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CHAPITHE V. — LES DONS DU SAINT-ESPRIT

OU, tout au moins, de ne voir d'autre difTérence entre les uns et les autres qu'une distinction logique ? Je ne le nierai pas, il est des thcolof^iens qui l'ont cru. Toutefois, je ne m'éloignerai pas de l'opinion de S. Thomas d'Aquin ; et voici les raisons qui me déterminent à tenir avec lui pour une distinction réelle entre les dons et les vertus, bien que ces perfections soient inséparables dans une î^me où régne la grâce avec la charité.

La première est que, dans l'hypothèse contraire, on ne saurait expliquer pourquoi toute vertu ne serait pas du nombre des dons. La seconde et la principale, c'est qu'il y a une différence essentielle entre la fonction des vertus et celle des dons: car, encore une fois, par la vertu l'homme a la raison pour moteur, et Dieu lui-même, par le don. Or, telle est la disproportion de ces moteurs, en supposant même une raison habituellement illuminée ))ar la foi, que la même perfection ne peut ordonner le mobile à recevoir leur double influence. D'où l'on ne doit pas cependant conclure que le don rende les vertus moins agissantes et moins utiles ; puisqu'il n'est infusé dans l'âme que pour l'aider, sous l'impulsion du Saint-Esprit, à poser ses actes d'une manière plus facile, plus prompte, et plus divine.

3. — Les dons du Saint-Esprit sont-ils nécessaires au salut ? C'est une question qu'on doit résoudre diversement, suivant le rôle qu'on leur assigne dans la vie des enfants de Dieu. Si ces dons se réduisaient à nous faire pratiquer les actes héroïques «le la vertu, ils resteraient un grand bienfait de la divine miséricorde ; mais la nécessité de les posséder pour atteindre notre lin dernière ne pourrait être démontrée. Le ciel, en effet, n'est pas uniquement pour lés héros de la sainteté ; et ceux-là sont assez rares qui s'exposent à le perdre, parce (|u'ils naurniif fi;is à présenter au souverain juge les sacrifices qui

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feraient d'eux des saints. Mais, nous l'avons déjà dit, l'utilité des dons du Saint-Esprit ne s'arrête pas aux frontières de l'héroïsme. Leur sphère d'inllucnce est plus large et s'étend jusqu'aux imparfaits.

En résulte-t-il une véritable nécessité? La rcijonsi- est analogue à celle que nous avons donnée, quand il s'agissait des vertus infuses. Ce qui est absolument indisjjensable, même pour les âmes justifiées, c'est l'assistance actuelle et prévenante du Saint-Esprit. S'il nous la retirait, eussions-nous la grâce sanctifiante et les puissances surnaturelles qui raccompagnent, notre persévérance serait en péril manifeste, et ne pourrait se prolonger sans défaillir. Ainsi l'enseignent expressément le Concile de Trente, et toute la tradition catholique avec lui (1).

Et la raison d'une telle impuissance n'est pas difficile à trouver. Sans doute, nous avons dans la grâce et dans les vertus infuses le principe des opérations par où l'homme arrive à sa fin surnaturelle. Mais nous ne pos.sédons parfaitement ni ces vertus ni cette grâce ; et, par suite, c'est imparfaitement que nous connaissons et que nous aimons Dieu par elles. D'un autre côté, tout est embûches et pièges sur la route où nous marchons, tant que durera le temps de l'épreuve. Voilà pourcjuoi, même avec la coopération divine, nécessaire aux opérations de la créature dans tout ordre et pour tout temps, il nous faut encore la motion prévenante du Saint-Esprit, motion de lumière, motion de chaleur et d'amour, pour atteindre notre fin suprême, et plus encore pour nous élever aux plus hautes cimes de la perfection chrétienne.

Les inspirations et les instincts du Saint-Esprit, pour parler le langage de S. Thomas, sont tellement nécessaires au juste, (jue son progrès dans les vertus et sa persévé-

(1) (^oiicil. Trid.. sess. IV, can. 22.

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