‹ La grace et la gloireChapitre 4 sur 80 · CHAPITHE I. — FAIT DE L ADOPTION DIVINE · texte numérisé non relu

CHAPITHE I. — FAIT DE L ADOPTION DIVINE

|ue, lorsqu'il viendra dans sa gloire, nous lui serons semblables parce que nous le verrons tel qu'il est. Et qui a cette espérance en lui devient saint, comme Dieu est saint lui-même ». L'avons-nous entendu : notre filiation divine est un nom, mais un nom qui porte avec lui sa réalité. Cette grandeur est aujourd'hui couverte à nos yeux comme par un épais voile ; mais, un jour, à la splendeur du Fils unique, elle paraîtra ce qu'elle est en efîet, la représentation vive et fidèle de sa propre filiation.

S. Paul ne parle pas moins clairement que le disciple bien aimé. « Quand fut arrivée la plénitude des temps, Dieu envoya son Fils, formé de la femme, soumis à la loi, pour racheter ceux qui étaient sous la loi, et pour qu'il nous fût donné de recevoir l'adoption des enfants. Et parce que vous êtes enfants. Dieu a envoyé dans vos cœurs l'Esprit de son Fils qui crie : Abba, Père. Nul de vous n'est donc plus esclave, mais il est fils ; que s'il est fils, il est héritier de Dieu (1) ». Or, ce qu'il écrivait aux fidèles de la Galatie, le même apôtre l'avait écrit à ceux de Rome : « Tous ceux qui sont conduits par l'Esprit de • ieu, ceux-là sont fils de Dieu. Aussi, vous n'avez point reçu de nouveau (comme les Juifs) l'esprit de servitude dans la crainte ; mais vous avez reçu l'esprit d'adoption es enfants en qui nous crions : Père, Père. Car l'Esprit li-mème rend témoignage à notre esprit (jue nous soniles enfants de Dieu. Si donc enfants, héritiers aussi ; héritiers de Dieu, cohéritiers de Jésus-Christ ; si toutefois nous souffrons avec lui pour être glorifiés avec lui (2) ».

Et cette filiation, plus authentiquement et plus splendidement révélée dans la loi nouvelle, les prophètes de

(1) Gai. IV, 4 7.

f>\ Rr.... VIII 14 17 ; col. Kph 1, li, 14.

<> LIVRK I. — RÉALITÉ DE l'aDOPTION DIVINE

l'ancien Testament l'avaient entrevue et saluée comme une espérance dans le lointain des âges : témoin cet oracle d'Osée : « Et le temps viendra, et dans le lieu même où les hommes entendent maintenant cette parole : Vous n'êtes pas mon peuple, vous ; il leur sera dit : Vous êtes les fils du Dieu vivant (1) ».

Mais qu'est-il besoin d'interroger plus longtemps les écrivains inspirés, quand nous avons la parole du Fils unique deiOieu lui-même ? Ecoutons-le ; il nous apprendra à prier comme des fils : « Notre Père, qui êtes aux cieux (2) ». Plus tard, apparaissant à Madeleine, il la charge d'annoncer sa résurrection. Allez, lui commandet-il, allez et dites à mes frères : « Je monte vers mon Père et votre Père (3) ». Avoir Dieu pour père et Jésus-Christ pour frère, n'est-ce pas être enfant de Dieu ? Toutefois les dernières paroles du Sauveur nous font entendre déjà que notre filiation, pour être semblable à la sienne, ne lui est pas égale. Je monte, dit-il, vers mon Père et votre Père. Il ne dit pas : vers notre Père. C'est que notre filiation à nous est la filiation des enfants adoplifs, infiniment au-dessous de la filiation de nature, apnnnj^e cxclusir fin Verbe de Dieu.

C'est la doctrine de nos saintes Lettres. Dieu n"a qu'un Fils suivant la nature ; et c'est pour cela que ce Fils est appelé le Fils unique de Dieu, le Fils propre de Dieu, le urai Fils dans toute la force du terme; Dieu de Dieu, lumière de lumière, splendeur infinie de la gloire paternelle ; engendré de toute éternité, parce que de toute éternité le Père lui communique par un acte inclTable sa propre et très simple essence, sans division ni multiplication. Et voilà pourquoi le Fils peut dire au Père :

(2) .MaU. VI. 11.

(3) Joan. XX. 17.

CHAPIIBB I. — KAir OK L ADOPIIUN DIVINE 7

« Tout ce qui est mien, est vôtre ;et tout ce qui est vôtre est mien (1) ». Tout est commun, tout est identique, substance, nature, perfection, opération ; tout, sauf la distinction des personnes.

Quelle créature, si parfaite qu'elle soit, pourrait >ans folie tenir un pareil lanjjage ? Loin de nous l'impiété sacrilège qui partageait l'essence divine et forgeait des dieux, issus de dieux par une communication de nature analogue à celle qui se fait dans les générations humaines. Loin de nous aussi ce rêve des faux mystiques pour qui la production des enfants de Dieu consistait en je ne sais (|uel écoulement de la substance du juste dans la substance de Dieu pour se transformer en elle, comme le pain se change au corpsde Jésus-Christ (2). N'»'"' filiation n'est donc pas une Pdiation naturelle.

Je trouve dans les Saintes Écritures une lilialion bien ditférente. « Qui est le père de la pluie, et qui a engendré les gouttes de rosée ? » demande le Seigneur «u saint patriarche Job (3>. Et ailleurs, Moïse, reprochant ses prévarications au peuple d'Israël : « N'est-ce pas lui, dit-il, ton père qui t'a possédé, qui t'a fait, qui t'a créé (4),? » Filiation basée sur la similitude naturelle des créatures avec Dieu, leur premier principe : d'autant plus relevée, d'autant plus parfaite, que la ressemblance est plus grandci et que les perfections du divin ouvrier resplendissent d'un plus vif l'chit dans les perfections de son œuvre (ô). Ce

^ I ; Juan. \ \ I , i j . 1 VI. > i i. in.

(i) « No» lrati»foriuaniur loUlitcr in Deimi el coiiverUintir in euai ; «iiuili tiioUo siciil paiii» ronveiUltir in corpus Cbri»li. sic e«;o convertor in eiiin... > a 10 parmi les proposition» d'Ekard condainnoo« par Jfaii XMI (13^). Voir austi les articles suivants.

f3) Jol. WWIIi. 8.

(4) Detitcr. XXXll. «.

" ' "^ Tliom. I p.. q. {^I, » I .

Page 1