‹ La grace et la gloireChapitre 15 sur 80 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La grâce, participation créée de la nature incréée. — Sens précis de cette formule.

1. — Que la j^ràcc soit une participation de la nature incréée, le prince des apôtres, S. Pierre, nous l'enseigne dans un texte mille fois commenté par les théologiens et les Pères, tant il est plein d'une science divine. Ce texte d'une importance si cai)itale il nous le donne dans sa deuxième épître. Dieu « par J.-C. X.-S. nous a fait les très grands et très précieux dons qu'il nous avait jjroniis, pour nous rendre par eux participants de sa divine nature » (I). Voilà ces mots d'une effrayante profondeur qui, bien médités, inondent en quelque sorte de leur lumière tout l'ordre de la grâce et de la gloire. Vous me demandez pourquoi je suis enfant de Dieu, dieu déifié, portant au fond de moi-même l'image et la forme du Fils unique du Père ; et je réponds après l'apôtre :. C'est que j'ai reçu des dons très grands et très précieux : je participe à la nature divine.

Le Verbe de Dieu, J.-C. X.-S., reçoit éternellement du Père, son principe et non sa cause, la pleine communication de la nature paternelle ; et cette nature est sa propre nature, sans division ni partage, sans diminution ni multiplication ; et c'est pour cela qu'il est vraiment le Fils unique, en tout égal et consubstantiel à son Père. Les fils d'adoption, quand ils sont justifiés par la grâce, reçoivent de Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, comme un

(I) II Pet., I, 4. .

ClIAP. II. — L\ PAHTICIPATIOX CRKÉB DE LA NATURK DIVINB 9f

écoulement créé de cette nature incréée, une participation finie de l'essence infinie ; et c'est pour cela qu'ils «leviennent fils adoptifs de Dieu, non plus égaux au Père, mais semblables au Fils par nature, dieux déifiés comme il est Dieu déifiant.

Impossible de rappeler, même en les abrégeant, les passages des saints Docteurs où cette doctrine est mise en lumière. Qu'on relise ceux que nous avons déjà cités dans le cours de cet ouvrage, et l'on s'étonnera de voir combien la pensée de S. Pierre revient naturellement à la mémoire des Pères, toutes les fois qu'ils touchent au mystère de notre adoption par la grâce. Et pourtant, que d'autres textes on pourrait citer encore 1 Recueillons-en quelques-uns parmi beaucoup d'autres. « Le Fils demeurant dans sa nature s'est fait participant de la nôtre, afin que nous aussi demeurant dans notre nature nous participions à la sienne *> (1). Ainsi, d'après S. Augustin, c'est une même fin de l'Incarnation de faire des fils adoptifs, des dieux déifiés et des participants de la nature divine.

Mêmes pensées chez S. Cyrille d'Alexandrie. J'ai déjà transcrit une partie de son commentaire sur le premier chapitre de S. Jean (2). En voici la suite qui n'est pas moins importante pour le sujet que nous traitons : « Ceuxlà, dit-il, qui sont élevés par la foi dans le Christ à l'adoption des enfants de Dieu, n'ont pas reçu le baptême au nom d'une créature. Non, l'Église les a baptisés dans la Trinité sainte, par le Verbe, un avec nous quant à la nature humaine dont il s'est revêtu, un quant à l'essence divine avec le Père. Si les serviteurs et les esclaves sont appelés à la filiation, c'est que la participation du vrai Fils les fait monter jusqu'à cette dignité qu'il a. Lui, par

(l)S Au(ru*t.. op. 140. c. 4. n. II.

(*) Joaii . I. 12 13. I. I. p. 0. 10.

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