CHAPITRE V
De la nature métaphysique de la grâce, et pourquof Dieu seul peut la produire dans les âmes par une sorte de création.
1. — La grâce est une forme intérieure et permanente. Mais cette forme, ce principe de notre lilialion, à quel genre suprême appartient-il dans la distribution des êtres : est-il quelque chose de substantiel ; est-ce un accident ? Et s'il faut le ranger parmi les réalités accidentelles, à quel genre inférieur, à quelle espèce d'accidenis le ramènerons-nous ? Questions longuement disculées parmi les théologiens scolysliques, et sur les(|uellcs nous ne dirons que ce qui peut être slricfcincnt nécessaire poiif <'n nvojr quelque idée.
Que la grâce soil quelque chose d'accidentel en lame, ou, ce qui revient au même, qu'elle ne soit ni substance ni même principe de substance, comme l'ûme ou le corps (la matière ou la forme), c'est ce qui ne peut faire aucun doute pour qui connaît la valeur des termes. « Par le fait même que la grâce est une réalité créée, il est nécessaire qu'elle soit comprise sous le genre accident. En effet, rien de ce qui présuppose complet l'être d'une substance, ne peut être substantiel dans cet être. Donc, puisque la grâce suppose l'âme et l'homme existant indé" pendamment d'elle, il faut qu'elle leur soit unie comme accident. Une chose, je le sais, peut s'unir accidentellement à une autre, bien qu'elle soit en elle-même une substance ; par exemple, le vêtement à l'homme qui le
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porte. Mais, ce que j'ai dit du vêtement qui est substance, et pourtant n'a qu'une union très accidentelle avec l'honinie qu'il recouvre, ne peut s'appliquer à la grâce... Et la raison dernière en est que la grâce joue dans l'àtuc le rôle dune forme intrinsèque, et qu'elle survient quand l'élre substantiel est déjà complet » : deux éléments qui font laccident proprement dit M).
Voilà donc la grande, rinllnic dilTcrence entre la nature divine prise en elle-même et la nature divine participée bui est la grâce ; ou, si Ton veut, entre l'archétype et l'image. La nature divine en elle-même est substance et rien que substance, forme infiniment actuelle, qui ne s'appuie sur aucun sujet, qui n'actue nul être en puissance, parce qu'elle est l'Acte pur, et l'Être subsistant. La nature divine participée n'est qu'un accident, forme surnaturelle d'une substance qu'elle perfectionne, il est vrai, mais qui lui fournit un indispensable support. C'est ce que S. Tliomas a forrftulé dans une de ces sentences qui disent beaucoup de choses en très peu de mots : « Ce qui est substiuîtieilenicnt en Dieu, est accidentellement dans l'àme participant à la divine bonté, comme il ;;ppert de la science et du vouloir » (2).