‹ La grace et la gloireChapitre 49 sur 80 · CHAPITRE I. — A Ofl COSVIKNT l'ADOPTION · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. — A Ofl COSVIKNT l'ADOPTION

étrangère par la naissance, mais son propre enfant, lellls de ses entrailles, ou de faire entrer par un libre choix au foyer de la famille celui qui, de par la nature, s'y trouve tléjà (1)? Cette preuve absolument invincible on a tâché de l'atténuer, et voici par quelles subtilités. Pourquoi,, demande-t-on. le titre d'adoptif serait-il inconciliable en Notre-Seigneur Jésus-Christ avec la fdiation de nature, puisc]ue nous voyons tant d'autres attributs, non moins incompatibles en apparence, s'allier en lui, malgré lunité de personne ? Impassible, il souffre ; immortel, il meurt ; immuable par essence, il est conmie nous sujet au changement. La divei-sité des natures sullit pour expliquer ces contraires. Ainsi dirons-nous qu'il est, à la fois, fils par nature et fils par adoption, mais à des points de vue différents : fils par nature en vertu de sa génération éternelle, fils par adoption en vertu de la grâce qui le sanctifie dans son humanité.

Ce raisonnement ne résiste pas à l'examen. Oui, Jésus- Christ peut être tout ensemble impassible et passible, immortel et mortel, immuable et changeant, parce que ces attributions conviennent d'abord aux natures et, par elles seulement, à la personne qui renferme celles-ci dans son indivisible unité. Il n'en va plus ainsi de la filiation : car elle est imnudiatement et directement une attribution de la seule personne. Quand vous me dites que Jésus-Christ est il la fois immortel et mortel, je vous entends sans peine, parce <iue je convois qu'ayant deux natures, l'une qui est la vie même, l'autre, sujette à la mortalité, il peut en même temps mourir dans celle-ci et vivre dans celle-

( I > U y avait, il «tt vrai, dans la légidalion romaine un cas tout . 1 iicl où tin liomme. privé de «on pouvoir d« p^re. pouvait

Il proprf lilt : mait. quand il «'aKil de Dieu, le cat serait ikiic dbkurJe citinière.

304 LIVUE V. — NOS RAPPOHTS AVEC I.K PÈUK ET LK FIL>

là (1). Mais, encore une fois, la filiation s'adirme de la personne et non pas de la nature. A-t-on jamais entendu dire d'une nature humaine ou divine qu'elle naît, qu'elle est fils ou fille ?

Donc, aflirmcr de la personne de Jésus-Christ qu'il est le fils naturel de Oieii, c'est dire équivalemnient qu'il n'est pas un fils étranger par nature, et reçu par grâce ; et réciproquement, dire qu'il est un filsadoptif, c'est nier du même coup qu'il soit le Fils de Dieu par nature, et par suite nier qui! soit Dieu. Les quelques théologiens qui, comme Durand ou Scot, n'ont pas vu cette consé- <iuence, peuvent être excusés dans leur erreur ; mais après les éclaircissements qu'a reçus cette matière, il serait au moins téméraire de les suivre.

Du reste, il ne faut pas croire que la grâce sanctifiante et les vertus qui l'accompagnent, pour ne pas être en Jésus-Christ principe et fondement de l'adoption, y soient des qualités sans fruit et sans but. A Dieu ne plaise ! L'union personnelle de la nature humaine avec le Verbe en fait la nature d'un Dieu ; mais formellement par ellemême, elle ne la divinise pas dans son être de nature ; elle ne lui donne pas cette élévation des facultés qui les rend capables de produire connaliir elle ment des actes audessus de la nature, les actes, en un mot, qui sont le mérite dans la voie, la gloire dans la patrie. Cette déiformité, l'âme de Jésus-Christ la tient de la grâce, et cette perfection de l'agir, des vertus infuses, compagnes et suivantes inséparables de la même grâce (2).

4. —Voulez-vous maintenant savoir quel incomparable honneur c'est pour vous d'avoir Dieu, le Père de Notre-

(1) « Morlificalus quiJem carne, vivons autcm Spiritu >». i. e. divinitate. I Petr., III. 18.

(2) S. Tliom., 3 p., q. 7. a. 1, ciim parai! , e. g. de Verit., q. 29, a. l,ad I.

CHAPITRR I. — A QUI CONVIENT l'aDOPTKiN ? 305

Seigneur Jésus-Christ, pour père, et de quelles actions de grâces un tel bienfait doit être payé, prêtez l'oreille à S. Pierre Chrysolofîue commentant les premiers mots de l'oraison dominicale. « La parole que je vais dire avec une crainte incroyable, ce que vous n'entendrez vousmême et ne répéterez qu'avec terreur, jette les anf^es dans le saisissement, et les Vertus dans une sainte ci)ouvante. Le ciel ne peut la comprendre ni le soleil la pénétrer, ni la terre la soutenir ; en un mot, elle est au-dessus de toute créature. Paul, après avoir invisiblement contemplé ce mystère, nous le découvre sans nous le découvrir, quand il s'écrfe : Ce que l'œil n'a point vu, ce que l'oreille n'a point entendu, ce qui n'est point monté au cœur de l'homme, ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment. Dieu nous l'a révélé par l'Esprit-Saint... (1).

« \otre Père qui êtes aux deux. Voilà ce que je tremblais de dire ; voilà ce que la condition servile, propre aux natures célestes comme à celles de la terre, nous défendrait même de soupçonner : qu'il s'établisse tout à coup entre le ciel et la terre, entre la chair et Dieu, un commerce si étroit que Dieu devienne homme, et que l'homme devienne dieu ; le Seigneur, esclave, et l'esclave, enfant ; en un mot, que la nature humaine et la divinité soient unies dune manière ineffable par le lien d'une éternelle parenté. Condescendance si merveilleuse que la créature ne sait ce qu'elle doit admirer le plus, ou que Dieu soit descendu jusqu'à notre bassesse, ou qu'il nous ait élevés jusqu'à l'excellence de sa divinité.

« Xolre Père qui êtes aux cieux. N'êtes-vous pas tr:i|)i)i«s de stupeur'? Quoi ! du sein de Dieu le Père, le Clirist appelle une créature du nom de mère ; et l'homme, du .sein de l'Kglise sa mère, appelle Dieu son Père.

(1) Cor. II. «to.

r:«»< I !•• r >;fninr — T'>VF > 2Q^

306 MVIIE V. — Nos IIAPI'ORTS .WKC LE l'KllK KT l.K FII.S

« Solre Père qui êtes auxcieiix. () homme ! vois à quelle hauteur t'a subitement porté la grâce, où t'a ravi la nature céleste ; tu demeures dans la chair et sur la terre, et tu dis comme si tu n'étais ni de l'une ni de l'autre : notre Père qui êtes au ciel. A celui-là donc qui se croit et se confesse le fils d'un tel Père, de répondre h cette naissance par sa vie, à cette paternité par ses mœurs ; qu'il atteste par ses pensées et par ses actes ce qu'il a reçu de la nature divine (1). »

(I) S. Pelr. Clirysol., serm. 72, iii oral. dom. P. L., t. 52, p. 404.

(( C'était, dit à ce sujet Bourdaloue, une erreur des païens, une erreur aussi grossière que présomptueuse, de se figurer qu'ils étaient les enfants des dieux, parce qu'ils mettaient on elTel au nombre des dieux leurs ancêtres. Mais cette erreur quoique grossière, comme remarque S. .Augustin, ne laissait pas de leur inspirer de liants sentitnents : parce qu'il arrivait de là que, se confiant dans la grandeur et dans la prétendue divinité de leur origine, ils etitreprenaienl des choses dilïiciles et héroïques avec plus de hariliesse, il les exécutaient avec plus de résolution, et les menaient à bout avec plus de bonheur : El sic animiis, divinae slirpis (îduciam gerens, res magnas praesumebat audacius, ag^hat vehementius, et implebat ipsa /elicitate securius. Ne dirait-on pas que. parmi les ténèbres du paganisme, il y avait dès lors quelque rayon ou quelque commencement du Christianisme : et ne semble-t-il pas que la Providence qui sait profiter du mal même, se servait des erreurs des hommes pour préparer déjà le monde à la vraie religion ?» 2» sermon sur l'Annonc. de la Vierge, 3« point.

Page 1