CHAPITRE I. — A oii Convient l'adoptio
la grâce, c'est-à-dire une qualité purement accidentelle, avec la substance pour sujet et pour support. Qui pourrait donc enipèclior le Dieu tout-puissant d'infuser une rtalitc semblable à des substances moins nobles que la nôtre, et de les rendre ainsi participantes de notre fdiation? Elles s'élèveraient, sans doute, de plus bas ; mais ignorons-nous que tout répond à l'appel t^e Dieu, la matière comme l'esprit, le néant comme ce qui est?
Kaisonnemcnt spécieux peut-être, mais qui tombe devant une simple remarque. Oui, sans doute, la grâce est un accident : mais cette qualité dont le propre est de nous assimiler au Fils par nature, ne saurait avoir d'autre sujet qu'une substance raisonnable. Dieu lui-même,
ivec sa toute-puissance, ne la produira jamais dans une
lature où ne serait ni la raison ni rintelligence, parce que M)n pouvoir ne va pas jusqu'à l'impossible. Je croirais plus facilement que Dieu peut d'une pierre qui reste pierre, former un être int«»lligent et libre, que je n'admettrais en Dieu la {missance d'élever une créature purement sensible à la dignité d'enfant adoptif. C'est qu'il
ifvrait donner à l'une la raison, à l'autre avec la raison, la grâce. « Tu dis qu'elle est bonne cette nature humaine (jui mérite le secours d'une telle grâce ; et je laccorder:iis volontiers, si tu voulais signifier simplement qu'elle
si une nature raisonnable. Sache-le bien, la grâce de Dieu ne se donne ni aux pierres, ni au bois, ni aux bétes : ce qui fait l'âme capable «le la recevoir, c'est qu'elle est ! image de Dieu ». Ainsi parlait S. .Vugustin, le grand déiinseur de la grâce, à Julien dl -i-" • disciple et continuateur de Pelage (1).
Qu'est-ce que la grâce? Une participation de la nature
300 LIVRE V, — NOS HAPI'OIITS AVEC LE PÈHE ET I.E FILS
posé par Dieu dans l'àinc des fils qu'il adopte, les rciKt aptes à posséder le céleste héritage. C'est donc un principe de connaître et d'aimer, puisque Dieu lui-même se possède par la connaissance et par l'amour. Mais encore ne faut-il pas imaginer ce principe surnaturel comme une faculté complète. Il transforme l'âme raisonnable, il en élève les puissances h des hauteurs inconnues ; toutefois il ne supplée ni celles-ci ni celle-là. Nos forces naturelles ne comptent pas pour néant dans la production des actes surnaturels. Si la grâce sanctifiante et les vertus, son royal cortège, réclament la substance et ses forces natives pour support, elles les demandent aussi pour agir : car le principe complet d'oiîération ce n'est ni la grâce ni la nature seule, mais la nature transformée, vivifiée par la grâce, en un mot, la nature raisonnable divinisée. Non ego, sed gralia Dei meciim (1).
Par conséquent, la grâce qui serait dans toute autre substance qu'une substance spirituelle, tout aussi bien que l'héritier de Dieu qui ne serait pas un être raisonnable, sont l'un et l'autre un non-sens. 11 importe peu que la grâce soit un accident ; car tout accident ne convient l)as à toute substance. A chacune les formes et les qualités qui lui sont propres. Vous ne pouvez pas donner à l'esprit pur les qualités des corps, l'étendue par exemple ou la densité ; comment un être corporel recevrait-il des formes aj)partenant par leur essence à l'ordre des esprits ? Concluons donc que, si toutes les créatures raisonnables ne sont pas adoptées par le Père, puisque toutes n'ont pas accepté le bienfait de la grâce, il n'en peut adopter aucune qu'il n'ait pas, au ijréalable, dotée du caractère de son Verbe, YinleUecliialité.