CHAIITRK II. — LE FILS KXICMPLAIHE DES ADOPTIFS
parce que le Père communique à son Fils par nature sa propre substance, dans une identité parfaite d'être et de perfection, et que nous ne la recevons, nous, que dans sa ressemblance accidentelle et par participation. Elle en diflèrc, parce qu'il est de l'essence même du Père de produire un Fils qui soit avec ^ lui de même nature (1), égal et coéternel au Père ; tellement de son essence, qu'ils ne seraient l'un et l'autre ni personnes, ni Dieu, si l'un n'était Père et l'autre Fils. Tout autre est la condition des fils adoptifs ; tout autre aussi l'acte qui les fait enfants. Otez l'adoplion. Dieu n'en est ni moins Dieu, ni moins parfait, ni moins Père; et moi, ni moins créature, ni moins honinu-.
Elle en diffère, parce que c'est par voie d'intelligence que le Père engendre naturellement son Verbe, tandis que l'enfant d'adoption procède de lui par le libre choix de son amour. Elle en diffère, parce que c'est la filiation naturelle qui est le principe de la filiation de grâce. De l vient que les Pères quand ils veulent prouver que Jésus-Christ, Notre-Seigneur, est vraiment le Fils de Dieu par nature, Fils Dieu d'un Père Dieu, nous le montrent dans les saintes Écritures comme l'auteur et le consommateur de notre adoption.
Elle en diffère, parce que le terme de la génération naturelle étant Dieu demeure en Dieu, dans le sein mystérieux du Père (2), tandis que le terme de l'adoption, comme toute créature, est quant à Tôtre distinct et séparé de Dieu. Elle en diffère enfin, parce que la naissance du Fils éternel de Dieu précède dans l'ordre, je ne dis pas de durée, mais de nature, la procession de l'Esprit- Sainl ; tandis que la filiation adoptive, fût-elle même au-
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dessus des lois du temps, présupposerait encore le Saint- Esprit, puisque son principe est l'amour.
4. — Entrons plus avant dans cette matuif ;iim li «.n mieux saisir la portée doctrinale. Or, voici la question qui se pose devant nous. A-t-on le droit de dire que Jésus-Christ, considéré dans les perfections et les actes de sa nature liuniaine, est le prototype et l'exemplaire de notre fdiation adoptive, ou, ce qui revient au même, de notre ressemblance surnaturelle avec Dieu ?
Ici le oui et le nom sont également vrais, suivant le point de vue que l'on considère. Non, d'abord : car la grâce, cette nature surnaturelle qui est la forme des fds adoptifs, n'a que dans la nature divine son foyer original, son premier principe et son parfait exemplaire. Non : car notre filiation de grâce ne peut trouver son modèle que dans la filiation de nature, puisque le Christ n'est en aucun sens le fds adoptif du Père.
Et pourtant nous pouvons répondre, oui, dans une signification qui, pour être moins rigoureuse, n'en est pas moins incontestable.
Le Fils de Dieu, envisagé comme homme, est l'exemplaire de notre fdiation adoptive, si nous regardons la manière dont nous l'avons reçue. C'est la belle doctrine que S. Augustin développe magnifiquement dans ses livres contre le Pélagianisme. Il y démontre que la grâce est grâce, c'est-à-dire qu'elle ne vient ni des mérites ni des exigences de la nature. « Un splendide exemple de la prédestination et de la grâce, dit le grand docteur, est le Sauveur lui-même, le médiateur de Dieu et des hommes, l'homme Christ Jésus. Où sont, en efl'et, les œuvres, où sont les mérites par lesquels la nature humaine qui est en lui, a payé le bienfait qui de l'homme a fait un Dieu ? Répondez, je vous prie : cette nature, élevée par le Verbe à l'unité de sa personne et devenue la nature du Fils
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unique de Dieu, comment a-t-elle mérité cet incomparable honneur? Quels actes lont préparée à cette union? Qu'at-elle fait, qu'a-t-elle cru, qua-t-clle demandé pour obtenir une si ineffable dignité?... Donc, qu'elle apparaisse dans notre chef et notre tête la source même d*où la j;rike coule sur chacun de ses membres, suivant la me- ^urc propre à chacun d'eux. La grâce qui de tout homme, lu commencement de sa foi, fait un chrétien, c'est la ^ràcc qui de cet homme, au premier instant de son existence, a fait le Christ (1). »
Au même ordre d'idées se rathiche une reuKirque qui revient fréquemment chez les Pérès et les docteurs. Si le Fils, considéré comme Dieu, procède éternellement du Père et rien que du Père, il n'en va pas de même pour le mystère de grâce qui nous l'a donné comme homme ; puisque c'est du Saint-Esprit qu'il a été conçu dans le sein de la Vierge immaculée, .\insi, nous, fils adoptifs de Dieu, nous sommes engendrés à la vie divine par le même Ksprit : car ce n'est pas la nature qui nous donne <l'ètre enfants, mais la volonté libre et toute gracieuse de Dieu, son amour. Donc, puisque la grâce qui brille dans le Christ Jésus, est une lumière qui manifeste la nôtre, il est à ce point de vue l'exemplaire de notre adoption. Le nier, sous prétexte que l'Homme-Dieu n'est pas comme nous, en vertu de cette grâce, enfant d'adoption, serait oubUer que la copie, pour être copie, ne doit pas être de tous points conforme à son original : il sullit qu'elle lui ressemble par quelque endroit (2).
Considérons encore cette vie divine dont la grâce est en nous le principe. D'où vient-elle ? Du sein de Dieii» sans doute, source de radieuse lumière, dont elle n'est
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qu'un reflet. Mais cette source divine s'est déversée tout d'abord sur ràine du Christ, Notre-Seigneur, avec une plénitude incomparable, et c'est de cette plénitude qu'elle a coulé sur nos âmes (1). Ainsi les apôtres nous l'ont prêché. « Il nous a prédestinés, dit S. Paul, à l'adoption des enfants par Jésus-Christ, selon le dessein de sa volonté, pour la louange et la gloire de sa grâce, dont il nous a gratifiés en son Fils bien aimé, rachetés que nous sommes, pardonnes et restaurés dans le Christ » (2). Concluons donc que, si le Christ dans son humanité n'est lui-même qu'une copie par rapport au Souverain Archétype, il est par rapport à nous une cause exemplaire, subordonnée sans doute, mais très véritable.
Cause exemplaire, ai-je dit, non seulement parce qu'il nous offre dans sa personne le modèle parfait des vertus que nous devons imiter pour vivre en enfants de Dieu, mais encore parce que tous nos dons surnaturels ont pour principe prochain sa grâce de chef et son mérite. A ce point de vue, quelle difTérence entre Jésus-Christ Notre-Seigneur et les saints qui nous sont proposés pour modèles ! Quand S. Paul écrivait aux fidèles de Corinthe : « C'est moi qui vous ai engendrés dans le Christ Jésus par l'Evangile. Je vous en prie donc, soyez mes imitateurs, comme je le suis du Christ » (3), ce n'est pas tant des imitateurs qu'il cherchait pour lui-même que pour le Christ qui vivait en lui. Si les saints ont droit à notre imitation, c'est qu'ils portent en eux l'image de Ihomme céleste, le nouvel Adam (4), et (ju'ils s'ofTrent à nous comme des apparitions du Sauveur au milieu des hom-
(1) Joaii.. I. 16.
(2) Epli , I, 5. sqq.
(3) t Cor.. IV. 16.
(4) I Cor.. XV, 49.
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mes. Chacun d'eux reflète à sa manière un côté de la perfection idéale qui n'est (|u'en Jésus-Christ dans son tout ; mais sa gloire est de confesser que ce qu'il en possède, il le tient de lui. Modèle donc, mais parce qu'il est d'abonl copie du grand modèle ; modèle et non cause exemplaire, parce qu'il appartient à Jésus-Christ seul d'être à la fois, l'idéal et la cause de la sainteté.