‹ La grace et la gloireChapitre 17 sur 80 · LIVRK II. — LE PRIKCIPK CRÉÉ DE NOTRE FILIATION · texte numérisé non relu

LIVRK II. — LE PRIKCIPK CRÉÉ DE NOTRE FILIATION

tement d'elle comme de son principe et de sa source première ? Telle est ridée vraie de la participation, quand il s'agit du rapport entre la créature et le Créateur, entre l'être contingent et l'Être par essence (1). Or, à ce compte, pourrait-on m'objecter ici, toutes les créatures participent à la divinité, puisqu'aucune n'a d'existence et de réalité que dans la mesure de cette participation. Un être distinct de Dieu, l'Être imparlicipé, qui ne porterait pas en soi quelque ressemblance avec son auteur, et qui ne serait pas de lui comme de sa première source, cet être serait un pur néant.

La théologie catholique nous apprend que la création avait pour but de communiquer à des degrés divers et de manifester au dehors les infinies richesses de la perfection de Dieu. Mais, parce que cette perfection n'a pas de bornes, elle ne pouvait être représentée, comme il convenait, par une seule créature. « Voilà pourquoi, nous dit S. Thomas, Dieu lésa multipliées et diversifiées; afin que ce qui manque à l'une pour cette manifestation de la divine bonté, soit suppléé par une autre. Car la bonté qui est en Dieu très une et très simple, se frag-

(t) Chacun de nous participe à la nature humaine : car s'il l'a tout entière quant à la compréhension, ce.st-à-dire quant aux principes qui la constituent, il ne la possède que partiellement quant à l'étendue, c'est-à-dire, quant aux individualités dans lesquelles elle se divise. L'humanité est en moi, puisque je suis hooame ; mais elle est hors de moi, réellement et numériquement distincte, puisqu'il y a d'autres hommes comme moi. J'ai une humanité ; je ne suis pas l'humanité. Manifestement ce n'est pas ainsi que la créature participe à la nature divine : car celte nature n'est pas la nôtre, et ne peut se multiplier dans les individus, puisqu'elle est essentiellement une. Notons au passage ce texte du docteur Angélique : Dicendum quod crealurœ non dicuntur dii'inam bonitalem parlicipare quasi parlem essenliœ sux, sed quia siniilitudine divina bnnitalis in esse conslituunlur, secunduni ■quam non perfecte divinam bonilaiem imilanlur. sed ex parte. S. Thom. JI. n. 17, q. 1, a. I, ad 6,

CHAP. il — LA PAMTICIPATION CRÉÉ» DE LA NATUIIK DIVINB 95

nentc pour ainsi dire et se multiplie dans la créature ; et de là vient qu'elle est plus parfaitement représentée dans la totalité de l'univers que dans l'unité d'une seule nature, si parfaite qu'on la suppose »(1). Ainsi l'infirmité du langage humain nous oblige à multiplier les discours pour exprimer quelque chose de ce que Dieu se dit à lui-même d'une seule parole, parole éternelle, parole infinie comme lui, son Verbe. Ainsi, pour nous servir d'un exemple plus humble, devons-nous prendre différentes vues d'un palais, si nous voulons en avoir une reproduction convenable.

Qu'est-ce donc que le monde, si ce n'est l'ensemble des fiarticipations de cette divine beauté, qui n'est autre chose (jue l'essence même et la nature de Dieu ? Si tous les êtres ont l'existence, c'est que tous participent à l'être «le Dieu. S'il en est qui avec l'existence ont la vie, c'est qu'ils participent à la vie de Dieu. Si d'autres enfin sont doués d'intelligence comme l'ange et l'homme, encore une participation de la nature souverainement intelligente qui est Dieu. Partout vestiges, copies, images de perfections divines, et, comme conséquence, participation de la nature divine, puisque tout, au ciel et sur la terre, non seulement représente Dieu, mais vient de Dieu, .\ussi les saints dont l'œil est éclairé par l'amour, voient-ils Dieu dans toute créature, comme dans un miroir où vient se poindre l'image plus ou moins {)leine de ses perfections infinies.

Kt pourtant, ces mêmes participations de l'être, de In vie, tle l'inti'lligence divine, quelle qu'en soit l'excellence, ne sufiisent pas à constituer des enfants de Dieu : car parmi les plus nobles, les plus admirables d'entre elles il V a des ennemis do Dieu. Où donc trouver une assimila-

96 MVItB M. — LE IIIINCIPB CRKK DB NOIHK IILIATIOX

tioiî plus haute ù la nature divine, une communion si sinf»ulière et si parfaite que toute autre pâlisse devant elle, et que l'apôtre puisse en vérité nommer ceux qui la possèdent, et ceux-là seuls, des participants de la nature divine : « diniiiiv consorles natiirx » ?

3. — Pour résoudre ce problème nous n'aurons pas besoin de sortir de notre texte : les mots employés par S. Pierre, si nous les pénétrons dans leur si<,'nification la plus intime et la plus stricte, sudisent à résoudre la question. « Le mot nature, enseigne S, Thomas, parait signifier l'essence d'une chose en tant qu'elle est ordonnée A son opération propre. Xomen autem natiirœ videtar sUjnifieare essentiam rei, seennditm quod habet ordinem ad propriam operalionem » (1). En d'autres termes, la nature d'un ôtre substantiel est ce qui dans cet être constitue le premier principe des opérations qui lui sont essentiellement propres.

L'opération propre de l'homme, ce n'est pas le sentir, puisque tous les animaux entendent, goûtent, voient et souffrent comme lui. Qu'est-ce donc ? Le penser et le vouloir, puisque lui seul parmi les créatures visibles pense et veut. Donc, la nature spécifique de l'homme, ce par quoi il se distingue des êtres inférieurs, en un mot, la nature raisonnable, c'est la substance même de l'homme considérée comme le principe radical des opérations dont l'intelligence et la vglonté sont le principe prochain. C'est ainsi que les Pères dans leurs controverses avec les hérétiques des quatrième et cinfjuième siècles entendaient la nature ; démontrant contre ceux-ci la nature humaine du (Christ par ses opérations raisonnables, prouvant contre ceux-l<à les opérations raisonnables par la foi en la nature humaine.

(t) S. Thom., de Ente et essentia, c. 1.

CHAH. II. — LA HXRtICIP.KTION CRKÉB DK LA .NATLIIK DIVINK 97

Si donc je veux savoir ce qu'il faut strictement entendre par la nature de Dieu, je dois avant toute chose chercher ([uelles sont les opérations propres de Dieu, celles qui lui appartenant essentiellement ne peuvent convenir latureliement qu'à lui. Ce n'est pas l'opération créatrice, •n tant qu'elle lire le monde du néant : car, outre que la • réation est un fait contingent et libre, un esprit souverainement pur et souverainement indépendant de toutes choses doit avoir une opération propre dont l'objet et le terme soient en lui-même (1). Ce n'est pas non plus la simple connaissance des perfections infinies de Dieu ni l'amour de sa beauté connue : car et la raison et la foi nous enseignent que l'homme peut arriver avec ses lumières naturelles à la connaissance certaine du Dieu véritable, notre Créateur et Seigneur (2) ; et, s'il peut le onnaitre, comment l'amour serait-il impossible ? Mais \oir Dieu face à face et le contempler tel qu'il est en lui-même dans les profondeurs de son essence, l'aimer (l'un amour qui réponde à cette connaissance intime, voilà ce qui surpasse non pas seulement les forces naturelles de l'homme, mais la puissance native de toute créature, ((uelque [)arfaile qu'elle puisse être, et si haut <iu'elle ait porté son développement intellectuel. C'est \ù, lis-je, l'opération propre de Dieu.

Di'iini nenio vidit «/ir/»o/;j, allirme la sainte Kcriture(3). r.omme il est limmortel par nature, il est aussi l'invisible (4). « Maintenant, dit S. Paul, nous voyons Dieu

M) Si l'rtn considère l'upéralion créalrico lell« qu'elle e«l en Dieu, elle ^'uo pas «Je l'aclc* caraclori»ti(iiio du Uicii ; parce qu'elle

: lire clnjs'' riiie <■ n ;i( t^' inlininu'Ml |iarf.iit «Je (oiinailrp ri

I aimer.

{i) Conc. Vati».*... ..„.-. .., . .... vaUt. Je lltv. I«t.. c. 1.

(3) I Joan.. I. 18.

(4) I rim.. I. 17,

UHtCB ET CLOinB. — TOMB I.

08 I.IVIiK 11. — l.lf l'UlNCIPE CItÉK DK NOTHE FILIATlnX

comme dans un miroir, en énigme ; mais alors (quanir nous serons tout inondés de sa propre lumière), ce sera le face à face. Maintenant je ne connais Dieu qu'en partie ; alors je le connaîtrai comme il se connaît lui-même » (1). Entrons dans la pensée de l'apôtre. Nous voyons Dieu non pas en lui-même, mais comme dans un miroir; et ce miroir est le monde créé dans lequel il offre à nos regards (pielques pâles imitations de ses perfections infinies. Nous le voyons en énigmes : car, outre qUe nous n'avons qu'une vue très imparfaite de ses images, celles-ci représentent encore plus imparfaitement l'exemplaire dont elles sont la copie. Nous ne le connaissons qu'en partie : parce que Dieu ne nous révèle dans ses œuvres que les perfections qui lui conviennent comme à la cause su|)rême, et celles qu'on en peut logiquement déduire (2) ; les perfectionsextérieures à l'essence, « "i ~tç,\ z-r^t oûçlav », comme parlent les Pères. Mais le fond très intime de la divine essence, et les insondables trésors de la Trinité restent cachés à nos yeux, tant la lumière qu'elle habite est inaccessible (3) aux regards «l'une créalure.

Kt pour que nous ne soyons piîs tentés de croire qu'un œil créé plus perçant que le nôtre, l'teil d'un ange, «l'un archange ou d'un séraphin, puisse arriver par sa vigueur naturelle à pénétrer cet invisible, le Fils de Dieu nous le déclare en son Évangile : « Personne ne connaît le Fils/ si ce n'est le Père ; et personne ne connaît le Père, si ce n'est le Fils, et celui à qui le Père a daigné le révéler » (4). Et l'apôtre i\ son tour, parlant de ces mystérieux secrets où nous fait entrer la très gratuite condescendance de

tl( 1 Cor.. Mil. li.

(i) S. Tliom., 1 p.. q. ii. a. 1.

(3) I Tim.. VI, 10.

(t) Malh., XI, 27.

r.HAP. II. — L\ pAUTiciPAno.N créée db la natuhe divink 99

notre Dieu : « Ce qui, dit-il, n'est point monté dans le cœur de rhonimc... Dieu nous l'a révélé par l'Hsprit- Saint. Car l'Hlsprit scrute tout, nK'ine les profondeurs de Dieu. Car qui des hommes sait ce qui est dans le cœur de rhomnie, si ce n'est l'esprit de l'homme qui est en lui ? Ainsi ce qui est en Dieu, nul ne le connaît que lEsprit de Dieu » (1). Donc pour avoir en vertu de ses puissances naturelles la vision de Dieu, tel qu'il est en lui-même, il faudrait être ou l'Hsprit de Dieu ou l'Unique qui est dans le sein du Père (2).

Et cette conclusion, ce n'est pas seulement la foi, c'est la raison même qui la proclame. Des hérétiques, les Anoméens, ont ja<lis revendiqué pour toute créature raisonnable le privilège naturellement incommunicable de regarder Dieu face à face. Je n'ai pas à dire conunent ils en arrivèrent à cette erreur : il nous sullit de savoir que les saints Pères, appuyés sur les principes d'une saine philosophie, confondirent cette prétention par des preuves éclatantes comme le soleil. Je n'en si}»nalerai (|uune seule, parce (|u'elle est universelle et, par consé- <|ucnt, s'applique à toute intelligence qui n'est pas le Dieu incréé. S. Thomas d'Aquin l'a magnificpiement développée dans ses (luvres (3) ; mais il me plait de la projKi-ser dans la forme (jue lui donnaient nos anciens Docteurs.

Quiconque, nous disent-ils, pense et conçoit les choses, bon gré mal gré, se les représente suivant sa manière d'être (4). Vous êtes un esprit incarné ; impossible à vous

(Il I Cor.. 11, 9-11.

(il Joan. I. IH.

' ^ H 1 . I p . q. 1i. a. 4 et 1. *. q. 5, a 3 cum para II ' ^ I i "^ >l.l^tl<|uc diMit avec le docteur Angélique : l'otijct roiiiiu c«t liant le roonaifsanl «uivanl le moét d'étra du coniiaisanut.

( !i< 'III tiiiM f^l in l'iiLMiiix I iili' M iiniliiiii iikmIiiiii r<i;,'iiii«i'i'i)l i<

100 I.IVHK II. — LE l'HINtMPK CRKK DE NOTItE FILIATION

de concevoir les êtres purement spirituels sans les incorporer dans une ima}«e sensible ; et c'est ainsi que les anges vous apparaissent revêtus par vous d'une enveloppe ou d'atttributs matériels qui, vous le savez bien, ne leur appartiennent pas (1). L'éternité n'a ni chanf«cment ni succession ; et pourtant c'est une nécessité pour nous (le la concevoir comme une durée successive où se mêlent des idées de passé, de présent et d'avenir ; non certes qu'il y ait rien de semblable en Dieu, mais parce que « c'est la loi de notre intelligence de se représenter les choses suivant notre propre nature, et de mesurer l'éternel par le passé, le présent et le futur » (2). Si l'immensité de Dieu nous apparaît comme une étendue sans limites qui dans son vaste sein comprend, enserre et dépasse toutes choses, c'est que notre mode de présence est, comme celui des corps, en rapport avec l'étendue.

Xe me dites pas que les purs esprits échappent à la règle, eux qui ne sont ni corporels comme nous, ni soumis au temps comme nous, ni étendus comme nous, (^ar, s'ils sont libres de ces imperfections, au moins n'échappent-ils pas à l'imperfection radicale, essentielle de toute créature. Ils n'arrivent pas à la simplicité parfaite. La composition qui ne les atteint pas dans leur nature, se retrouve au moins en eux j)ar leurs facultés et par leurs actes. Car en eux, comme en tout être qui n'est pas l'Ktre subsistant, l'Être par essence, celui qui se définit luimême : Je suis celui qui suis ; les puissances, puissance de connaître, puissance d'aimer, sont distinctes de la sabstance, comme elles le sont aussi de leurs multiples

\l\ S. Grcg. Naz., Orat. 28, ii. 12. 13. P. Gr., t. .30, p. 41. (2) S. Cireg. Nyss.. L. XII, c. Eunom. P. Gr., 45, p. 1064, col. L. I. p. 336.

CHAP. II. — LA PAimCIPATION CRÉÉK DE I.A NATUIIE DIVINE 101

opérations. Dieu seul est l'unito parfaite, la simplieilé sans distinction ni niélan,i»c', iitircc que lui seul il csl l'Ktre, tout l'illre, rien que l'Htrc. Donc, encore une fois. Dieu ne peut être l'objet propre, immédiat et direct des intuitions d'aucune créature imaginable, parce qu'étant le simple, l'incomposé, l'immatériel par excellence, il surpasse ianniment la manière d'être essentielle à tout ce qui n'est pas lui (1). Pour tout résumer en un mot, Dieu se reflète dans notre être intellectuel, comme il se reflète dans notre être physique ; et puisque la créature est à prodi>,'ieusement au-dessous de Dieu quant it l'essence, i) faut que l'essence de Dieu sur|)asse infiniment la connaissance de la créature (2).

Donc enfin, si nous n'avons pas oublié la notion que nous avons donnée de la nature, au début de cette considération, il ne nous sera pas difTicile de comprendre ce que c'est, pour Dieu, d'appeler les anf^es et les hommes à la participation de sa propre nature. Il descend, pour parler le langage humain, si impuissant à exprimer ces mystères, il descend, dis-jc, jusqu'à ces adorables profondeurs, où le Père, par l'intuition compréhensive qu'il I de lui-même, engendre son Verbe; où le Père et le Fils, «lans un éternel embrassemcnt d'amour, produisent l'Amour personnel (jui est le Saint-Ksprit. Il fouille en quelque sorte ces abimcs pour y chercher le mo<lèle et le principe d'une nouvelle et plus inénarrable communiation de sa bonté. VA cette assimilation si parfaite, il la verse dans notre substance comme la source vivante d'où puisse jaillir la puissance et l'acte de !<• voir et de

(1)S. CyrII. Alei., TtiCMur. Asicrt. 31. P. Gr . t. 75. p 451 cun • iilec. - S. Matim. Capp thcoi. Cent. 2. n. 23. I>. Gr.. t. 00. p. tl2S.

(i) S. J. Daroatc.. de F. Orlii.. L. I. c. 4. P. Gr., t. 94. p. 8U0 ; coL Dionjri., de div. N'omin.. c. 1. { 4. «-(c

U)'! I.IVUE II. l,K IMUNCIHB CRKÉ DR NUJltK FILIATION

l'iiinier tel (lu'il est en lui-même. Ainsi l'homme et l'anj^e deviennent enfants d'adoption, participent :i la nature divine et sont capables de tendre à l'héritage paternel et «le le posséder.

Sans doute, en Dieu la nature, les facultés, les opérations ne sont qu'une seule et même infinie perfection. La distinction n'est que dans les concepts qu'en forme l'infirniitc de la créature. Mais cette infirmité même exige que la créature participe à l'unité très simple de Dieu par des perfections distinctes : de telle sorte (|ue, parmi les participations de la divinité, celle-ci réponde à l'idée de nature, et celles-là, aux idées de facultés vitales et d'opérations. Donc la grâce sanctifiante est une partici- ])ati<)ii de la divinité formellement considérée comme nature, c'est-à-dire, comme le premier principe des actes qui lui sont essentiellement propres. Telle est dans sa réalité suprême la perfection constitutive des enfants de Dieu. C'est un rayonnement qui se fait en nous de ce qu'il y a de plus haut, de plus intime, de plus profond, de plus naturellement incommunicable dans la substance divine. Ainsi, quiconque est en état de grâce, enfant de Dieu par adoption, est exalté par là même au-dessus de toute nature créée, parce qu'aucune nature créée n'a rien ni dans son fond substantiel, ni dans les facultés dont elle est le sujet et la racine, qui puisse l'élever à la vision béatifique ou l'en rendre digne (1).

(1) Je n'ignore pas que plusieurs théologiens expliquent difTôremment cette participation de la nature divine, bien que celte diversité tienne peut-être moins an fond des choses qu'à la manière de les concevoir ou de les exprimer. Pour eux la nature divine est Dieu formellement considéré comme l'Etre par essence, IKtre pur, l'Htie qui n'est qu'être. Et voilà, disent ils, ce qui rend la participation de la grâce excellemment supérieure à toute parlicif)ation naturelle : par la grâce, et par la grâce seule, 1» créature participe à l'FIlre de T)ieu.

11 m'est impossible d'approtiver cette manière de voir. Ou vous

CH

AI'. II. — LA PARTICIPATION CHÉKE DELA KATfHK DIVIN K 103

4. — Ce sont là de belles considérations, pourrait-on me dire ; mais de quel droit voulez-vous conclure que moi, (ils adoptif. je porte en mon cœur cette participation de la nature divine, quand je n'y trouve pas les opérations dont elle doit être le principe. Est-ce donc que je peux maintenant contempler Dieu face à face ou l'aimer comme les anges du ciel ? N'est-ce pas un axiome que la nature d'un être se révèle par ses actes ".' Quelques mots d'explication suffiront à faire évanouir cette difliculté. Il est vrai, ce n'est pas encore le tenjps de la contemplation face ii f" t •\i' l'amoureuse jouissance qui l'accompagne. Mais

parlez df l'Klrt' Je Dieu, leur dirai-jf. on tant (lull 6*1 être, ou >ous le considérez fonnellemcnl eu lanl qu'il est lélre par essence. Dant le premier sens, tout élre. jusqu'au moindre jffain do «able. parti- ' ipe à l'être de Dieu, parce qu'il e»t. Dans le second, rien ne parti-

ipc h l'élrc divin : car rien, en dehors de Dieu, ni par sa nature ni par K'râcc ne peut dans un degré quelconqtie devenir un élre pur, un #tre en qui l'essence soit d'être, une chose enlin qui soit à soimême son être : elle serait Dieu.

I. être par essence est l'être imparlieipé. Donc participer à la nature

livine. en tant qu'elle est l'être par essence, en d'autres termes, pos- -••dcr à quelque degré qu'où le suppose ce mode d'être, ce serait • Irv. iiir un f'ire imf"irlicipé. tout en restant par hvpolliêsc un être parlicipanl et ptirlinp^. Assurément la grâce c«l une participation

'ormelif de la nature divine ; mais, parce (ju'ellc exclut le mode

i'itrt (>«senUellement incomrounicahlc sous lequel celle même nature ^c présente en Dieu, ce n'est qu'une participation par analogie. Kcoutons encore S. riiomas -.m Quiquid pcrfeclionis est in crealura. ' <tum e»t etemplalum a divina pcrfcclione ; lamen perfeclius est in

Deo quant in ereatura ; nec secundum illum modum in creatura

■ «se |>olest quo in Deo est. Et ideo omno nomen quod désignai perf liinem divinam ahsolule, non concemeiulo aliquem mfhium. comuiu- ' I lie est creatura', ut potentia, »apientia. Inmilas et hujusmodi. ' >i«tic ■uteui noinen. cum-ernens mo<iiim qu<> illa fterfeetio etl in Deo.

■ realunc incommunicabile est, ut sunimuiu bouum. «»»« omnipoten- (.m et hujusmodi ». I, D. 43, q. I, a -'. a<l I ; coll. c (ienl . L I. < . 3<l et i p.. q. 4. a. 3.

104 LIVRE II. — LE PniNCII-E CRÉÉ DR NOTRE FILIATION

déjà nous sommes HIs ; et si nous sommes fils, nous sommes htriticrs, non j)as de fait, mais en droit. .S7 ///// el haercdi's, a dit S. Paul. Or, ce double titre de fils et d'héritier réclame, dès à présent, le principe immanent et permanent des opérations qui seront un jour notre héritage et notre {»loire, je veux dire la participation créée de la nature divine. Plus tard, nous aurons à considérer dans la même grâce sanctifiante le principe nécessaire des mérites par lesquels il nous faut acheter ce qui fait notre espérance. Contentons-nous à cet endroit de réfléchir sur notre qualité d'enfants et d'héritiers.

Knfants parfaits nous le serons un jour. Mais, dès maintenant, nous sommes des enfants en formation, modo geniti infantes ; des enfants portés dans le sein de leur mère, la sainte Église (1). « Filioli, mes petits enfants, nous dit-elle par la bouche de S. Paul ; petits enfants que de nouveau j'enfante jusqu'à ce que le Christ soit formé en vous » (2). Qui n'a remarqué combien ces termes reviennent souvent sur les lèvres de Notre-Scigneur et de ses apôtres ? (,'i). On peut y voir l'expres.sion d'une paternelle tendresse, mais d'une tendresse qui se manifeste à des enfants encore petits »' porimlis » dans le Christ, suivant une formule fréquemment employée dans nos saints Livres.

Que serons-nous dans la bienheureuse éternité ? Des hommes parfaits « à la mesure de l'âge et de la plénitude du Christ » (4). Or, autre n'est pas la nature de l'enfant

qui sommeille encore dans le sein ou sur les bras de sa

(1) V. supr. I., I, c. 2, p. 24, sq.

(2) Gai., IV, 19.

(3) Marc, X, 24 ; Joaii.. XIH, 33 ; Gai., l. c. : Joan, H. 1, 12. 1S, 28 ; III. 7, 18; IV. 4 ; V, 21.

(4) Epli.. IV, 13.

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Ap. II. — i.A PARTICIPATION CRÉKB DE LA NATURE DIVINE 105

mère, autre la nature de l'honimc ii l'apo;iiéc de son dcveloppcMKMit, quoiqu'il ail rlors un plus libre exercice de ses facultés, et même certains orj^anes qui lui manquaient aux premiers jours de son existence. Ce qu'il possède maintenant en acte, il l'avait en jîerme ; et la perfection présente n'est autre chose que le plein épanouissement de la perfection originelle. Et c'est dans ce sens que les théologiens ont nommé la grâce une semence de la gloire. Dites, si vous le voulez, que l'enfant des hommes doit acquérir une nouvelle nature, un être nouveau, pour devenir un homme parfait, et je dirai que l'enfant de Dieu n'a pas dès cette vie la nature surnaturelle qui fera sa perfection finale.

Ce n'est pas l'histoire de l'honnne seulement, c'est

iicore celle des êtres inférieurs qui proteste contre une pareille scission. Voyez cette grossière chenille qui se transforme en papillon tout resplendissant d'or et d'azur ;

l'tte larve informe qui, longtemps immobile au fond de sa rude enveloppe, tout à coup s'anime et s'élance dans l'air, parée des plus gracieux atours. Kst-ce un être d'une

litre nature ? Non : car, si étrange que soit la transfiguration. ]\v\l du naturaliste a découvert en germe, dans la chenille ou la nymphe, ces organes de la maternité dont l'exercice sera l'acte suprême de leur fugitive existence. Ainsi en est-il des enfants de Dieu.

C'est encore ainsi (|u"il en est de ses héritiers. Leur droit actuel à l'héritage suppose qu'ils ont déjà la nature qui les en rend «lignes. Aussi la vision qu'ils attendent, et rineHahle jouissance (|ui en est inséparable, ils les possèdent déjù dans la mesure qui répond i\ leur condition présente : la vision dans la foi, la jouissance dans l'espérance et dans l'amour parfait de la charité. Kt voilù pourquoi S. Pierre et S. Jean nous parlent avec tant d'insistance de la scmaur dr Dieu qui, demeurant

106 LIVUE II. — I.K PRINCIPE CRÉK DE NOTRK FILIATION

on nous, ne peut s'allier avec le péché (1) ; semence incorruptible, cause et j)rincipe de notre renaissance à la vie divine (2). Idée véritablement grandiose que nous ne pourrons jamais assez méditer ni approfondir. Un jour, (juand auront cessé les heures de l'épreuve et que nous serons enfin dans la maison du Père, il y aura un beau spectacle : Dieu debout dans l'assemblée des dieux : « Dens stetit in sijnaqoija deoriim » (3) ; mais j^ràce à cette semence de Dieu, participation créée de la nature paternelle, qui germe dans les âmes des enfants adojjtifs, ces dieux existent déjà, du moins en ébauche. S'il leur manque cet organe de la vision immédiate qui leur ouvrira les profondeurs de Dieu, dès maintenant ils en possèdent l'exigence et les premiers rudiments, comme l'enfant possède dès le principe la faculté de voir et d'entendre, bien qu'elle ne soit pas encore formée ni développée (4).

(Il I Joan.. m. '.».

(2) 1 t>et., 1. 2;i.

(3) Ps. LXXXI. 5.

(4) Notons, en passant, que c'est une même chose «Je participer à la tiaturo et de participer à la vie divine. En effet, la vie de iJieu c'esl de se connaître et de s'aimer. Donc, participer à la divinit»' en tant qu'elle est conçue comme le principe de la connaissance qu'il a <le lui-même, est manirestement participer à la vie propre de Dieu.

CHAPITHK III

lia ^àce créée d'après les enseignements doctrinaux des Conciles et des Souverains Pontifes.

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