‹ La grace et la gloireChapitre 35 sur 80 · DE L'HABITATION SINGULIÈRE DE DIEU DANS LAME DE SES ENFANTS ADOPTIFS · texte numérisé non relu

DE L'HABITATION SINGULIÈRE DE DIEU DANS LAME DE SES ENFANTS ADOPTIFS

LE FAIT ET LA NATURE DE CETTE HABI- TATION LA GRACE INCRÉÉE, SECOND PRINCIPE DE L ADOPTION DIVINE.

<iH*' f ri «ilUIlIK. — TUMK I. 11^

ru VPTTrîPiPREMIER

De la présence commune de Dieu dans toute créature et toute étendne. Comment faut-il l'entendre ?

1. — Nous avons entendu le j,'rand Aréopagite enseigner dans un texte célèbre que la déification, cette }4loire des enfants de Dieu poursuivie par la hiérarchie sacrée, renferme deux éléments : « l'assimilation et l'union la plus parfaite possible avec Dieu » (1). Jusqu'ici nous n'avons guère parlé que du premier, c'est-à-dire de la participation créée de la nature divine qui, nous formant à TimaRe de Dieu, nous fait par là même ses enfants d'adoption. Il nous, faut maintenant, dans la mesure de notre faiblesse, expliquer en balbutiant l'union inelTable qui rattache toute âme régénérée des lils adoptifs à la sainte et adorable Trinité.

Pour mettre de l'ordre et de la clarté dans une question si profonde et si complexe, nous traiterons d'abord de l'union commune avec toute la Trinité, Père, Fils et Saint-Ksprit ; puis nous étudierons en détail ce qu'il y a de particulier dans les rapports avec chacune de ces divines personnes. Mais, parce que les choses de la nature sont un redet des merveilles de la grâce, il m'a paru nécessaire, avant d'aborder directement notre sujet, de rappeler sommairement quelle est l'union plus universelle du Oénleur avec chacune de ses créatures.

I li T.^j'ti '-i;'./ f|'j.(.iv .1 -'.|i.', ' < ivi.j-:'.;. Hier Kccl., c.

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Or la philosophie, d'accord avec la Ihéoloj^ie catholique, nous apprend que Dieu, opérant en toutes choses, est nécessairement en toutes choses, et que toutes choses sont en lui.

Tout est en Dieu. Il a créé le ciel et la terre et tout ce qu'ils renferment ; et c'est pourquoi Dieu peut avec assurance poser cette question : « Si un homme se cache dans les ténèbres, ne le vcrrai-je pas ?... I-^sl-co que je ne remplis pas le ciel et la terre » (1) ?

Nos docteurs, ])our exprimer celte existence de Dieu dans tous les êtres qu'il a créés, enseignent qu'il est partout, par puissance, par essence et par présence. Méditons avec eux ces quelques paroles, et rapprochons-les des aflirmations scripturaires.

Il est partout par puissance. Rien n'existe, ni ne se conserve, ni ne se fait que par lui seul ou par sa coopération. Qu'il refuse un instant son concours aux causes secondes, et c'est du même coup l'universelle torpeur : plus de mouvement, plus de vie, plus d'actions. Qu'il retire la main par laquelle il soutient l'universalité des êtres, c'est leur anéantissement total. Car il ne faut pas s'imaj^iner qu'il en est de la cause première comme des causes dépendantes et créées. Un tableau ne se fait pas sans le travail et le pinceau du peintre ; mais, une fois l'œuvre d'art achevée, peu importe la présence de l'artiste. Qu'il s'éloigne ou qu'il reste, qu'il vive ou qu'il meure, son œuvre subsiste, parce qu'elle ne dépend pas de lui dans son être. Toui autre est l'influence de l'artiste souverain : nécessaire pour que l'œuvre s'exécute, elle ne l'est pas moins pour qu'elle demeure : car son effet à lui, c'est l'être même des choses. L'être, ai-je dit : non pas tel ou tel être, mais tout l'être qui n'est pas l'Être

(!) Gen., I. 1 ; Jcrcm., XXIII, J4.

iMM'iiiiK I. — I \ riiKSKM:;-. kiimml.nk uk diki 213

divin, l'hêtre par essence ; de quelque nom qu'on l'appelle, sous quelque f.nni.' (ju'il se présente : accident, raodalité, substance

Il est en tout et partout par essence Puiscjue sa puissance et son opération sont à la base de tout, il faut bien que son essence y soit aussi : car en lui, puissance, opération, essence, c'est tout un. L'homme peut agir à distance, parce qu'il a des moyens de transporter en quelque sorte son influence, sans qu'il s'unisse par lui-même au sujet qui la reçoit. Mais vous, ô mon Dieu, vous n'avez pas cette faculté que je trouve en votre créature ; et cela même est la preuve de votre incomparable pouvoir. A qui donc pourriez-vous confier le rôle de transmettre une action qui ne peut venir que de vous ? Et puis, ne faudrait-il pas que votre puissance accompagnât la cause qui servirait d'intermédiaire entre vous et vos effets, puisqu'elle n'aurait elle-même d'être et de pouvoir que ce qu'elle en recevrait à chaque instant de vous ? Et si votre puissance l'accompagne et la porte, votre essence est donc là, puisque votre puissance est vous-même.

L'avons-nous bien compris ? Dieu lui-même présent partout où s'exerce sa puissance : présent tout entier, avec tous ses attributs, toutes ses perfections ; avec son unité de nature et sa trinité de personnes : car, encore une fois, toutes ces choses en lui sont une seule et même chose. Il est donc dans mon corps ; il est dans mon àme; il est dans mes facultés, et jusque dans la moindre (le mes opérations ; plus en moi, que je n'y suis moimême. Car moi, je ne suis tout entier ni dans mon corps, ni dans ma substance spirituelle, beaucoup moins dans chacun de mes actes. Tout entier en moi ; il est tout entier hors de moi ; puisque sa présence n'a d'autres bornes que celles (|u'il se donne lui-même en limitant le champ de ses créations et de son opération.

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Ajouterons-nous qu'il est immense ? « Immense le Père» immense le Fils, immense le Saint-Esprit », chante l'Kj^lise dans le symbole de S. Athanase. Non pas certes (fu'il faille, comme quelques-uns l'ont faussement cru, se représenter |)ar l'iniaf^ination de purs espaces qui s'étendraient à l'inlini par delà tous les mondes, et que Dieu seul remplirait de sa présence... chimère indigne d'un penseur ; fantôme créé de toutes pièces par une ingénieuse mais aveugle fiction. Aussi les Pères, dans leurs considérations sur l'immensité divine, n'ont-ils jamais rien écrit de semblable. Si vous leur demandez où pouvait bien être Dieu, avant que sa bonté toute puissante eût créé le monde, ils ne vous répondront pas qu'il était partout, dans les espaces imaginaires. Ecoutez-les plutôt : « Avant tout, Dieu était pour lui-mèrae monde, lieu et tout » (1). Inutile de chercher où Dieu était avant de créer le monde. Il n'y avait que lui, et par conséquent il était en lui-même » (2), « Quelqu'un dira : Avant que Dieu ne fît les saints, où habitait-il ? Dieu habitait en luimême et chez lui » (3).

Et pourtant. Dieu était immense, quoiqu'il ne fût alors qu'en lui-même, conmie il est immense aujourd'hui, bien que le monde dans lequel il déploie son immensité, soit nécessairement circonscrit dans son étendue. C'est ce qu'il est aisé de concevoir, pour peu qu'on se rappelle la raison fondamentale de la présence de Dieu dans sa créature. Il y est comme la cau.se de l'être, et des êtres, les^ portant par la toute-puissance de sa parole (4). Or, parce que cette puissance ne connaît pas de limites parce

(I) Terliill., c. l'rax.. c. 5.

(i) Hcrnard., de Consi.)., l. V, c. 6, n \-\.

(3) S. AiiRust.. Enarr.. in ps. CXMI. 1.

(4) Ilebr., I, 3.

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qu'elle peut créer à rintini de nouvelles terres et de nouveaux cieux, il s'ensuit manifestement qu'elle n'est circonscrite dans aucun espace, et que, sans éprouver aucun changement en elle-même, elle serait présente en d'autres espaces toujours plus grands, s'il lui plaisait d'appeler d'autres mondes ù l'existence. Et c'est là ce que nous voulons exprimer, quand nous parlons de l'immensitc divine. Dieu donc, bien qu'il ne fût qu'en luimême, avant qu'il sortit de son éternel repos pour se faire des créatures, était pourtant immense : car il avait la toute puissante vertu qui dans son immuable activité peut s'étendre aussi loin que tout espace imaginable, et toute étendue possible.

Voilà, je crois, le fondement solide sur lequel il faut asseoir l'explication de l'existence substantielle de Dieu dans l'universalité des créatures : son influence créatrice et conservatrice au fond de tout être qui n'est pas l'Ktre incréé. Les saintes Lettres ne nous en signalent aucun autre. « Où irai-je, s'écrie le Psalmiste, où irai-je pour me dérober à votre esprit'? où m'enfuirai-je de devant votre face? si je monte au ciel, vous y êtes ; si je descends aux enfers, je vous y trouve présent. Si, dès l'aurore, prenant mes ailes, je m'envole aux extrémités du monde, c'est votre raain qui m'y conduira, votre droite qui me tiendra » (1).

Ceux-là donc méconnaîtraient le caractère sublime de l'omni-présence de Dieu, qui verraient seulement en elle je ne sais quel rapport de coexistence avec l'espace et le lieu. Loin de nous ces idées mesquines : car elles nous feraient oublier que cette présence est souverainement universelle, parce qu'elle est souverainement active, et qu'elle pénétre le monde des esprits tout aussi bien que

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-Ut LIVRK IV. — GRACB INCRKKK. — DIKU EN NOL'8

le monde des corps. C'est ce qu'avait bien compris S. Ignace de Loyola, quand il écrivait dans la belle contemplation par où il ferme ses Exercices spirituels : « Dans le second point, je considérerai Dieu présent dans toutes les créatures. II est dans les éléments, leur donnant l'être ; dans les plantes, leur donnant la vie végétative ; dans les animaux, leur donnant en plus la sensibilité ; dans les hommes, leur donnant encore la vie de l'intelligence. Kt moi, l'un d'eux, j'ai reçu de lui l'être, la vie, le sentir, le penser ; il a fait de moi son temple, puisque je suis créé à l'image et ù la ressemblance de sa divine majesté » (1).

Ajoutons enfin que Dieu est en tout et partout par présence. Tel est le troisième point de vue, sous lequel la théologie scolastique a coutume de considérer la vivante existence de Dieu dans son domaine. Ce qu'elle veut signilier par cette formule, c'est que rien ne peut échapper à la connaissance de Dieu, comme rien néchappe à sa puissance. Dieu n'est pas le souverain que les amis de Job faisaient calomnieusement imaginer à ce patriarche, vivant au milieu des nuages ou se promenant entre les pôles, et ne voyant ce que nous faisons qu'au travers des brouillards (2). Puisque tout est de lui ; puisqu'il est en toutes choses, il faut aussi que tout soit à nu devant ses yeux. Notre regard à nous ne peut atteindre au fond des choses qu'en partant de l'extérieur ; nous sommes en dehors d'elles. L'œil de Dieu va directement aux dernières profondeurs, parce qu'il est Dieu lui-même, et que Dieu qui soutient tout ne peut être absent de rien.

C'est là ce qui nous est enseigné par les Écritures, quand

(1) Exercices spirituels. Contemplation pour obtenir en soi l'amour 4ivin. Cf. S. Thom. Qiiodl. XI, a. I in corp.

(2) Job, XXII, 13, 14.

CllAPITHK r. l.\ rmsKNCK CO&IMUNE I)K iUKL ■2\'é

elles nous montrent « l'Esprit de la sagesse sondant les reins du médisant, scriilant son cœur, prêtant l'oreille ù sa langue. Car l'Esprit du Seigneur remplit l'univers, et lui qui vonlient tout, entend aussi toute voix. C'est pourquoi l'homme qui commet l'iniquité, ne peut rester caché * (1). Ce texte est bien remarquable : car il montre clairement à qui le médite, la triple manière suivant laquelle Dieu est dans toute créature.

Le psaume 138^ dont nous citions tout à l'heure un extrait, n'est pas moins explicite sur ce point que le livre de la Sagesse. J'ai déjà fait remarquer comment il rattache l'existence substantielle de Dieu, dans l'universalité des êtres, à l'opération toute puissante qui leur «lonne l'existence et la leur conserve. Lisons la suite du psaume, et nous y trouverons magnifiquement décrit l'enchaînement entre la puissance agissante et cette présence qui met toute créature à découvert sous le regard divin, o Et j'ai dit : peut-être que les ténèbres me couvriront ; mais... pour vous la nuit est brillante comme le jour, et les ombres sont comme la lumière. Car vous avez formé mes reins ; vous m'avez reçu (2) dès le sein de ma mère... Mes os ne vous sont pas cachés à vous qui les avez faits dans le secret » (3).

Et de môme que Dieu est en toutes choses, toutes rii — s sont en lui : toutes choses, dis-je, sans aucune extej.lit-n ; un être qui ne serait nullement en lui, ne serait pas. C'est la vérité que S. Paul prêchait dans l'Aréopage aux Athéniens étonnés : « Dieu n'est pas loin de chacun de nous : car <-'est en lui que nous avons la vie, le moulin . 4...I.I.-. :>^ iulaUir ol liiif(.ia- ....Jitor... Quoiiiam rf|>lt'\i( ^ri>-'fii... contiiict nmnia *. Sap.. I, fi, 7. Il l>r. lUi6. façoiinii.

Im . CXWVIII, MIS.

218 LIVUE IV. — GHACE INCIlÉKK. — DIKU KN NOCS

veraent et l'être » (1). Il n'a fait ici mention que des hommes. Voici qui n'excepte rien : « De lui, et par lui, et en lui sont toutes choses » (2). Et ailleurs encore, parlant du Fils premier né de Dieu : « Par lui, dit-il, ont été créées toutes choses dans les cieux et sur la terre ; tout a été créé par lui et pour lui, et lui-même est avant tous, et tout subsiste en lui » (3). « O très grand, o souverain procréateur des êtres visibles et invisibles... Vous êtes la première cause, le lieu et l'espace des chosc^, le fondement de tout ce qui est ; infini, incnéé, immortel » (4).

C'est la voix des Pères comme celle de nos saints Livres. L'auteur des Noms divins s'en est fait le sublime interprète, quand il nomme Dieu « la forteresse et le domicile (jui contient tout ». « Il est le Pantocrate, c'està-dire, celui qui soutient tout, parce qu'il est le fond souverainement solide de tous les êtres... Il les a tirés de luimême comme d'une source éminemment féconde ; il les rappelle à lui comme vers un abime absolument irrésistible ; il les reçoit comme une demeure infiniment vaste, et les enveloppe en les recevant d'une étreinte immensément puissante » (5). Ce texte si grand dans son allure qu'il est j)resque intraduisible, nous indique en quel sens il faut prendre cette universelle compréhension des choses en Dieu. Dieu n'est pas dans les créatures comme une partie d'elles-mêmes ; elles ne sont pas en lui comme un attribut, une perfection, un développement quelconque de son être infiniment simple, infiniment immuable. A bien regarder au fond des choses, ce qui fait que Dieu est en tout, fait aussi que tout est en Dieu. Dans l'une et

(1) Ad.. XVil, 27-28.

(2) Rom.. XI. 36.

(3) Col., I, IC-IT.

(4) Arnob.. Adv. Cent., L. I. u. 3.

(5) Dionys An. De divin. Nom. c. 10, $ I. P. Gr, t. 3. p. 936.

CHAi'irRK I. — L\ PRéSENCE COMMUNS DE DIBl' ^11>

l'autre formule je trouve, à des points de vue différents, l'expression de la même vérité fondamentale : Dieu cause souverainement eflicace et souverainement immédiate de tout être en dehors de lui. Omnia in ipso constant : car « il porte toutes choses par la toute puissance de sa parole » (1).

3. — Comme ces notions préliminaires sont de grantie importance pour mieux comprendre ce qu'est l'habitation surnaturelle de Dieu dans les fils d'adoption, empruntons encore quelques explications h la philosophie chrétienne.

La substance corporelle, à raison de ses dimensions et de sa quantité, est nécessairement en rapport avec l'espace et les lieux où elle a sa place déterminée : relation tellement intime qu'il n'y a ni espace sans corps, ni corps sans espace. La substance spirituelle, au contraire, n'ayant, par cela même quelle est esprit, ni étendue ni surfaces, est par sa nature indépendante de toute position <lans un lieu quelconque, et de toute relation de distance ou de voisinage avec les êtres matériels. D'où résulte une conséquence bien remarquable. C'est que l'axiome suivant lequel il faut être quelque part avant dy agir, est vrai des causes matérielles dont l'action présui>pose le contact, mais ne peut l'être des causes immatérielles, parce que celles-ci n'entrent en rapport avec retendue que dépendamment de leurs opérations et de leur influence (2).

Il) H«br , I. 3.

rj) • Diccndiim quoij e«se In U«o diver»linode coiiipetit »pirilil.ii*

• t curi>oribu* : quia corpu» ett in aliquo iil conlenluiu, oicul vinuni in >°a«o ; Md «ubRUnlia »piriluali» eat in aliquo ul contimn» «•( con«crTaDa. Cujus ralio i*!. quia aubalantla cor|K>ralt» per

• «'^cnliain suam qur rircuniliniilata c»! quanlitalis termini». deloriiiinala c»l ail loonif '• •■ ' - ..r....,.,.. „. »,ri,,» ,>i <,|,^ri»i!'^ ■••m- i" l-»-»

2â0 I.IVIIE IV, — GRACE INCRKKE. — DIEU KN NOUS

Lors donc qu'on demande si Dieu est en tous lieux, la réponse sera difTérente suivant la diversité du sens que peut renfermer la question. Kllc sera négative, si l'on entend par les termes « être dans un lieu » l'occuper à la manière des substances corporelles. Tout au plus pourrez-vous dire, suivant la remarque de S. Thomas, « qu'il est en tous lieux métaphoriquement, parce qu'il les remplit non pas avec ses dimensions propres, mais par la quantité de ses efTets ». Elle serait, au contraire, aflîrmative, si les mêmes termes signifiaient pour vous le mode de présence qui convient aux esprits : car c'est dans un sens très propre que, donnant à tous les lieux et leur être et leur propriété de contenir les corps, Dieu par là même les enveloppe et les pénètre de sa présence (1).

Albert-le-Grand n'était pas d'un autre avis que son glorieux disciple. Etudiant comme lui ce qu'est la présence de Dieu dans le monde des corps, il fait cette observation pleine de justesse : « Autre chose est d'être localement (localiter) en un lieu, autre chose est d'être dans le même lieu causalement (causaliter, par manière de cause). Être dans un lieu suivant le premier mode, c'est être ou, du moins, pouvoir être contenu, délimité, circonscrit par une surface extérieure ; être dans un lieu suivant l'autre mode, c'est produire et conserver et le lieu et ce qui est dans le lieu... En disant donc que Dieu est ici ou là, nous voulons dire qu'il est en rapport avec tel ou tel lieu, non pas à la manière du lieu, mais selon le mode

est. Sed spiritualis siibslanlia qiiic omnino alisoliita est a silii et quanlitale, lialiet ossenliam non omnino circiimlimil.itani loco. Unde non est in loco iiisi per operationem, et per con-îf^qnens virtiis et esscntia ejns in loco est ». S. Tliom., I, l). .37, q. i, a. I in corp. (1)S. Thom., I. D. -M. q. 2. a. 1.

CH A TITRE I. — I.A PItésENCB COMIIL'NB DK DIKU 2'2\

de cause » (1). Et voih\ pourquoi l'axiome que je rapportais tout à l'heure, doit être renverse, quand nous parlons des purs esprits et de Dieu, le pur esprit par excellence.

Le savant docteur, pour donner plus de relief à sa pensée, nous parle de la présence de l'âme dans le corps quelle anime, et de celle des esprits angéliques dans l'espace. « Ce que l'âme est au corps. Dieu ne l'est pas au lieu. L'âme, en effet, se rapporte au corps comme Vacle i\ la puissance, la forme à la matière, et non pas comme une chose localisée se rapporte au lieu dans lequel elle se localise. Si elle entre en rapport avec le lieu, c'est par accident, c'est-à-dire, parce que le corps dont elle est l'acte et la forme, a sa place déterminée dans telle ou telle partie de l'étendue. Mais ce n'est pas de cette manière que Dieu se rapporte au lieu ; car, ainsi que je le disais, il s'y rapporte comme une cause » (2).

Quant à l'ange, totalement dégagé qu'il est de tout principe matériel, il entre en relation soit avec le lieu, soit avec les corps présents dans le même lieu, uniquement en vertu des actes par lesquels il assiste les créatures corporelles et les dirige sous l'empire de Dieu : fc Quod ad hune locum vel illuin refertur hoc est secundum vint et aclum virtuiis assistricis vel administricis » (3). Et, s'il est vrai que plusieurs anges ne peuvent occuper ensemble le même lieu, cela ne vient pas de ce qu'ils le remplissent de leur quantité (comme l'eau fait un vase), mais« parce que leurs opérations ne pourraient sans confusion s'y exercer ù la fols » (-1).

(1) Altwrt. M.. 0pp.. l. X\ III. Tr. XVIII. q. 70. m. 4. • Cum dicitiir Deun in loco e»%c, comparalur ad locum non •ecundiim motlum loci, sed «eciindurn modiim cao^ip ■.

(2) .\UKrt M., ibid.

(3) Id.. ib.. q. li, m. 2.

(i) Id., ibid.

2i'l LIVHB IV. GRACK INCRKKK. — lilKI KN NCIIS

Solide et belle doctrine, en liarinomc pariaitc avec celle <lii docteur Angélique, d'où se dégage le grand principe : bieu sera d'autant plus intimement dans une créature ; il y demeurera d'autant plus constamment que ses effets y seront plus intimes, plus permanents de leur nature et j)lus relevés (1).

(I) Est-il besoin Je Taire remarquer, en finissant, qu'on ne doit pas se représenter la présence des esprits dans les corps et dans l'espace à l'image de celle d'un point sans dimensions Autre, en effet, est l'indivisibilité du point matériel, autre l'indivisibilité d'un esprit. Le point, tout indivisible qu'on le suppose, appartient de sa nature à l'étendue, dans laquelle il a sa position déterminée. L'esprit, au contraire, échappe à toute idée d'espace et d'étendue. Enlevez l'un et l'autre, il n'y a plus de point concevable : tandis que l'existence et la nature des esprits ne tient en auciin(> manière à ces conditions .raatérielles.

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