CHAPITRE III
Du rapport des enfants adoptifs au Fils de Dieu. Jésus-Christ, notre frère premier-né.
1. — Puisque le Père est notre père, et que nous sommes faits sur le Fils comme sur notre modèle, rien de plus naturel à première vue que d'appeler celui-ci du doux nom de frère. Pourtant la Sainte Écriture paraît nous défendre de lui donner ce titre. En effet, il n'est pas seulement né du Père, il en est le Fils unique ; et l'Esprit de Dieu, pour nous montrer toute la force et la vérité de ce dernier nom, l'a fait consigner cinq fois, au moins, dans les écrits de l'Evangéliste S. Jean. Or, qui dit l'unique, exclut tout frère du foyer de l'unique. Mais, d'un autre côté, les mêmes Écritures nous apprennent à regarder comme un frère ce même Fils unique ; car je lis dans S. Paul : « Il ne rougit pas de les appeler frères, disant : J'annoncerai votre nom à mes frères » (1). Les apôtres se contrediraient-ils, l'un niant ce que l'autre aflirme ? .\ Dieu ne plaise. D'ailleurs, la même Ecriture où nous avons lu des expressions si opposées en apparence, les concilie d'un mot : le Fils unique est le premier-né du Père « Primogenitiis » (2) ; le premier-né parmi beaucoup de frères, « Primogenitiis in nuillis fratrihus » (3).
Premier-né, non pas seulement parce qu'il existe avant
(l)H.br., II, Il : cf. Psalm.. XXI, 20. (2) Hebr., I, 6.
(3( nom.. VIII, 29.
CHAP. III. — JKsLsrCHfUST, XOTRK FUKUE PKKMIKR NK 319
Ions les autres ; mais surtout parce qu'il est d'un ordre, d'un rang et d'une majesté auxquels aucun des autres ne saurait prétendre ; et c'est là ce qui lui mérite aussi le nom d'unique. Ainsi la prérogative de fils unique s'accorde avec ia multitude des frères, comme la très simple unité de Dieu par essence avec le nombre toujours croissant des dieux déifiés. C'est pourquoi l'apôtre dans cette tpitre aux Hébreux, où il traite magnifiquement de notre fraternité avec le Christ, a pu écrire du Verbe incarné, notre grand pontife, « qu'il est d'autant plus élevé audessus dos anges qu'il a reçu en partage un nom plus différent du leur. Car quel est l'ange à qui Dieu ait jamais (lit : Tu es mon fils, je t*ai engendré aujourd'hui. Et encore : Moi je serai son père et il sera mon fils » ? (1).
Les anges et les hommes, en vertu de leur naissance surnaturelle, sont élevés à l'honneur d'être les frères du Christ, mais des frères qui le reconnaissent pour leur Dieu, leur principe et leur Hoi. Il est bien le véritable Joseph, aimé de son père plus que tous ses autres fils, qui peut en toute vérité leur dire : « Ecoutez la vision que j'ai eue : il me semblait que nous étions à lier des gerbes dans la campagne, et j'ai vu ma gerbe qui se tenait det)out, et tout autour d'elle vos gerbes A vous qui l'adorairnt » ('2).
A genoux devant lui, méditons encore ce nom de premier-né, pour goûter pleinement et dans leur ensemble toutes les significations «piil contient. l'remier né, parce qu'il est sorti de la bouche du Très-Haut avant toute créature. Premier-né, parce Jqu'il est l'expression adé- <|ualc du Dieu invisible, (pie par lui et pour lui ont étécréées toutes choses, et cpu- lui-même est avant tout, et
(t, ii.i.i
(JiGen., XWVII. 48.