulèvent ou l'inclinent vers les choses de Dieu : car ce n'est pas là ce qui fait de nous des enfants. La foi nous montre ces grâces comme des secours transitoires donnés à l'âme ou pour qu'elle tende .à l'état de justice qu'elle n'a pas encore, ou pour quelle ^père d'une manière conforme à cet état et s'y conserve. Nous nous demandons à cette heure si Dieu met dans l'âme de ceux qu'il accepte pour enfants, une réalité physique, positive et permanente ; ce qu'on est convenu d'appeler la grâce habituelle, la grâce sanctifiante, f/ra/Za graluni faciens, la grâce par excellence, gvatia (1).
Je n'ai pas à rappeler ici tous les systèmes plus ou moins erronés ou téméraires qui se sont produits, dans le cours des siècles chrétiens, sur la question présente ; encore moins â les réfuter en détail, comme on le ferait dans un traité de théologie scolastique. Le cardinal Uellarmin dans ses savantes Controverses (2), après avoir énuméré les erreurs multiples et souvent contradictoires du protestantisme sur le dogme de la Justification, ou, ce qui revient au même, de notre adoption divine, a fait cette très judicieuse remarque : « Tout l'état de la controverse peut se ramener à cette question très simple : Y a-t-il réellement en nous une cause formelle (3) de la jus- Ci) Chez les lliéologiens du moyen âge, le terme gralia s'entend commtiiiémenl de la grâce liabituclle et sanclinanle, de la gralia gratuin faciens, comme ils disent. Pour désigner les grâces actuelles, ils emploiciil les mots adjutorium divinum, adjutorium Dei movenlis, illuminanlis et inspirantis, auxilium spéciale, ou d'autres équivalents. C'est ce qu'il faut bien remarquer, si l'on ne veut pas s'égarer dans l'interprétalion de leurs textes.
(2) Bellarm., de Justifie. 1. II, c. I
(3) Dans la suite, nous aurons l'occasion d'expliquer plus amplement la signirication de ces mots « forme et cause formelle n. Notons seulement ici qu'ils signifient ce qui dans un être est le principe
CIlAPITItR I. — EXISTENCE d'lNE fin ACE CIIÉtE 81
tification qui soit comme un principe intrinsèque à l'ànie, et la rende pure et sainte devant Dieu ? Si la réponse est aflirmative, comme elle doit l'être en elTet, par là même tout réchafaudage incohérent des systèmes imaginés par les hérétiques s'écroule et tombe. Car, si la cause formelle de notre justification est une justice inhérente à l'âme, ce n'est donc pas la justice même de Dieu demeurant en nous (comme l'a soutenu Osiander) ; ce n'est pas la justice de Dieu qui nous serait imputée suivant Illyricus et beaucoup d'autres) ; ce n'est pas seulement la rémission des péchés sans aucun renouvellement intérieur (ainsi qu'il plaît à Calvin, par \emple). E{ si la justice inhérente est la cause formelle le la justification, il n'est donc pas nécessaire de rccour à l'imputation de la justice du Christ pour compléter une justification par ailleurs imparfaite, encore moins h la foi, qui serait comme la main par laquelle nous ferions nôtre la justice de Dieu. En effet, toutes ces erreurs et d'autres plus ou moins semblables, s'accordent à nier la iustice inhérente, à rejeter une rénovation intérieure vant pour principe et pour cause un don créé qui ait
ilrinsôquc de m perfection ; ce qui détermine l'clément matériel ; f qui donna à cet être d'^lre ce qu'il est.
Par exemple. c'c»t par l'âme et non par le corps que nons sommet
■<■« vivant^, inlclliffcnts cl lil>re« ; c'est l'àme qui détermine la
■ • qui pourrait entrer dan» mille antres composés, à devenir
Il corps humain ; ccst elle enfin qui, comme la principale partie
listitnlive de l'homme, cause sa perfection spéciiique. Klleestdon^ iiise formelle et forme, mais forme suhslantielU, parce que ce qu'elle •n*tituc e»t imc 8ul>«tance. Par exemple encore, c'est par la lijfuro
le au ci*can do l'artiste qu'un bloc de marbre, qui pourrait demeu* • r informe dans la carrière ou bien ^tre. pour employer une etftrea-
in de notre grand fabuliste, • dieu, table ou cuvclli.' », lievivnt la i.ituo de te! ou tel héros. Li ligure e«t la forme Je la statue, puis* Mi'ello détermine le marbre, et le fait être la représentation voulue .lu sculpttMir.
Gn*CB BT CLOIRK. — TOUt I. i>
82 LIVHE II. — LE PRINCIPE CRÉB DK NOTRE FILIATION
l'âme pour sujet, et la transforme à 1 image de Dieu »(1). Telle est donc actuellement notre tAche : montrer contre les hérétiques que cette grâce (jui nous fait enfants adoptifs et justes et saints devant Dieu, est une réalilé «lans l'àme, une réalité créée, une forme intrinsèque et non pas extérieure de rénovation spirituelle. Montrer aussi, contre certaines idées particulières de quelques auteurs calholi(iues, que cette même forme de rénovation spirituelle se distingue réellement de l'àme et de ses opérations ; qu'elle est permanente de sa nature ; qu'elle est tout autre chose en elle-même qu'un titre à la présence du Saint Ksprit, un droit moral à son assistance, et je ne sais quelle tendance qui, sans ajouter rien de physique à la nature, l'inclinerait pourtant à produire des actes surnaturels : théories plus ou moins fondées sur la philosophie nominaliste ou cartésienne, dont le tort était non seulement de s'écarter de la doctrine commune et traditionnelle, mais encore de frayer les voies à des opinions ahsolumcnt contraires à la vérité catholique. 2'. — Ces notions préliminaires une fois posées, entrons plus avant dans notre sujet. Or, pour peu qu'on veuille se reporter aux autorités de la Sainte Kcriture et des Pères que nous avons alléguées dans la suite du premier livre, on s'étonnera que l'existence de la grâce créée, telle que nous la décrivions tout à l'heure, puisse encore être matière à discussion. Si nous sommes les (ils adoptifs de Dieu, non pas agréés de lui d'une manière quelconque, mais enfantés, mais engendrés par lui, comment cette adoption ne mettrait-elle rien de positif ni rien de stahle en nous ? Y a-t-il génération sans une certaine communion de nature enlre le père et le fds qu'il engendre ; et quelle sera cette communion de nature, s'il ne se fait aucune
(I) Bollarm.. de Justilic, I. Il, c i'.
<:iiAJ'iriiK I. — F\i>rK>cK i» i nk liUAo; chkkk
Iransfusion finie de la substance infinie de Dieu dans la substance de ses nouveaux enfants ?
Si nous sommes les images de Dieu, ne faut-il pas que Dieu verse en nous une forme, une propriété qui sappliquant en quelque sorte à notre essence d'honinie la façonne et la transfigure ù la représentation du divin archétype ? L'image naturelle aurait pour fondement la nature avec toutes ses facultés, et l'image de grâce reposerait sur le vide, ou du moins, sur une base sans fermeté ni consistance ? Hst-ce chose croyable ?
Kst-il croyable aussi qu'il y ait un renouvellement intérieur si profond que son terme soit une nouvelle créature, et son principe, une espèce de création, sans que l'homme ainsi renouvelé, ainsi recréé, acquière en son fonds une réalité positive qui par sa permanence et sa perfection réponde ù la grandeur du nouvel être ? Pourquoi nous parler de transformation, de transfiguration, de métamorphose et de refonte divines, d'une semence de Dieu déposée dans les Ames, en un mot, de déification, si ni l'œil des anges, ni l'œil de Dieu lui-même ne voient dans les justifiés d'autres perfections immanentes et durables que celles de la nature '? Comment enfin concevoir celte vie des enfants de Dieu, si magnifiquement supérieure ii toute vie naturelle, quand on ne veut pas reconnaître un principe vital, d'où jaillissent coimalurellement les opérations qui conviennent aux enfants adoptifs de Dieu? Dieu nous aurait donc trompés par ses promesses ; et comme nous, pauvres hommes, il serait magnifique en paroles, et parcimonieux en efl'ets. Loin de nous la pensée de le rabaisser à notre mesure. Ce qu'il dit, il le fait ; ou plutôt, il fait plus et mieux qu'il ne dit, parce que notre langage dans lequel il nous parle, est impuissant ;i !cn<Ire la grandeur, la magnificence et la réalité de
Si I.IVRK II. — I.K PUINCIPE CHKK DE NOIRK FILIATION
3. — Ces considérations sont décisives, et je ne vois jias ce qu'on pourrait alléguer pour en atténuer la force. Cependant, puisqu'on a tenté plus d'une fois d'appuyer sur l'autorité des Pères certaines opinions qui les combattent, il ne sera pas inutile d'interroger encore ces témoins de la tradition <livine et ces interprètes de nos saints Livres. Parmi toutes les formules employées dans leurs ouvrages pour caractériser l'élément formel et créé de notre filiation, je choisirai d'abord les images et les comparaisons sous lesquelles ils nous représententl'action de Dieu sur les Ames justifiées.
C'est l'action du j)eintre sur la toile. « Dieu, dit S. Am- •broise (1), parle de l'âme faite à son image quand il dit : c'est moi, Jérusalem, qui ai peint tes murailles (2). L'âme peinte par Dieu, c'est l'âme ayant comme parure la grâce des vertus et l'éclat de la piété. Oh I qu'elle est merveilleusement peinte cette âme en qui brillent la splendeur de la gloire et l'image de la substance du Père ! Car c'est
par cette peinture que l'âme a tant de prix O homme,
tu as été peint ; peint, te dis-jc, par le Seigneur ton Dieu. Quel excellent artiste et quel peintre admirable est le tien ! Garde-toi bien de détruire une peinture si divine, faite non pas de mensonge mais de vérité, non pas de couleurs périssables mais une grâce immortelle » (3).
(1)S. Amlir., Hexaem., L. VI, c. 7 cl 8, ii. 42, 47.
(2) Is.. \LI\. 10.
(3) Le saint, après d'excellents conseils qu'il lire de celle idée pour les cliréliens en général el pour les pauvres et les riclies en particulier, s'adresse aux femmes du monde : u O femme, tu détruis cette peinture, quand iK>ur le faire ou plus rose ou plus blanclic tu mets sur ton virago des couleurs empruntées. Celle peinture est la peinture du vice et non de la beauté ; la peinture de la fraude cl non de la simplicilé... Je t'en prie, ne va pas substituer à la peinture de Dieu celle dune créature souillée... Quel mallicur (.1 quel crime, si ti» contrains Dieu à le dire un jour : Je ne reconnais ni mon imairj it
CHAPITHK I. — KXI>TK>T.K d'uNE GRACE CliKÉE 85
('/est, après l'action du peintre, celle du sculpteur sur le marbre, ou du statunire sur le bronze. « Ni la créature n'est si misérable, ni Dieu si faible qu'il ne puisse communiquer aux créatures une sainte participation de son infinie be.mté. Aussi, dès le principe, daii^na-t-il faire l'homme à son image. Or, on le sait, l'image participe aux traits distinctifs de l'exemplaire d'où l'artiste l'exprime, une fois que la pensée et la main de celui-ci l'ont repro- <luite sur la toile ou dans le marbre. Voyez un peintre, un sculpteur, un homme qui veut faire une statue d'or ou de bronze, comme il regarde le modèle pour s'en former intérieurement l'image dont il revêtira la matière. Si les hommes ne peuvent façonner la matière à la ressemblance de leurs modèles, sans la faire participer à leur idée ; comment la créature pourrait-elle recevoir en soi la ressemblance divine sans participer elle-même au caractère divin » ?(1) Ainsi parle S. Basile, et S. Cyrille d'.\lexandrie dit à son tour : « L'Esprit de Dieu, transformant d'une certaine manière en lui-même les âmes humaines, leur imprime une ressemblance divine, et sculpte en elles l'effigie de la substance, reine et sommet de toute substance » (2).
C'est l'action du cachet sur la cire. I-2coulnns encore S. Cyrille : « Si par là même que nous sommes marqués du Saint-Esprit comme d'un sceau mystérieux, nous sommes réformés à la ressemblance de Dieu, comment serait-il une créature celui dont l'empreinte reproduit en nous l'image de la divine essence et les traits de la nature incréée ?... Vrai Dieu, procédant de Dieu, il s'im-
mes coulcim ; jo ne retrouve pan le visage que j'ai formé. Loin de moi ce qui n'est pas mien I Va, clicrche celui qui l'a peinte ; Jouis de sa sociétt'. de te» l>onncf grâces... » Ibid., n. 47.
(i) S. Basil., c. Kunom.. L. V, P. Gr. t. 29, p. 7«4.
(2) S. Cyril. Aie».. L. XI in Joan , XVII, 20. P. Gr. t 94. p. 5M.
86 MVUE II. — LE l'niNCII'E CRÉÉ DE NOTUK FILIATION
prime invisiblemcnl sur les âmes qui le reçoivent, comme un cachet sur la cire ; et communiquant ainsi sa ressemblance à notre nature, il y retrace la beauté du divin archétype, et rétablit dans l'homme l'image de Dieu. Comment donc, encore une fois, serait-il une créature celui par qui la nature humaine est refaite à l'image de son Créateur et devient participante de Dieu ? » (1). C'est encore l'action du monnayeur sur la monnaie. « Car la monnaie d'or pour entrer dans le trésor royal doit porter l'effigie du roi. Ainsi Tàme qui ne montre pas gravée dans sa substance l'image de l'Ksprit céleste, c'est-à-dire le Christ lui-même, cette âme n'est pas digne d'être admise dans les trésors éternels »(2).
C'est enfin l'action du soleil sur les corps qu'il éclaire : « L'Elsprit du Seigneur a rempli l'univers entier... De sa lumière il inonde intérieurement quiconque s'en montre digne. Que le soleil darde ses rayons sur une nuée légère, la voilà toute étincclante d'or et resplendissante de clarté. Ainsi l'Esprit de Dieu, quand il entre dans une âme, y répand la vie, l'immortalité, la sainteté » (3).
Je ne sais s'il est possible d'exprimer plus nettement la réalité créée que nous avons à démontrer dans ce chapitre. Pour ceux qui conserveraient encore quelques doutes, voici des affirmations, s'il est possible, encore plus expresses. Je les emprunte à trois de nos pluscélèbres docteurs. La i)remière est de S. Cyrille d'Alexan drie. « Comme il est nécessaire que cela soit chair qui est né de la chair, ainsi faut-il que ce qui naît de l'Esprit soit esprit (4) : car où l'essence est différente, le mode
(1)S. Cyrill. Alex., Tlipsaiir. Ass. 34. P. Gr., t. 75. p. 609. {2) 6. Macar., Agypt. Hibliol M. PP. hom. 30, p. 14."). (.3) S. Basil., adv. Eunom.. L. V. P. Gr., t. 29. p. 7(57. (4) Joan.. m, 0.
CHAPITHE I. — IXISTEXCK d'oNB GRACE CUÉÉK 87
de génération no saurait être identique. Mais, sachonsle bien, si nous api)elons l'esprit de l'honunc un fruit «le l'Esprit, nous ne voulons pas signiiier par là qu'il en ait reçu la propre nature : ce qui serait le comble de l'absurdité. Il est le fruit de l'Rsprit, parce que c'est l'Esprit qui l'a appelé du néant à l'être ; il l'est encore et surtout parce que c'est l'Esprit qui le refait à l'image de Dieu, (|uand il imprime ses traits dans nos âmes et les transforme, pour ainsi dire, en sa propre qualité » (1). FA encore : « Le Christ est formé en nous en vertu d'une forme divine que le Saint-Esprit nous infuse par la sanctification et la justice » (2).
S. .\ugustin nous donnera la seconde affirmation : je la trouve dans l'opposition qu'il met entre notre justice et celle de Dieu qui nous justifie, quand il parle de la sagesse qui, d'après rEcclésiasti(iue, « a été créée la première, avant toutes choses (3) : » non pas, dit-il, cette sagesse dont vous êtes le père, ô mon Dieu, égale et coéternelle à vous-même, par qui toutes choses ont été créées, principe en qui vous avez fait le ciel et la terre ; mais cette autre sagesse, créature, substance intelligente, lumière par la contemplation de votre lumière : car, toute créature qu'elle est, elle porte aussi le nom de sagesse. Mais, grande e.st la différence entre la lumière illuminante et la lumière illuminée ; entre la sagesse créatrice et la sagesse créée ; entre la Justice justifiante et la justice oftérée par la justification » (4).
I^ saint «locteur revient sur la même pensée «lans ses controverses avec les l'élagiens. « O homme ! considère
(1) S. Cyrill. Alex . L. II. in. Joan.. III. P. Gr.. l. "S. p 24S
(2) S Cyrill. Aie».. L IV. or«L 2. In. !•.. c. XIJV. 21*2. P. Cr. I. 70. p. 030.
(3) Ecii.. I. l
(Il S. AiiK . «:..nf.*. . I \ll I
88 MVHE 11. — I.B PniNCIPK CRÉK DE NOTRE FILIATION
ces paroles de l'apôtre : La justice de Dieu a été manifestée par le témoif^nage de la loi et des prophètes (1). Est-ce assez pour des sourds ? La justice de Dieu, dit-il, a été manifestée. 11 ne dit pas la justice de l'homme, la justice de la volonté propre, mais la justice de Dieu ; non pas la justice par laquelle Dieu est juste, mais celle dont il revêt l'homme pécheur quand il le justifie... L'apôtre ajoute : La justice de Dieu par la foi de Jésus- Christ, c'est-à-dire, par la foi qui nous fait croire dans le Christ, Cette foi du Christ dont parle ici l'apôtre, n'est pas une foi par laquelle le Christ croit lui-même ; ainsi cette justice de Dieu n'est pas la justice par laquelle Dieu est juste, mais on l'appelle justice de Dieu, justice du Christ, parce que c'est de sa libéralité que nous la tenons » (2).
Et comme il a distingué la justice, ainsi distingue-t-il l'amour fondé sur la justice :.« La charité qui, d'après l'apôtre (3), est répandue dans nos cœurs, n'est pas la charité par laquelle il nous aime, mais la charité par laquelle il nous fait les amants (dilectores) de sa bonté ; de même que la justice de Dieu, c'est la justice qui, par sa grâce, nous rend justes en nous-mêmes,... et la foi du Christ, la foi qui nous rend fidèles m (4). Belle et claire doctrine dont S. Bernard est l'écho, lorsqu'il écrit : « La charité se dit et de Dieu et du don de Dieu : car la charité donne la charité ; la charité substantielle, l'accidentelle. Dite du donateur, c'est un nom de substance ; dite du don lui-même, c'est un nom de qualité. Diciliir charitas et Deiis et Dei doimin : carilos eniii} dnf ((irilatcm,
(I) Rom., 111, 21.
{i) S. August., de Spiril. et litt., c. 0, n. lo ; col. conl. ep. 2 Pelag. 1,. III. c. 7. n. 20.
(.3) Rom., V, 5.
(4) S. August.. de TriiiiL, L. V, c. 17.
CHAiMTRË I. — KXISTBNCR d'uNB GRACE CuiÈE 89
substanliva accicimtaU'ni. l'hi dantem siynî/icat, nomen est substajitiw : iibi donum, (jiutlilatis » (1).
Je devrais apporter ici comme troisième témoignage celui de Denys l'aréopagite ; mais parce que je l'ai déjà cité dans les pages précédentes (2), donnons la parole à S. Grégoire de Nysse. Voici comment il fait parler l'épouse, c'est-à-<lire le type de rame juste, dans ses homélies sur le (Cantique : « L'épouse, exhortant les adolescentes à se revêtir de la véritable beauté, leur propose pour modèle sa beauté propre. Ainsi le grand Paul dira plus tard : Soyez mes imitateurs comme je le suis moimême de Jésus-Christ Ci). Elle ne veut pas que les âmes qui sont à son école, épouvantées de leur ancienne vie, désespèrent de devenir belles à leur tour. Apprenez, leur dit-elle, apprenez par mon exemple que le présent peut couvrir le passé, s'il n'apporte rien qui soit digne de blâme. De quelque éclat que brille actuellement la beauté (jue l'amour de la justice a répandue sur moi comme une forme divine, je sais pourtant qu'à l'origine je n'avais ni élégance ni charmes, informe et noire que j'étais... Et maintenant voyez ce que je suis. Cet extérieur de ténèbres a fait place à la forme d'une beauté sans tache I» (4). N*avais-je pas le droit d'allirmer, au début <le ce chapitre, qu'il n'y a rien de plus certain pour les Ecritures et les Pères que l'existence d'une grâce créée, princi[)0 et base de toute adoption «livine?
i ^ r.< rnard , op. M, aJ Guiduu., pii-jrt-m Moj ' 4. A
i"i. r ro <f t«xl*> il'" •» AiitriiHl. • Ilte in ijuo oniU' tnlur,
remplum omnihus prtehet, lial elLim ttii ùam, (/uuni laUnUrinfunditetparvutisu.
!.. I. de i'rccat merU. ei remiu., C. 9.
(3) iMiiiip . m. :
(4) s. Grpjf Nv*»fii.. Iioiii. :: in i . ii i' '.t , i »». \\. 7W0.