‹ La grace et la gloireChapitre 41 sur 80 · I.IVUK IV. — GIUCE INCHKEK. — DIEU KN N<tlS · texte numérisé non relu

I.IVUK IV. — GIUCE INCHKEK. — DIEU KN N<tlS

plus à la grandeur de la récompense, que les actes surnaturels qui précéderaient en nous la justification. D'ailleurs, nous avons déjà vu pourquoi l'adoption divine réclame dans les adoptés une transfiguration de la nature, qui n'est ni possible ni nécessaire pour les adoptions humaines : celles-ci présupposant la communauté de nature, et celle-là, dans une certaine mesure devant la faire.

Ce n'est pas résoudre la difîiculté que d'en appeler à à la grâce incréée, dont la présence suffirait à constituer le fondement de l'adoption, puisque cette grâce n'est permanente dans l'âme que par la grâce créée. 11 faut donc s'en tenir à la doctrine exprimée ])ar Suarez au nom de tous les grands docteurs de l'École : point de véritable enfant adoptif sans une participation de la nature paternelle; point de nouvelle habitation de Dieu ni démission du Saint-Ksprit, sans qu'il s'opère au fond des âmes un changement réel, uniquement explicable par la grâce et ses annexes (1).

3. — D'autre part, et nous l'avons amplement démontré, il n'y a point de filiation adoptive pour qui ne possède pas le Saint-Esprit. N'est-ce pas lui qui est « l'Esprit d'adoption des fils, en qui nous crions : Abba, Père ? Lui qui, demeurant en nous, rend témoignage à notre esprit que nous sommes entants de Dieu ? » (2). 11 appartient donc à la constitution de notre être d'enfants ; et c'est encore lui qui, habitant et opérant dans l'âme par sa grâce, donne avec elle à nos œuvres de mériter la vie éternelle (3). Comment serions-nous fils et comment agirionsnous en fils, jsi nous n'avions i)as dans notre cœuv l'Espi if lin Fils ? Du reste, il faudrait ne rien comprendre

yl) ôiiar., de Trinil.. I.. XII, c. ii, n. 3, «qq.

(2)Koin., VIII, lj-l(i.

(:i) S. Thom., 1. 2, q. 1 14. a. ^^ in corp. et ad 5.

(IIUITIIF Ml. — IF* DKCX KI.RMKNTS DE l'adoption '2Ï1

m n i;i iiiiturt- lii- l;i ^linc créée, ni au rôle (|u'elle joue dans les âmes, pour la concevoir comme séparée du Saint-Esprit. C'est ce que le présent chapitre a mis dans un plein jour, et ce qui paraîtra plus manifestement encore par ceux qui vont suivre (1).

Donc, ce n'est ni la j^ràce seule ni la seule présence permanente de Dieu dans l'âme sanctifiée, mais ces deux éléments à la fois qui font l'état de grâce et d'adoption. L'un ne va ni ne peut aller sans l'autre. La f»ràcf sanctifiante appelle l'hôte divin, et la présence intime de Dieu suppose la grâce. Nous ne devons pas voir là deux bienfaits séparés ni séparables : et tel est leur enchaînement harmonieux que Dieu lui-même ne pourrait le briser, puisqu'il est formé par l'essence même des choses. Il y a des degrés dans la grâce sanctifiante comme il y en a pour l'habitation divine ; mais ils sont de telle nature, que tout accroissement de grâce a pour corrélative une entrée plus intime de Dieu Père, Fils et Sainl-Ksprit dans celui qui le reçoit ; et réciproquement, (pie tout perfectionnement de l'union suppose une augmentation (If lit grâce créée.

V«>ilù pourquoi je ne saurais, indépendamment de tout autre motif, admettre avec quelques auteurs que 4cs dons créés sont absolument compatibles avec l'état de péché mortel et d'inimitié de Dieu, tandis que ce même état ne pourrait aucunement se concilier avec la qualité d'enfant et la présence du Saint-Ksprit : puisqu'il n'y a là, de par l'ordre essentiel, (ju'une seule et même grâce totale et totaleujent invisible.

Aussi bien, l'ICcriture et les Pérès, après avoir tlistinctement caractérisé les deux principes constitutifs de notre être surnaturel, les réunissent-ils plus d'une fois dans

(I) Voir plu* loin U' l>o«u tout* d* S. Irénée. L Vi.c ».

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une môme expression : tant l'alliance est intime et nécessaire. N'est-ce pas là ce que nons dit la parlicipation de la nature divine dont parle S. Pierre, ou cette communion du Saint-Ksprit (|ui revient si fréquemment chez nos saints docteurs '? Kn elFet, participer c'est recevoir en soi la chose à laquelle on communie. « Le calice de bénédiction que nous bénissons, n'est-il pas, dit S. Paul, la communication (xo-.vovîx) du sang de Jésus-Christ, et le pain que nous rompons, n'est-il pas la participation au corps du Seigneur : car nous sommes... un seul corps, nous tous (jui participons (aeTé/oacv) à un seul pain n (1). Participer, c'est encore recevoir d'un autre une part à ses biens. Toute créature participe d'une certaine manière à l'être de Dieu, parce qu'elle est, dans sa mesure, une ressemblance, une copie de l'infinie perfection. Prenez ces deux sens, et vous comprendrez comment la même formule (xo'.vwvCx, uleto/Tj, aiOt;--:) peut exprimer à la fois et la grâce créée et la grâce incréée, la qualité surnaturelle qui nous transforme à l'image de Dieu, et l'union très intime qui fait tic nous les temples de Dieu. Que l'homme donc ne vienne pas séparer ce que Dieu a si étroitement uni. Qiiod Deiis conjiinxil, homo non separet (2).

(1) I. Cor., \, 16, 17.

(2) Malth.. XIX. 6.

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