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CHAPITRE VI

Deux corollaires à tirer des chapitres précédents : Immanence mutuelle entre les enfants adoptifs et Diew leur père ; réalité de l'adoption pour les justes anté rieurs à Jésus-Christ.

1. — La foi nous enseigne que le Père et son Fils unique, tout en conservant leur distinction personnelle, sont pourtant l'un dans l'autre. « Xe croyez-vous pas que je suis dans le Père et (|ue le Père est en moi (1)? » C'est la mystérieuse immanence exprimée parmi les théologiens par le mot de Circiiminsession : le Fils dans le Père, le Père dans le Fils, l'un et l'autre dans le Saint-Ks|)nt, et le Saint-Esprit dans les deux. Loin de nous l'interprétation basse et vulgaire qui ferait reposer le dogme de cette immanence réciproque sur l'immensité des divines personnes. C'est dans un doui)le article de notre foi, l'unité de la nature divine et la distinction des hypostases, qu'il faut en chercher la raison fondamentale. « Moi et mon Père nous sommes un », c'cst-jVdirc une seule et même chose (2). Voyez la distinction du Père et du Fils : « Moi et mon Père » ; mais voyez aussi l'unité de nature : « nous sommes un ; iinum suniiis. » De là celte conclusion que le Sauveur tirait dans la suite du même discours : « Le Père est en moi et je suis en mon Père (3). » Disons mieux : ce-

(1) Joaii., XIV. lU-ll.

(2) Joan., X. 30.

CHAPIIRR VI. — IMyANF.KCE W FILS KT Df vmv. 279

n'est pas une conclusion, mais la même vérité qu'il énonce en des termes diJVcrçnts : tant il est manifeste que l'unité de nature (ians le Père et le Fils ne s'explique pas sans leur mutuelle immanence, et que la même immanence appelle celte même unité.

Voilà pourquoi les Pères du IV-- siècle, dans leurs controverses avec les Ariens, prouvaient la consuhstantialité du Fils avec le Père par ces paroles du Maître : Je suis dans le Père et le Père est en moi. « Dieu, disait le •jîrand évèque de Poitiers, S. Hilaire, Dieu n'est pas dans une nature étrangère ii la sienne ; il demeure dans son Fils, le Fils engendré de son sein : Dieu en Dieu, parce que Dieu est de Dieu » (1). De toute éternité, le Père communique au Fils sa nature, et Si» nature est dans le Fils ; ou plutôt elle est le Fils, comme elle est inséparablenient le Père. La nature du Père dans le Fils et la nature du Fils dans le Père, qu'est-ce autre chose que le Fils dans le l*ère et le Père dans le Fils, puisque l'un et l'autre est identique avec sa nature ?

Du mystère d'immanence qui est en Dieu, descendons au mystère d'immanence (|ue nous avons à considérer dans la créature divinisée par la grâce. « Celui qui demeure dans la charité, demeure en Dieu et Dieu demeure en lui » (2). Ici, non plus, nous ne ferons pas appel à l'immensité pour avoir l'intelligence de si divines et si consolantes paroles. Ce serait, encore une fois, rabaisser le mystère ; puisque Tapôtre S. Jean n'ailirmerait du juste que ce qui convient universellement à toute créature. Moins encore attribucronv-tious^à je ne sais quelle fusion «les natures rimmanence réciproque,de Dieu dans l'hom-

(1) « Non cnim Oeu» In diwrMB atque aliène t^M nalune habita-

< ulo e«t. sod in «no atqiia a *e gcuHo man^t :^n«us !n D<-o. quia ci Dec [)cii« e»t .'. Ililar. de Trinil., L. IV. ii. 40.

(2) IJoan.. IV. J«.

2S') LivnE tv. — (îuai:b incr'îék, — dieu kn nous

me et de l'homme en Dieu : car rêver seulement semblable mélange serait une folie, l'enseigner, un blasphème. Que faire donc ? Nous rappeler que Dieu par la grâce fait entrer ses fils adoptifs en participation de sa propre nature. Si l'être surnaturel qu'il infuse en leurs âmes, n'est pas sa nature elle-même, il en est du moins la plus liante expression créée ; tellement qu'il sullit à constituer des fds, portant l'image du Père céleste, vivant de sa vie, dieux de Dieu. Donc, dans la mesure où ils sont fds, la nature divine et Dieu par sa nature est en eux ; et réciproquement, eux-mêmes sont en Dieu, puisque la nature à laquelle ils participent, est la nature de Dieu.

« Philippe, disait Jésus, qui me voit, voit le Père. Comment dis-tu, montrez-nous le Père ? Ne croyez-vous pas que je suis dans le Père, et que le Père est en moi ?... Le Père qui est en moi, lui même fait les œuvres... » (1). Ces paroles du Fils unique, le juste, enfant d'adoption, celuilà surtout chez qui les œuvres répondent à la naissance, peut, dans une certaine proportion, se les appliquer à lui-même, non certes pour se glorifier en lui-même, mais pour exalter celui qui fait en lui de si grandes choses. Qui me voit, connaît Dieu, mon père : car je suis un miroir où resplendit le visage divin ; un portrait de luimême que lui seul a fait, en me communiquant sa grâce. Qui voit Dieu me voit, sinon dans mon individualité propre, au moins dans l'idéal divin qu'il contemplait, et qu'il a daigné reproduire en moi. Et quand j'opère en enfant de Dieu, quand ce n'est pas moi qui vis, mais Jésus-Christ qui vit en moi, c'est lui-même au dedans de mon âme qui fait les œuvres par son divin Esprit.

On m'objectera peut-être que ce raisonnement irait à prouver que tout père est dans son fils, et tout fils dans

(1) Joan.,XIV, 9 10.

CHAPITIlE V(. — lUMANENCK DU FILS KT DU PÉnE -81

son père ; la substance de Tun n'étant pas plus distincte de la substance de l'autre, que la j^râce, nature participée, n'est distincte de la nature incrééc d'où elle découle. J "y veux d'autant moins contredire (jue l'usaj^e universel rend ici ténioi;<nage à la voix du sang. Quel est le père qui ne se sente revivre dans son fds ; et quel est le fils qui ne se croie pas honoré ou blessé dans son père ? J'avoue même que, au point de vue de la communauté de nature, l'union d'un père mortel avec son lils l'emporte sur l'union du juste avec son Dieu. Mais, d'autre part, cette dernière union se présente avec un privilège incomparable. Dans l'ordre de la nature, rien de j)lus passager dans son acte que la communication, faite par un père à son nis, de sa propre substance. Mais, quand il s'agit du père qui est Dieu, l'action génératrice par laquelle il se procrée des enfants adoptifs, comme elle est souverainement intime, est aussi de la part de Dieu souverainement permanente, piiisfiuc le prclu- st'ii! pi'iif m nni'ler les effets.

Les Pères, pour nous enilonncr une idée, la cuniparent à l'impression d'un cachet sur une cire essentiellement liquide. Voulez-vous que la figure qu'il forme sur cette cire à sa ressemblance, y demeure, n'enlevez pas le cachet. C'est ainsi, disent-ils, que Dieu fait à son image les fils qu'il adopte ; avec celte différence pourtant que la cire et le cachet se touchent unicpiement par les surfaces, tan«lis que Dieu pénètre et fait pénétrer aveclui son empreinte agissante et vivante, comme le sceau divin dont elle est la copie.

« Metle/,-nu>i comme un sceau sur votre cœur », disait l'Kpoux A l'épouse «lans le Cantique (1). Que voulait-il ? Parfaire la ressemblance et l'union par une application

Il CaïU.. VIII. I)

282 1,1 VUE IV. — GRACE INCHKKK. — DIEi; EN NOUS

<le lui-même toujours jilus intime. Ht voila, ee me .semble, le sens profond qui nous est révélé par S. Paul dans les textes, où il nous représente comme scellés (signati» marqués d'un sceau), par Dieu dans l'Ksprit saint (1).

Ne voyez-vous pas Dieu doublement inunanenten nous ? Immanent par la grâce créée, la vivante image de sa nature. Immanent par sa nature elle-même, c'est-à-dire par la grâce incréée, puisque l'une est inséparable de l'autre, comme l'empreinte, du sceau (fui la forme et la conserve. Il suit la participation de sa nature par son essence ; il la suit par son amour : car, selon le beau mot de S. Denys l'Aréopagite : « Amor divinns est exlasim focicns, l'amour de Dieu est extatique » (2), comme si Dieu, par la force de cet amour, sortait en quelque sorte de luimême pour se porter vers l'objet de ses divines complaisances et se donner lui-même â lui.

Nous avons dit longuement à quels titres et de quelle manière nous avons Dieu en nous. Quoique, plus dune fois, nous ayons eu l'occasion de montrer comment nous sommes en lui, il convient pourtant de mettre encore cette vérité dans un plus grand jour. Il n'est besoin pour cela ni de longues considérations ni de nouveaux principes. Contentons-nous de repasser dans notre esprit ce que Dieu fait pour ses enfants, et l'amour qu'il leur porte. « Dieu n'est pas loin de chacun de nous, car c'est en lui que nous avx)ns la vie, le mouvement et l'être » (3). L'apôtre, quand il parlait ainsi, se mettait surtout au point de vue de l'ordre naturel. Combien plus vraies paraîtront ces mêmes paroles appliquées à l'ordre de la grâce !

Oui, nous sommes en Dieu : car dans cet ordre Dieu,

(1) ir Cor.. I. 22 ; lîph., 1, t3 ; IV. 30.

(2) S. Dionys.-Ar., de div. Nom., r IV, i:i (3)Act.. XVII, 27-28.

CHAITTHK VI. — IMUANRNCE Dl' HLS ET DU PBIlE 283

Dieu seul, est non seulement la première cause efficiente de ses dons, mais il n'y a ni ne peut y avoir aucune autre cause principale avec lui. S'il daigne employer les créaturcs à l'œuvre de notre sanctification, c'est comme des instruments qui n'ont par eux-mêmes aucune proportion avec rcHct à produire. Nous sommes en Dieu : car dans cet ordre il nous enveloppe de toutes parts, et tout entiers, substance, facultés spirituelles, le corps même ; il nous enveloppe, dis-je, et mille et mille autres avec nous, dans l'unité d'une même famille adoptive. Nous sommes en Dieu, abimés et réchaufTés dans son cœur : car il nous aime comme ses fils d'adoption, comme des amis, comme d'autres lui-même, faits à son image, engendrés de son sein paternel et vivant de sa vie. Nous sommes en Dieu : car si lapotre S. Paul, dans son amour pour les fidèles de Corinthe, pouvait leur écrire : « Je vous porte dans mon cœur, à la vie et à la mort : ô Gorinlhiens, mon cduir s'est dilaté pour vous recevoir » (1) ; comment serionsnous à l'étroit dans le cœur de iiotre grand Dieu '? Nous somnu's en Dieu : car il nous entoure de sa pui.ssancc pour nous protéger ; de son infinie sagesse pour nous diriger ; de sa bonté miséricordieuse pour nous combler d'ineffables bienfail.s, en attendant qu'il nous fasse entrer dans son éternelle béatitude (jui est lui-même, a iiUra in ffotidium Domini lui » (2). Nous sommes en Dieu : car, si nous l'aimons comme des fils, cet amour nous portera naturellement de nous à lui. puisque l'amour est extatique, c'est-à-dire attache intimement à son objet et les penst'cs et le cteur de ceux qu'il possède (3). Cette immanence mutuelle des fils adoptifs en Dieu

it II Cor.. VIII. ;< VI II.!- Jt Matt.. X\V. 2 iW 8. Tliom , I. 2. n. 2f<. ». 2 < l .i

284 LIVRE IV. — r.nACE incrkée. — diku bn nous

leur père, et du Père dans les enfants, est le fruit mille fois béni de la prière du P'ils unique : « Comme vous, mon Père, êtes en moi et moi en vous, qu'ils soient consommés en un » (1). Et encore : « Mon Père, je veux que là où je suis, ceux que vous m'avez donnés soient aussi avec moi, afin qu'ils contenii)lent la gloire que vous m'avez donnée » (2). Or, la demeure du Fils, c'est le sein du Père (3).

S. Bernard est admirable, quand il parle de l'immanence réciproque, qui naît de l'amour de Dieu pour sa créature et de la créature pour son Dieu. Après avoir rappelé le texte fameux où Notre-Scigncur dit aux Juifs : « Mon Père et moi nous sommes un {iimim) » (4), il poursuit en ces termes : « Puisque le Père est dans le Fils et le Fils dans le Père, rien ne manque à leur unité ; ils sont vraiment et parfaitement un. Que l'âme donc à laquelle il est bon d'adhérer au Seigneur (5), ne se flatte pas de lui être parfaitement unie, tant qu'elle n'a pas senti qu'il tlemeure en elle, et qu'elle même demeure en lui. Non pas cependant qu'elle soit alors un avec Dieu, comme le Père et le Fils sont un, bien qu'adhérera Dieu soit être un même esprit avec lui (6). Ceci je l'ai lu, mais cela, jamais. Je ne parle pas de moi qui ne suis rien ; mais personne, au ciel et sur la terre, à moins d'être un insensé, n'oserait s'appliquer cette parole du Fils unique: Moi et le Père nous sommes un.

« Et moi pourtant, moi, poussière et cendre, appuyé sur l'autorité de l'Ecriture, je ne craindrai pas de me dire

(I) Joan., XVII, 21-23.

(2)/6id.. 24.

(3) Joan., I, 18.

(4) Joan.. X, 30.

(5) Psalm., LXXII, 28.

(.6) 1 Cor., VI, 17.

CHANTRE VI. — IliMANKNCE DC FILS ET DU PÈHK 285

un même esprit avec Dieu ; oui, je le dirai, si par des signes certains je connais que j'adhère à Dieu, comme l'un de ceux qui, grâce à la charité, demeurent en Dieu et en qui Dieu demeure... Car c'est de cette union qu'il est écrit : Qui adhère à Dieu est un même esprit avec Dieu. Quoi donc '? Le Fils unique dit : Je suis dans le Père et le Père est en moi (1), et nous sommes tout un : et l'homme dit à son tour : Je suis en Dieu et Dieu est en moi, et nous sommes un seul esprit » (2).

S. Bernard explique ensuite magistralement ce qui distingue la douhle immanence : l'une fondée sur l'unité de nature, l'autre, sur la communion des volontés et des cœurs. « Heureuse union, continue-t-il en parlant de la seconde ; heureuse, si vous l'avez éprouvée ; nulle, si vous la comparez à la première. Il la connaissait d'expérience celui qui s'écriait : Il m'est bon d'adhérezà Dieu (3). Oui, cela est bon, si vous adhérez à lui par tout vousmême. Qui donc adhère ainsi parfaitement à Dieu '? Celui qui, demeurant en Dieu, parce qu'il est aimé de Dieu, attire Dieu en soi par un amour réciproque. Donc, puisque l'homme et Dieu sont de toute part attachés l'un à l'autre ; puisqu'un mutuel amour, et le plus intime, les fait passer en quelque sorte dans les entrailles l'un de l'autre, comment douter que par là Dieu soit dans l'homme et l'homme eu Dieu *? » (4).

(l)Jo»ii , MV. M.

(2) I Cor., VI. 17.

(3) pMlm., L\ll. 28.

(4) M Quit est qui perfccle adhvrcl Dco, nisi qui in Deo maiiens. tanquam diloclu» a Dco, Deum nihiiomiiius in to Iraxit vicissim dnigcndo. Krgo cum untlique inlia^rcnl »il)i liomo el Dous, inlia^rciit autom iiiidiqiio intima mutuaque dilecliune. invisccrati alUTulruni «ilM. pcr lioc Deum in liominc, et homincm in Dco c»sc liaud dubic dixorim «.S. Bernard , term. 71 in Canl., n. C, iO.

uns LIVHK IV. — GHACE IXCRÉKE. — DIKU KS NOUS

2. — Des considérations qui précèdent ressort une conclusion très importante : c'est qu'on ne saurait admettre comme absolument vraie l'opinion qui ferait de la mission du Saint-Ksi)rit, ou, ce qui revient au même, de l'habitation de la Trinité dans les âmes, et par conséquent de l'adoption, le privilège exclusif du Nouveau Testament. En etl'et, ou nous devons refuser la grâce sanctifiante aux justes qui précédèrent la consécration de la loi nouvelle i)ar la mort du Sauveur, ou ces justes furent, eux aussi, les temples vivants du Saint-Esprit. Impossible d'échapper à ce dilemme : car cette habitation divine se rattache essentiellement à la possession de la grâce. Comme il n'y a, ni ne peut y avoir d'habitation surnaturelle de la Trinité dans une âme, si ce n'est dans la grâce et par la grâce, ainsi la même grâce suppose absolument la présence substantielle de Dieu, soit comme son principe efficient, soit comme le terme auquel cette grâce unit qui la possède.

Nous n'avons pas à revenir sur des ailirmations pleinement démontrées dans les derniers chapitres ? (1) Du reste, les témoignages explicites ne nous manqueraient pas, s'il était besoin d'y recourir, pour fortifier notre conclusion. Voici, comme exemple, un texte de S. Augustin que je cite d'autant plus volontiers qu'il s'appuie luimême sur l'autorité des Ecritures. Le grand évêque se demande quel sens il faut donner à ces paroles de l'Evangêliste : « L'Esprit-Saint n'avait pas encore été donné, parce que Jésus n'était pas encore entré dans sa gloire ». « Qu'entendre par ces mots, si ce n'est qu'il devait y avoir, après la glorification du Christ, une mission du Saint-Esprit, telle qu'il n'y en avait pas eu jusque:là. Certes, le Saint-Esprit était venu déjà, mais non de cette

(I) Cf. L. IV, c. 3 in fine.

«:ilvPmiK VI. — l^UA.NKNCE DL F1L> ET Dt PK«E 287

manière. S"il n'avait pas été donné jusque-lù, quel est donc celui qui a rempli les prophètes et leur inspirait 'es oracles divins ? N"a-t-il pas été dit de Jean-Baptiste : Il sera rempli du Saint-Ksprit dès le ventre de sa mère ? Zacharic, son père, n'était-il pas, lui aussi, plein du Saint. Ksprit en le disiint ? Befuserons-nous ce divin Esprit à Marie, quand elle parle prophétiquement du fils de ses entrailles ; h ces deux saints vieillards, Anne et Siméon, quand ils reconnaissent la j^randeur du Christ enfant '? »

Je ne vois pas qu'on pourrait alléguer pour infirmer ces témoit»naj«es de l'Kcriture. Le texte évangélique ne !)crmet pas de répondre qu'il n'est question, pour ces 1 listes, que de l'opération du Sainl-Msprit, tandis qu'ù la l'entccôte il se rendra présent par sa propre substance. \ussi bien, tout autre est la ditlérence assignée par notre saint docteur : « Comment donc, poursuit-il, le Saintl^sprit n'était-il pas encore donné, parce que Jésus n'était |)as encore glorifié ? Parce que cette donation ou cette mission du Saint-Esprit devait avoir, dans l'avènement promis, une propriété qui ne s'était jamais vue. Nulle part, en efiét, nous ne lisons que les hommes, à la descente du Saint-Ksprit en eux, aient parlé des langues d'eux jusque-là. comme on le vit au jour de la i if » (1). .\insi pour S. .Augustin la diirérence n'est

pas n chercher dans la venue même de TEsprit-Saint, mais dans la nature des dons qui l'accompagnent et la munit'estent.

Quoi(|ue l'opinion que j'ai rapportée, soit inadmissible en elle-même, on doit pourtant reconnaître, au point de vue (pii nous occupe, une double prérogative pour la nouvelle alliance. C'est d'abonl uue vérité pleinement

1)8. Augustin., de Trinit , 1. IV. n 29 : Cf. S. Léon, de Petit. 3.

28S I.IVHE JV. — r.IlKl'.K IXCItKKK. — DIEU EX MHS

iiulubitablc que rhal)itation de Dieu dans les âmes, et la mission du Saint-Ksprit, appartiennent au Nouveau Testament, et non pas à l'Ancien, si l'on considère l'une et l'autre dans ce qu'elles ont d'exclusivement propre. La loi ancienne, par elle-même, était impuissante à produire la saintelé intérieure, apanaj^c et forme des enfants de Dieu. Elle en<»endrait pour la servitude, in seriuliitcm generans ; et sa mission de pédagogue était de conduire les hommes à la loi de grâce, au Christ (1). S'ils participaient, connne nous, h la filiation divine, c'est que le sang de la nouvelle alliance qui devait couler, un jour, sur le Calvaire, refluait en quelque sorte sur les croyants des âges ant«'ricurs pour en faire, à l'avance, autant de chrétiens (2).

Kn outre, si abondante que pût i-tre alors en certains justes l'effusion de la grâce et du Saint-IIsprit, ])arce que toutefois le prix de notre salut n'était pas encore payé ; l)arce que Dieu livrait comme à crédit les bienfaits surnaturels qui devaient être achetés parle sangtiu Rédempteur ; parce que nos sacrements, ces fontaines de la grâce, ne la versaient pas à flots ; en un mot, parce que l'économie des enfants n'avait pas encore remplacé celle

(l)Ga)at., 111,24 VI, 24. k Qiiamvis nec Icx pcr Moysen data polucril a qtioqiiam liomine rcgniim morlis aiiferre.cranl tamcn et legislenipore liomincs Dei, non siib Icge terrente, convincciite, ptinienle, sed sub pralia délectante, sanante, lilierante. Krant qni dicercnt : cor ranndun« créa in me, Deus, et Spiritum rectum innova in visceribus meis, et Spirilu principal) confirma me, et Spirilum sanctiiin tuuin ne auferas a me... Ncqiie cnim qui nobis isla Pidcli dilectionc proplictare potuerunl, eorum ipsi participes non fnerant... et illi per graliam D. N. Je«u Christi salvi facti sunt, non per Icpem Moysi, per qiiam non sanatio scd cognitio facta est peccati. Nnnc aulem sine legejiistitia Dei maniTestala est. Si ergo nunc maniTeslala est, etiam tune crat, sed occulta ». S. August., de Pecc. orig. cont. Pclag., n. 2i>.

(2) S. August., Retracl., L. I, c. 13.

CHAPITRK VI. — IMUANBNCB OU FILS ET DU PKI:E 289

•des esclaves de la loi, Dieu répandait communément sa grâce avec plus de parcimonie dans les cœurs. Or, comme l'habitation divine est ù la mesure de la grâce, il s'ensuit manifestement aussi que l'union du Saint-Esprit avec les âmes devait être, en général, et plus rare et moins parfaite qu'elle ne l'est devenue sous la loi nouvelle.

Il est encore une autre cause d'infériorité pour les temps qui précédaient le sacrifice sanglant, accompli sur le Calvaire, et la fondation de l'Eglise. C'est que la demeure de Dieu dans les âmes se présente dans le Christianisme avec des caractères inconnus aux anciens âges. De tout temps, l'homme en état de grâce fut le temple de Dieu : mais qui pourrait dire combien ce temple est devenu plus noble et plus sacré, dcjjuis que le Fils éternel de Dieu en a fait l;i «liilicace par l'actuelle aspersion de son divin sang?

Vous avez en vous la charité : vous êtes par là même un temple, et cela vous est commun avec tous les justes ; mais de quelle majesté, de quels privilèges ne s'enrichit pas ce temple, incorporé qu'il est par le baptême au temple vivant qui est l'humanité du Christ ; consacré par l'huile sainte dans la Confirmation ; sanctifié dans l'Eucharistie par la chair elle-même du Christ dont il devient le tabernacle ; dédié par l'Ordre à des fonctions si sublimes qu'elles feraient l'envie des Anges ?

Voilà le temple de la nouvelle alliance, et la dignité singulière qui nous autorise à dire que la grâce de l'habitation divine est, d'une manière et dans une mesure spéciale, pour les saints et pour le temps de la loi du Christ, quoique dans la substance elle appartienne à tous les saints comme à toutes les époques (1). Or, ce que nous avons

il) Cf. Franzel.. de Deo trino. the». 48 ; S. Thom., 1 p., q. 43, t. «i. ad I : 1 D. 13. q 5. a. 2.

6IIACI ET OLOIHB. — TOMl I. 19.

290 I.IViîK IV. — OHACE IXCIIKKK. — DIEU EN NOUS

dit (le la yrâce et du temple, il faut Tentendre de l'adoption, puisque la qualité d'enfants est proportionnelle à la splendeur de l'un connue à l'abondance de l'autre (V).

On pourrait conlirmcr toute cette doctrine par l'autorité de mille témoignages en dehors de ceux que j'ai rapportés (2). Mais je ne veux en ajouter qu'un seul, celui de Léon XIII, dans sa lettre Kncyclique sur le Sainl-lisprit, où elle est exposée avec une admirable clarté (3).

(1) Bien que nous soyons en vérité les enfants de Dieu, nous attendons l'adoption (Rom., VIII. 23), paixe que nous gémissons dans l'exil, loin de la demeure et de l'iiérilaffe du Père. De même donc que, si l'on nous compare aux bienlieureux habitants du ciel, nous ne sommes pas encore des enfants, ainsi les justes vivant avant J.-C, pour qui le ciel cia'il fermé, comparés à nous, peuvent-ils être parfoi» appelés des serviteurs et nOn des fils.

(2) Cf. ex. g. S. Léon. Serm. de i'ent. 2, c. 3 ; 3, c. I. S. Thom. 1 p. q. 95. a. 1, ad 2.

(3) Certum quidem est in ipsis etiam liominibus justis qui anle Cliristiim fuerunt. insedisse Spiritum sanctum, quemadmodum de proptietts. do Zacharia, de Joanne Ua[)tista, de Simcone et Anna scriptum accepimus ;quippe in l'entecoste non ita se Spiritus sanctus tribuit ut — tune primum esse sanctorum inhabilalor inciperet, scd ut copiosius inundaret, cuuiulans sua dona, non inchoans, nec ideo novus opcre, quia dilior largitatc (Léo M., liom. 3do Pentec). Verum si et illi in filiis Dei numerabanlur, conditionc lamen perinde erant ao servi, quia etiam filius nihil dilTert a servo, quousquf est sub tutoribus et actoribus (Gai. IV, 1, 2) ; ac praeterquam (piod justitia in illisnon erat nisi ex Cliristi mcritis adventuri, communicat^o Spiritus sancti post Christum facta multo est copiosior, propemodum ut arrham pretio viucit res pacta, alque iraagini longe praestat veritas. Statim igitur ut Cbristus. ascendens in altum, regni sui gloria tam laitoriosc parla potitus est, divitias Spiritus sancti munifice ruclusit, dedil dona liominibus (Epbcs. IV, 8). Nam — certa illa Spiritus sancti datio vel missio post rlarilicationem Christi futura erat qualis nunquam antea fuerat ; nequc cnim an(ea nuila l'iicrat, sed talis non fuerat (.\ugust. de 'l'rinit. L. IV. c. 20) ». Ex Encycl. Lconis III Diviîium illud tnunus, 11 maii 1897.

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