‹ La grace et la gloireChapitre 33 sur 80 · CHAPITRE V. — LES DÛNS DU SAINT-ESPRIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — LES DÛNS DU SAINT-ESPRIT

dans l'objet de sa croyance pour en saisir la nature, les raisons, les rapports et les convenances. Quel sens profond des vérités les plus sublimes on trouve parfois dans de simples enfants, d'humbles villageois sans études et sans culture I Ce n'est ni lelfort ni le travail qui leur ont ouvert ces vues étonnantes sur les choses de Dieu ; et c'est pour cela que, ne sachant pas les choses d'une manière raisonnée, ils sont parfois incapables d'en rendre compte, impuissants à les traduire en paroles. Qu'est-ce donc ? Le don d'intelligence qui les livre à l'Esprit de vérité et de lumière, leur docteur et leur maître.

L'intelligence conçoit et pénètre ; mais il faut aussi juger et comparer : juger des choses divines, juger des choses créées, et comparer les unes avec les autres. Aux dons de sagesse et de science de remplir ce double et nécessaire emploi.

La sagesse porte son regard sur Dieu, premier principe et fin dernière de tout être et de tout bien qui n'est pas lui. Hlle le juge ce qu'il est, infiniment grand, infiniment aimable, infiniment saint, infiniment parfait. Et ce n'est pas le jugement du philosophe, purement spéculatif, trop souvent froid, sec, vide d'amour. C'est le jugement qu'un fils afiectucux et soumis porte sur une mère ; un jugement fait plus d'expérience que de raison, auquel le cœur a non moins de part que l'esprit ; un jugement enfin qui part de l'amour, et va droit à l'amour : et voilà pourquoi le don de sagesse en acte peut répandre tant de suavité dans l'ûme qui sait goûter les choses divines.

Mais li^ ne s'arrête pas l'infiuence du don de sagesse. Après nous avoir fait juger de Dieu et goûter Dieu, elle nous fait juger de tout le reste ù la lumière de Dieu. Quiconcpic a jamais parcouru le livre profond et substantiel, connu sous le nom ti' Exercices de S. Ignace, a dû reconnaître dans l'exercice par où commence l'ouvrage et dans

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«elui qui le couronne (l), ce double jugement de la divine saj^csse ; avec celte dilTérenoe toutefois que le dernier exercice, étant une provocation plus directe à l'amour, répond aussi plus complètement à la perfection de la sajïesse.

Que fait le don de .«c/ence? Il nous fait juger avec certitude des choses créées, au point de vue des idées surnaturelles et de Dieu. La sagesse et la science du Saint-Esprit ont cela de commun qu'elles Jugent des créatures et de Dieu. Mais voici en quoi on les distingue. Par la science, vous remontez des créatures à Dieu ; par la sagesse, vous <lescendez de Dieu aux créatures, et vous jugez de cellesci par la connaissance et le goût que vous avez de Dieu, leur première cause et leur fin suprême. Voulez-vous connaître par quelque effet cette divine science? Interrogez un homme plein de l'Ksprit de Dieu, sur le monde, sur les biens et les maux qu'il présente, l'opulence ou la pauvreté, l'honneur ou l'oubli, la vie ou la mort, et voyez la différence entre ses jugements et ceux que porte, je ne dirai pas un impie, mais un chrétien vulgaire. Or, la science qui vient du Saint-Esprit, n'est pas une affaire de raisonnement et de spéculation laborieuse. Faite A l'image de la science divine, elle lui ressemble par la simplicité <le son opération. L'âme, illuminée parce don d'en haut, reconnaît sans effort en toute créature Dieu qui l'a produite, Dieu qui la conserve, Dieu qui la gouverne, Dieu qui nous l'a donnée pour que nous la rapportions à sa gloire, et pour qu'elle nous conduise nous-mème à lui : et c'est d'après cette appréciation qu'elle règle l'usage qu'elle en fait.

Ces trois dons du Saint-Esprit, don d'intelligence, don

(I) Exereitia spiritaalia S. Ignntii. Considéralion sur le fondement •et le principe. CoiitemplaUon de l'amour divin.

I HU'IIIIK V. — f.ES DONS Dl' SAINT-F.>('liI T 20^

<le sagesse cl don tle science, appellent un (luatrième don, celui de conseil. Kn elTet, il ne suffit ni de connaître la vérité ni de juger sainement des créatures et de Dieu ; il faut encore appliquer ces lumières aux cas particuliers <lont se compose le tissu de la vie spirituelle. C'est l'œuvre propre de la vertu de prudence. Mais comme la prudence surnaturelle est courte elle-même par bien des endroits, elle a souvent besoin que le Saint-Ksprit l'cclaire d'une lumière spéciale, et nous montre ce que nous devons faire dans le temps, le lieu, les circonstances où nous sommes. Kt c'est à quoi se rapporte le don de conseil.

Les dons du Saint-Esprit ne nous sont pas moins nécessaires pour le perfectionnement de notre volonté. Aussi, Dieu nous les a-t-il si largement dispensés, qu'ils s'étendent à toute la matière des vertus morales.

F*ar le don de piéli- l'Esprit-Saint nous fait concevoir pour Dieu cette affection filiale, et ces sentiments de tendresse, de confiance, de dévouement et d'abandon que des enfants doivent nourrir pour le meilleur des pères. Mais, parce que ce père est aussi noire Dieu, de là vient que le don de piété porte l'âme à lui rendre un culte où le respect le plus profond se mêle aux effusions de l'amour. Et ce respect amoureux il le porte dans une juste mesure à tout ce qui touche Dieu : aux saints, aux divines Écritures, ii tous les hommes, pour autant qu'ils sont de Dieu et à Dieu. Ainsi le don de piété complète la vertu de religion, puisqu'il se rapporte à Dieu non pas seulement comme créateur et souverain maître, mais comme père ; il complète la vertu de justice, parce qu'il y joint cette disposition respectueuse et bienveillante que réclame pour tous l'honneur (ju'ils ont d'appartenir à Dieu, le commun père de la famille humaine.

Le don de piété nous perfectionne dans nos rapports M»it ..v.r fiiii! vi.ii ly.M- |.. prochain f "^ H<mix autres

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dons perfecliolincnt notre volonté dans nos devoirs envers nous-niènie. 11 y a pour la conservation de notre vie surnaturelle et son libre épanouissement un double obstacle i\ vaincre : d'un côté, Tapprébension des dillicultés, de l'efiort, des fatigues et des périls inia;,Mnaires ou réels ; de l'autre, les assauts de la concupiscence et le charme des jouissances déréglées. C'est contre ces deux ennemis que le Saint-Esprit arme nos volontés par le don de force et par celui de crainte de Dieu.

Par le don de force, l'âme appuyée sur le Saint-Esprit, alfronte avec une confiance inébranlable les travaux, les supplices, la mort même, quand la gloire de Dieu le réclame. Par celui de crainte, la volonté résiste aux entraînements de la chair et des sens : elle résiste, dis-je, moins en esclave qui redoute les jugements de Dieu, qu'en fils aimant et respectueux qui ne veut pas otfenser son père, ni lui causerie moindre déplaisir. Je ne m'étendrai pas davantage sur le caractère parliculier de ces dons : on pourra l'étudier plus en détail soit dans les ouvrages du docteur Angélique (1), soit chez les auteurs ascétiques qui' traitent de ces matières (2).

5. — Afin d'écarter toute équivoque dans une question si délicate, je rappellerai deux ou trois observations importantes. La première porte sur le rapport des dons

(1) S. Thomas parle dn don d'intelligence après avnir Irallc de la foi, du tlon de crainte à la suite de la vertu d'espérance... rallacliant sticcessi vendent chacun d<'s dons anx vertns qu'ils perfectionnent et complètent.

(2) Parmi les auteurs ascétiques je signalerai le P. Saint-Jnre (L'Homme spirituel, i" p.. c. 3. s. 16). le \i. P. Meynard O. P. (Traité de la vie intérieure, L, II, c 7), mais surtout le I*. Louis LhI- Icniand, S. J., dans l'ouvrage trop peu connu qui porte pour litre Doctrine «ptri/u^/te. Personne peut-être n'a plus nellemcnt que lui développe celte difUrile matière. Doct. spiril., IV' Principe, c. -i et 4.

•:H*i'rrRF. v. — i.ks dons dd saint-ksprit 205

aux vertus. Les dons, comme je l'ai fait remarquer, ne remplacent pas les vertus ; ils ne leur ôtent pas leur utilité. Leur rôle, c'est de les aider et de les compléter : in adjutoriuni oirtutis, dit .S. Grégoire-le-Grand. Ainsi le maître ne supplée pas à l'intelligence du disciple : il la dirige, il l'excite, il l'active. C'est un secours pour elle, mais ce n'est pas une force qui puisse en tenir lieu. Et, pour revenir sur une comparaison déjà faite, ces dons sont a l'âme, enrichie de vertus infuses, ce que serait à un vaisseau, déjà muni d'une force motrice ordinaire, une puissante voilure qu'enfleraient des souilles propices.

La seconde observation, c'est que les dons, à la différence des vertus, ne peuvent avoir d'influence sur nos opérations surnaturelles que par l'actuelle impulsion du Saint-Lsprit. Il ne leur appartient pas de nous mouvoir, mais de nous disposer à recevoir docilement les motions divines. Pour qu'ils éclairent nos intelligences elles inondent d'une céleste lumière, pour qu'ils soulèvent nos volontés et les portent aux actes les plus parfaits de la vie des enfants d'adoption, il faut que le divin soleil darde sur l'àme ses rayons et ses feux.

Pourquoi tant de chrétiens, de ceux-là même qui conservent en eux avec la grâce sanctifiante les vertus infuses et les dons, toujours liés à l'état de grâce, demeurentils si faibles, si lâches, si ignorants ou si oublieux des choses du ciel, en un mot, si dépourvus de saintes pensées et de généreuses résolutions ? C'est que leur dissipation habituelle, leur insouciance pour les fautes moins graves, leur inuiiortification et leur tiédeur, font obstacle a l'action du .Suint-Ksprit ; c'est aussi que l'âme enlacée de tant de liens, se livre trop rarement aux brises divines, quand il plaît au Saint-Ksprit de les faire souHler sur elle, malgré son indignité. Hcoutons donc l'apôtre nous prémunir contre ce double malheur. « N'éteignez pas le

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Saint-Esprit », t- l'st-a-diif, ne renipêche/ pas (if verser sur vous ses inspirations salutaires (1). « Ne contristez pas non plus le Saint-Esprit », par vos résistances, c'està (lire, ployez-vous aux mouvements qu'il vous imprime (2).

Ma dernière observation portera sur une expression fréquemment employée par nos docteurs en ces matières. Ils parlent iViiistincls divins. Qu'entendent-ils par ces mots ? L'instinct nous rappelle une catégorie d'actes» ayant ce caractère singulier qu'ils sont indépendants de toute éducation préalable, devancent toute réflexion, et naissent comme sjjontanément de la nature. Le règne animal en fournit de merveilleux exemples dans les travaux de l'abeille, de la fourmi, des araignées et des autres insectes. L'homme lui-même a ses opérations instinctives, mais d'autant plus rares, que la raison prend plus d'empire, et que la liberté préside davantage au gouvernement de la vie.

Or les impulsions de l'Esprit de Dieu, qu'elles atteignent l'intelligence ou la volonté, ne sont pas des produits de notre activité libre; elles la précèdent. Les actes par lesquels elles se traduisent sont en nous sans nous» in nobis sine nobis, suivant l'heureuse expression de S. Augustin. Ils sont donc analogues aux opérations instinctives ; d'autant plus que la nature seule ne peut en rendre compte. Et, quand nous suivons docilement, grâce aux dons de l'Esprit de Dieu, le mouvement qui nous est imprimé, nos opérations vertueuses peuvent retenir encore quelque chose d'instinctif. Car, bien qu'elles doivent être libres pour constituer des œuvres méritoires, il y a souvent en elles un cachet de spontanéité qui les

(1) I Thess., V, 19.

(2) Ephes., IV, 30.

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