JH I.IVIIE IV. — (.Um:K I.Nt llKtl . — DIKI K.N Nol
quil fait son bienlieurciix temple, en les arrachant de la puissance des ténèbres, et les transférant dans le royaume du Fils de sa charité : ce qui commence à ia régénération... Or, quand vous pensez à l'habitation de Dieu, pensez à l'unité, pensez à l'assemblée des saints, à celle-Iù surtout qui est au ciel ; car c'est au ciel principalement (ju'il habite, puisque c'est au ciel que répond à sa volonté la parfaite obéissance de ceux dans lestjuels il habite. Mais sur la terre elle-même il a sa demeure qu'il bAtit dans le temps, pour en faire la pleine dédicace à la fin des siècles « (1).
2. — Je commence à comprendre maintenant que Dieu Jouisse tout à la fois être et n'être pas dans le même homme ; s'en éloigner quand il y reste, y venir quand il y était déjà : car il y a la pré.sence commune, et cette présence singulière en vertu de laquelle il habite dans une âme, conmie dans sa demeure propre et son ciel, comme en un temple à lui consacré.
Aibert-le-(irand, dans l'un des textes que je citais, à la fin du précédent chapitre, se demande si l'on peut absolument et sans explication dire de Dieu qu'il est dans le démon. Non, répond-il, parce que. le mot « démon » signifie la malice diabolique qui n'est pas l'œuvre de Dieii. « Mais quand même on accorderait qu'il est en celui que sa malice a fait démon (parce qu'il y conserve la nature et les biens delà nature), on ne doit nullement concéder que l'Esprit-Saint est en lui, quoique l'Esprit- Saint soit Dieu. Car l'Esprit-Saint, en tant qu'il est Esprit- Saint, est présent par ses inspirations et la sanctification ; or, de cette manière, il n'est ni dans le démon ni dans les pervers ». D'ailleurs, l'habitation dit plus que la simple présence : car elle renferme dans son concept la com-
(I) S. Ang., Epi-il. 187 ad Dar.laînim. n. 41.
CHAPITItE II. — PHKSE>CC SfECIALK DANS LKS JUSTES 2ii
TDunauté datTection et de famille : tellement que pour être l'habitation de Dieu on doit être de la famille de Dieu, lenfant de Dieu (1). C'est la pensée de S. Augustin sous une forme moins élégante et plus didaetique.
Or, les mêmes textes nous montrent aussi dans quel sens l'Écriture, d'une part, semble nier que Dieu soit dans le pécheur par puissance et par présence, et, d'autre part, aflirmer que les yeux du Seigneur s'arrêtent sur les justes (2), et que sa main les protège, les soutient et les porte (3). Ce qui est signifié par ces expressions et d'autres semblables, ce n'est pas l'abandon des pécheurs, mais la complaisance singulière du cœur de Dieu pour ses fils.
Ht cette présence de choix est de telle nature que Dieu ne demeure pas en nous, sans que nous demeurions en Dieu. I/apôtre S. Jean, le disciple de l'amour, ne se lasse pas de le répéter : « Mes bien aimés... si nous nous aimons mutuellement. Dieu demeure en nous, et la charité en nous est parfaite. Ce qui nous fait connaître que nous denu-nrons en lui et lui en nous, c'est qu'il nous a rendus participants de son Esprit... Dieu est charité, et quiconque demeure dans la charité, demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui » (4).
Ce (ju'il écrivait à ses frères, il l'avait appris de la bouche même du Maître, à ce moment suprême où, près de s'inunoler, celui-ci découvrait à ses apôtres, comme à ses plus intimes amis, les secrets jusque-là renfermés dans son cœur. C'était après la dernière cène, et Jésus «lisait : « Celui qui m'aime. obser%era ma doctrine et il sera aimé de mon Père, et nous viendrons h lui, et nous ferons en lui notre denjeure » (5). Trois versets plus haut
(llAlUrl , M., l. Wll, Tf XVm.«i Tl (21 pMlm . WXIII. (li.
( i) PmIiii.. \C. 14 Hl .4) lJo«ii.. IV. 12 Kl
yjS) jotii.. XIV. a.
Î:Î8 I.IVItF. IV. — GRACE INCRIÎKE, — DIKU KN NOUS
aous avions déjà lu dans le même Kvangile : « En ce jour-lvi, quand le monde ne me verra plus, vous connaîtreic que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et que je suis en vous » (1).
Notons, en passant, que cette habitation reiii)r()(jue est ici le privilège de l'amour de Dieu, et là, de l'amour du prochain. Pourquoi s'en étonner puisque ces deux amours s'appellent l'un l'autre, et que dans leur substance ils sont tout un ? Car, écrit encore l'apôtre : « Si quelqu'un dit : J'aime Dieu et qu'il haïsse son frère, c'est un menteur » (2). Et la charité elle-même ne va pas sans la grâce qui nous fait enfants de Dieu, suivant cette belle fornmle de S. Thomas : « La charité est une vertu de l'homme, non pas en tant qu'il est homme, mais en tant que par la participation de la grâce il est devenu dieu » (3). Notre-. Seigneur avait dit encore, en parlant de l'Eucharistie qu'il devait instituer plus tard : « Qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi, et moi je demeure en lui » (4).
Dans les textes que j'ai rapj)ortés jusqu'ici, le Père seul et le Fils sont explicitement nommés. Mais n'allons pas croire que le Saint-Esprit puisse être absent des âmes où le Père et son Verbe ont établi leur sanctuaire.
A défaut d'autorités expresses, la nature même de Dieu nous le défendrait ; cette nature tellement identique dans les trois personnes, qu'elles sont inséparables, et que l'une est essentiellement dans l'autre. D'ailleurs, c'est un principe universellement reçu par les Pères que tout est commun dans la Trinité, sauf toutefois ce qui faitlecarac-
(1) Joaii..\lV. -.1.
(2) 1 Joan., M, 20.
13) « Cliaritas non est virtus hominis ut est liomo, sed in qiiaiiluni per parlii-i|idticnem gratiae fit deus ». Q. un , de Cliarit., a. 2, ad 3. (4) Joan., VI, 57.
r.HAl'IIUli II. l'UKSENCK M'KCIALK UAN> I.H> JLSIES 229
tère pri)prcà chaque personne. Voilà pourquoi S. Paul, en disant du Père qu'il est le seul ininiortcl, n'exclut de l'immortalité divine ni le Fils ni le Saint-Esprit, parce que l'immortalité ne convient pas au Père en vertu de sa propriété personnelle et parce qu'il est Père, mais en vertu de sa nature et parce qu'il est Dieu. Puis donc que la jîràce fait de nous les temples de Dieu, dire que le Père ou le Fils est en nous, c'est afiirmer équivalemment que la sainte adorable Trinité tout entière, Père, Fils et Saint- Ksprit, réside en nos âmes.
C'est là ce que remarquait S. Jean Chrysostome, à propos de ces paroles de S. Paul, dans l'épître aux Romains: « Si quelqu'un n'a pas VEspril du Christ, celui-là n'est pas à lui. Mais si le Christ est en vous, quoique le corps soit mort à cause du péché, l'esprit est vivant à cause de la justification » (1). « Ce (ju'il disait, continue le très docte interprète, non pas qu'il voulût donner le nom de Christ au Saint-Esprit, mais pour montrer que qui possède le Saint-Esprit, possède le Christ lui-même. En effet, il est impossible que le Saint-Esprit soit présent, sans (pie le Christ le soit avec lui : car où il y a une personne de la Trinité, là même est la Trinité tout entière » (2).
Du reste, les témoignages qui nous parlent en termes formels de Thabitation du Saint-ICs|)rit dans le c(vur des justes, se rencontrent en maint endroit de l'Ecriture ; tellement clairs et si fréquemment répétés que, au jugement de théologiens fort graves, le Saint-Esprit semble avoir, dans cette communauté de pré.scnce. un je ne sais quoi de personnel et de propre à lui seul. Plus tard nous examinerons ce qu'il faut i)enser fie cette opinion ; rappelons seulement ici quelques-uns des textes scripturaires sur lesquels on a cru pouvoir l'appuyer.
M| Rom.. VIII. 0 10
(2| S. J. Cliry»oil.. Iiom. 13 in h I I' '-r i su ,. .Is -i
230 LIVHB IV. — GltAUK INCItKÉK. — Ullif KN NOUS
D'après l'enseignement de l'apôtre S. Paul, le Saint-Esprit habite en nous comme le dispensateur de la charité (1); il habite en nous, pour nous faire garder le bon dépôt (2) ; il habite dans nos membres comme en son temple, et dans son absolu domaine (3) ; il habite en nous comme en un sanctuaire sacré qu'on ne peut violer, sans s'exposer à toutes les colères divines (4) ; il habite en nous comme le gage et les arrhes de la gloire qui nous est promise (5); il habite en nous comme le principe de notre résurrection future (6). Knfin, ce qui nous ramène à l'idée fondamentale de toutes ces vérités et de tout cet ouvrage. Dieu, parce que nous sommes ses enfants, l'envoie dans nos coeurs comme l'Esprit d'adoption en qui nous crions, Père, Père ; comme l'Esprit de son Fils qui rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu ; comme le principe qui nous fait vivre, agir et prier d'une manière conforme à l'excellence de notre dignité nouvelle (7).
Glorieux j)rivilège, grAce sans pareille que le Sauveur, la veille même de la Passion, promettait aux apôtres consternés. « Si vous m'aimez, leur disait-il, gardez mes commandements ; et je prierai mon Père, et il vous donnera l'autre Paraclet, pour qu'il demeure éternellement avec vous, l'Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir, parce qu'il ne le voit, ni ne le connaît. Mais vous, vous le connaîtrez, parce qu'il demeurera avec vous et qu'il sera en vous (8). »
(I) IU.m.. V. -).
|2) Il Tim.. I. 14.
13) I Cor., VI. 19.
(4) I Cor.. 111, 16. 17.
(5) II Cor., I. 22 ; V, 5.
(6) Rom.. VIII. 11.
(7) Gai.. IV. 0; Rom., V|1I, 9. 12. 14-10.
(8) Joari.. \IV, 15-18 ; XV, 26 etc.
CHAMTltK II. — PRt>KJ<i:K SPKCIAI.E DANS IF.» JISIK> 2.Î I
Sur quoi S. Auf^ustin s« fait une question, qu'il est utile -tle transcrire avec la réponse, parce quelle complète la doctrine de sa lettre à Dardanus. Voici l'objection qu'il se pose : « Connnent le Seif»neur peut-il dire : Si vous m'aimez, observez mes commandements, et je prierai mon Père, et il vous donnera l'autre Paraclet : puisqu'il parle du Saint-Ksprit qu'il faut avoir pour aimer Dieu et fjarder parfaitement sa loi... Les disciples aimaient déjà. S'ils aimaient, n'était-ce pas dans le Saint-Esprit '? Et pourtant, il leur ordonne de l'aimer «l'abord et de garder ses commandements pour recevoir IKsprit-Saint : cet Esprit sans la possession duquel et l'amour et la parfaite observation des commandements leur seraient imi>ossibles. Comprenons, répond-il, (jue celui-là |)osséde le Saint- Rsprit qui aime et que, le possédant, il mérite de l'avoir da i-t t|ue, le possédant davantage, il aime encore
plt; I ««ment. Donc, les disciples avaient l'Esprit que
leur promettait le .Seigneur ; mais ils ne l'avaient pas comme il le leur promettait. Ils l'avaient, et ils ne l'avaient pas, ne l'ayant pas autant qu'ils le devaient avoir. Ils l'avaient moins, et il devait leur être plus donné. Ils l'avaient dans le secret, cl ils allaient le rece>oir au grand jour : car cela même ajoutait à la j^randeur du don, qu'ils connussent manifestement ce qui leur était donné (1). »
3. — Si jamais les saints Pères ont écrit de magnifiques pages, c'est en célébrant cette habitation intime et permanente de notre grand Dieu dans l'ilme de ses enfants adoptifs. L'n volume entier serait trop peu pour épuiser la matière. « Qu'est-ce, en vérité, que l'âme des saints, flrman<le S. Cyrille d'Alexandrie? L'n vase plein du Sainl-
(H !*. \iifni«t., Tncrt., 74 tn Joa<
232 I.IVKF. IV. — tiHACK INCIIKKK. — DIEU EN NOLs
Ksprit (1). » « Plein de charité, plein de Dieu », dit à son tour S. Auj^uslin (2).
Cette vérité revient constamment dans les exhortations des Pères. Ils s'en servent pour consoler les pauvres et rabaisser Torf^ueil du riche. « Fcoutcz rai)ôtre vous dire : Dieu est charité ; cjui a la charité, Dieu demeure en lui et lui en Dieu. Donc si vous avez la charité, vous avez Dieu. Que peut avoir le riche, s'il n'a pas Dieu ? Et le pauvre, (jue lui manque-t-il, s'il a la charité? Vous imaj^inez-vous peut-être qu'il est riche celui dont le coffre est plein d'or, et que celui-là n'est pas riche dont la conscience est pleine de Dieu ? Non, mes frères, il n'en va pas ainsi : celui en qui Dieu daif,'ne habiter, voilà le vrai riche » (3).
La même vérité se retrouve dans les controverses de nos plus grands docteurs, et dans leurs enseignements doctrinaux. Elle leur est un principe incontestable pour venger la divinité de l'Esprit-Sainl, attaqué par les disciples de Macédonius : « Qu'ils veuillent bien nous dire, ces insensés, comment nous sommes les temples de Dieu, par là même que nous avons le Saint-Esprit, si l'Esprit n'est pas Dieu par nature ? S'il est un pur ouvrage de Dieu, comme nous, pourquoi Dieu veut-il nous détruire comme les profanateurs du temple de Dieu, quand nous souillons le corps en qui l'Esprit fait sa demeure ? » (4). C'est par elle encore qu'ils rendent raison de notre fdialion adoptive. « Si nous n'avions en nous l'Esprit, nous ne serions en aucune manière les enfants de Dieu. Comment donc
|t) « A veritale qtiis non abcrravit. $i vasdicat esse Spirihis Sanclk sanctonim animam. » In Luc, c. XXII. P. Gr., l. 72, p. 004, 905.
(2) « Qui plonns csl caritate, plenus est Deo. » Enarr. in psalu). 98. n. 1.
(3)S. Augnst., serni., 44 de Temp. ; al. 112 de Verbis apost.. n. 1, 2.
(4) S. Cyril! Alex, in .loan.. 1, .3. P. Gr., t. 73. p. 157.
CHAPIIRF. II. — l'MÉSKNCK SI'KCIALE DANS I.KS JUSTKS 233
avons-nous reçu le bienfait de l'adoption, comment sommes-nous participants de la nature divine, si Dieu n'habite pas en nous, si nous ne lui sommes pas étroitement unis par la communion de son Esprit ? Or, assurément nous participons à la substance qui surpasse toute substance, et nous sommes les temples de Dieu » (1).
4. — Tout imprégnés de ces hautes pensées qu'ils avaient reçues des apôtres du Seigneur et des hommes Apostoliques, leurs pères dans la foi, les premiers chrétiens les proclamaient hautement, à la face de leurs juge? et de leurs bourreaux. Elles étaient leur force devant les tribunaux, leur consolation dans les tortures.
« Qui es-tu, mauvais démon, demandait Trajan, au grand martyr de Jésus-Christ, Ignace d'Antioche, pour oser ainsi transgresser mes lois, et pousser les autres à le faire, en courant à leur perte ? Ignace répondit : Que personne n'appelle Théophore un mauvais démon. Les démons fuient les ser\iteurs de Dieu... Avec le Christ, Roi du ciel, je défie leurs embûches. Trajan dit : Ce Théophore quel est-il ? Celui qui porte le Christ dans son cœur, répondit Ignace... Trajan dit : Parles-tu de celui qui a été crucifié sous Ponce-Pilatc ? Ignace répondit : Oui, je parle de celui qui a cloué à la croix le péché avec son auteur, et rais toute la malice démoniaque sous les pieds de ceux qui l'ont dans leur poitrine. Tnijan dit : Tu portes donc en toi le crucifié ? Ignace dit : Oui, sans nul doute ; car il est écrit : j'habiterai en eux ; en eux je ferai ma demeure (2). Trajan dicta la sentence: nous ordonnons que Ignace </«/' se vante de porter en lui le Christ, soit conduit enchainé par des soldats jusqu'à la grande Home, pour y devenir la pâture des bêtes et l'aniusemcnt <iu peuple >• '3i
(1) S. CyrIII. Aie». P. C.r.. l, 74, p. 543.
(2) Il Cor.. VI. 16.
(3) fluîiiard. Aria .Martyr, tinrora Veron», 17:11, p. 14.