‹ La grace et la gloireChapitre 39 sur 80 · U LrvuK IV. — GHACB ix<;uicicE. — difa: en nous · texte numérisé non relu

U LrvuK IV. — GHACB ix<;uicicE. — difa: en nous

S. Ignace était un des Pères apostoliques. C'est la même loi dans le cœur et sur les lèvres des plus simples fidèles. Au président Maxime qui le menace des plus horribles tortures, s'il n'abandonne le culte du Christ, Andronicus répond par ces fières paroles : « Insensé contempteur de Dieu, tu es plein des pensées de Satan. Tu vois mon corps dont le feu n'a déjà fait qu'une plaie, et tu t'imagines que je tremble devant tes menaces... Mais/ai>/i nwi le Christ, et c'est pourquoi je te méprise (1). » « Ni tes caresses ne sauraient m'afTaiblir, ni tes menaces me renverser, répondait à son tour Félicité, conduisant avec elle ses sept fils au martyre : Car je porte en moi l'Flsprit-Saint (jui ne me laissera pas vaincre par le diable. Et voilà ce qui me rend ferme devant toi (2). »

Qui ne connaît le touchant épisode de la passion de sainte Lucie (3) ? Irrité de la hardiesse de ses réponses, le tyran la menaçait de la faire taire en la livrant à la llagellation : « Les paroles ne peuvent manquer aux. serviteurs de Jésus-Christ, réplique aussitôt la Vierge : car le Maître a promis que, lorsqu'ils seraient devant les juges, son Esprit parlerait par leur bouche. L'Espril-Saint est donc en toi? Oui, assurément; ceux qui vivent dans la chasteté et la piété, sont le temple de l'Esprit-Saint. « .\ cette réponse, le juge trop aveugle pour en saisir la haute signification, mais comprenant pourtant que la vierge parlait d'un hôte pur et saint, la menace de la livrer aux derniers outrages, pour que cet Esprit ne demeure plus en elle. La légende du Bréviaire qui raconte le fait, nous apprend aussi par quel miracle Dieu préserva l'honneur de sa chaste servante.

(1) Riiinard, Acta..., 3* An.lronici Confcssio, p. 389, .390.

(2) Riiinard, Acta .... p. 22.

(3) 13 dec. in feslo S. Luciae, lect. .") et (>.

CHAITfRK II. — PKÉseN'Ce SPtCIALK UAN> LKS JCSTKS 235

Après tant et de si manifestes témoignages, on ne saurait, sans une impardonnable témérité, prétendre que le don de la grâce est tout entier dans la réalité créée que nous appelons grâce sanctifiante, et mettre l'habitation singulière de Dieu dans les âmes au rang des pieuses métaphores.

6. — J'en appelle à tous les grands théologiens sans en excepter un seul (1). Voici ce que Suarez, généralement si pondéré dans ses jugements sur l'orthodoxie des doctrines, écrit de cette matière : « Lorsque Dieu répand <lans l'âme les dons de la grâce sanctifiante, ce ne sont pas les dons seulement, mais les personnes divines elles-mêmes qui entrent dans l'âme, et commencent à y habiter; et c'est pourquoi le Saint-Esprit est invisiblement envoyé par l'intermédiaire de ces dons. Tel est l'enseignement des docteurs scolastiques ; et cette doctrine est si indubitable pour eux, que S. Thomas traite ù bon droit d'erreur le sentiment opposé. Ainsi pense Alexandre de Halès ; ainsi les autres théologiens, suivant en cela le sentiment commun des Pères (2). »

Je ne pourrais dire quels furent les contradicteurs que réfutait sur ce point l'ancienne Kcole, tant leurs noms sont restés inconnus. Ce que je sais mieux, c'est que les schismaliques grecs, pour échapper aux arguments par lesquels les orthodoxes démontraient que le Saint-Esprit procetle du Fils aussi bien que du Père, avaient avancé quelque chose de semblable. On leur disait : Ne voyezvous pas clairement j)ar les Écritures que le Fils envoie, <|u'il donne le Saint-Esprit? Or il ne l'enverrait ni ne le donnerait, si l'Esprit-Saint n'était pas de lui. Pressés par <-ette preuve invincible, ils répondaient que par l'Esprit

I) s. Boiiav. in II. D. 36, q 2.

>.l:.r .1. I r.i.il I Ml .- ."l ., S

236 LIVUE IV. — CHACK INCIliKE. — DIKL' EN NOUS

il faut entendre non l'Ksprit lui-même, mais les grâces et les (Ions qu'il ro|)iui(l dans les âmes. A quoi leurs adversaires répliquaient sans peine qu'une solution de ce genre est manifestement illusoire. Pourquoi? Parce que Jésus- Christ n'a pas dit : Recevez les dons de mon Esprit ; je vous enverrai sa grâce ; mais il a dit : Recevez le Saint- Esprit. Je vous enverrai le Paraclet, l'Esprit de vérité lui-même. Il est vrai qu'il ne vient pas sans la charité; mais cette charité même nous est expressément signalée comme un bienfait distinct du don de l'Esprit-Saint, d'où elle sort comme un effet de sa cause. Car, dit expressément l'Apôtre, la charité de Dieu a été répandue dans nos cœurs par l'Esprit saint qui nous a été donné (1).

Qu'elle est donc admirable la dignité du chrétien fidèle 1 Ce qu'est un sanctuaire avec son tabernacle, au milieu des habitations vulgaires, il l'est parmi les autres hommes. Ne l'appelez jikis un homme terrestre, un corps de boue. C'est bien mieux que cela, puisqu'il est vraiment Théophore, c'est-à-dire Porte-Dieu, comme aimaient à se nommer les chrétiens des premiers âges (2) ; ou bien enencore Porte- Esprit ( 7îv£'.»ixoTO'y>po;, Spirilifer) suivant la forte expression de S. Athanase, de S. Irénée, de S. Cj'rille d'Alexandrie, de S. Jérôme et d'autres encore (3).

Mais à cette grandeur quelle sainteté doit faire écho dans nos âmes ! Temples vivants de Dieu, respectons-nous nous-mêmes et respectons nos frères. Nous aurions hor-

(I) Petav.. de Triiiit., L. VIII. c. 5, n. 18-20.

(21 Mamachi, Orig. chrisL, t. 1, L. I, S 8. p. 64.

(3) On peut lire tous ces textes chez Mamactii, dans les Origims clirôtiennes, à l'endroit signalé dans la note. S. Ignace d'Anlioche a rctini tous les noms do ce genre en deux lignes : « Soyez donc tous compagnons de route dans la charité, Théophore, N'aophore (Portf^ Temple;. Ghristophore, Agiopliore (Porte-Kspril saint). Ep. ad Eplies. n. !». P. V.r , t. 5, p. 03:2.

CIIMITIlK U. — HRKSBJICg SPÉCIAI.R DANS LKS JUSTES 237

rcui »it><>uillLM- des vases consacrés parle sanj? du Christ, ou de détruire un tabernacle où Dieu réside ; et nous pourrions profaner des vases pleins du Saint-Esprit, et, chassant Dieu de notre âme. enlever par là même à celleci l'honneur qu'elle a d'en être le sanctuaire '? Qu'est-ce encore (|u'un temple de Dieu ? Un lieu destiné spécialement pour ladoration, la prière, le sacrifice. Race choisie, sacerdoce royal, nation sainte, ne l'oublions jamais ; et n'allons pas y laisser notre Dieu sans hosties, sans hommages, sans le parfum de nos prières, contristant le Saint-Ksprit, « ce doux hôte de nos unies » (1). Disons, plus encore par notre vie que par nos paroles, ce que le psalmiste chantait jadis d'un temple moins précieux que le nôtre : ô Seigneur, j'ai aimé la beauté de votre maison, et le lieu où habite votre fçloire(2).

Hélas ! qu'ils sont nombreux, même parmi les chrétiens qui, vivant dans la grâce, ont le bonheur inestimatile de porter Dieu dans leurs âmes ; qu'ils sont nombreux ceux auxquels on pourrait applicpier la parole de Jean-Baptiste ; « Il y en a un au milieu de vous (au centre même de votre être), que vous ne connaissez pas » (3) ; ou, du moins, que vous semble/, trop peu connaître. Quelle force, quelle consolation, quelle générosité donnerait cette pensée, si elle nous était familière. Notre-Seigneur est avec moi ; mon Soigneur est en moi, père, ami, |)rotccteur, témoin, toujours toujours veillant, saint, toujours fidèle !

I) Duteh hotpet anitnae. Ilymn. Veni Creator. 1) Psalm.. XXV. ».

Page 1