I.IVUIC V. — NOS RAPPORTS AVEC LE PKKE ET LK HIS
que tout subsiste par lui (1). Premier-né, parce (ju'il a sous lui des frères, qui sont par imitation accidentellement ce qu'il est par nature et substantiellement. Preniicrnc, parce que ces frères que le Père a donnés dans le temps à ce Fils dont la naissance est éternelle, c'est en lui et par lui qu'ils ont reçu l'adoption des enfants (2). Premier-né, parce que si nous espérons l'héritage du Père, cohéritiers que nous sommes de son Fils, c'est encore par lui que nous avons cet espoir et ce droit (3).
« Disons donc à Dieu : Notre Père. Nous osons le dire, l)arce que lui-même nous commande de l'oser ; mais vivons de telle sorte qu'il ne puisse nous adresser ce reproche : Si je suis votre Père, où est l'honneur que vous me devez (4) ? A qui disons nous notre Père ? au Père du Christ. Celui qui dit au Père du Christ, notre Père, que dit-il au Christ, si ce n'est, notre frère ? Pourtant il n'e.st pas le père du Christ comme il est notre père. Le Christ lui-même, en nous présentant avec lui devant ce commun père, a toujours et partout maintenu la distinction entre lui et nous. Lui est le fils égal au Père ; nous, nous avons été faits par le fils, adoptés par cet Unique. C'est pourquoi, personne n'a jamais entendu Jésus-Christ Notre-Seigneur, parler à ses disciples de Dieu, son Père, et dire de lui : Notre Père. Il disait, ou mon Père, ou votre Père, Notre père, c'est ce qu'il n'a dit nulle part ; vérité tellement incontestable que dans une certaine circonstance où il avait à exprimer et son rapport au Père et le leur, il a dit : Je monte vers mon Dieu et votre Dieu ; mon Père et votre père. Vous le voyez : il unit,
(1) Col., I. 15-18.
(2) Joan., I. 11-12.
(3) llcbr.. X. 111-20.
(4) Mal., I, 16.
CHAl>. III. — JÉSLS-CHRISr, NOTRE FRÈRE PHEMIKH-NK 321
mais il distingue ; il distingue, mais il ne sépare pas. Il veut que nous soyons un en lui ; mais il veut être un avec son Père » (1).
O gloire incomparable ilu Premier-né ! O élévation surprenante de la famille humaine, régénérée dans le Christ ! C'est vraiment elle qui peut dire en toute vérité: « Ipsius enim et genus sumus » (2). Oui, je suis de la race de Dieu, portant sur le visage de mon âme le caractère d'une si haute fraternité. En me voyant, le Père peut contempler en moi la ressemblance de son Unique, et par conséquent, verser sur cette pauvre créature un flot de l'océan dMinour dans ItMjuel il enveloppe le Fils de sa dilectioM
2. — Jusqu'ici nous n'avons guère considéré Jésus- Christ que dans son éternelle filiation, sans donner aucune attention spéciale à son humanité sainte. Combien ce caractère de fraternité devient plus intime et plus doux, quand on contemple en Jésus-Christ, le Fils de Dieu devenu le hls de l'homme par l'incarnation. C'est à cette considération que nous convie le grand apôtre, au début de son épitre aux Hébreux.
Écoutons- le pour notre plus grande consolation. « Donc, dit-il, parce que les enfants ont participé i» la chair et au sang, lui-même y a pareillement participé, afin de détruire par sa mort celui qui avait l'empire de la mort, c'esl-;Wlirc le diable, et de rendre libres ceux que la crainte de la mort avait soumis pour leur vie tout entière à la servitude. Car il ne pren<l nullement les anges, mais il prend la race d'.\braham. Delà vient qu'il a dû être en tout semblable A ses frères... » (3). Il avait déjù dit qucl-
\i)i>- \>»K Ir. XXI id Joaii.. n. 3.
ri) Aci.. XVII. 28 2g.
.!• Ilcl>r.. II. li-17.
GK4C1 ET GLOIHI. — TOM» I. il.
322 i.ivitE V. — noi HAPi'Oias avec i.e i'ERic ei le fils
qucs lignes auparavant : « Il convenait que celui par qui et pour qui sont toutes choses, qui voulait conduire à la t>loiro de nombreux enfants, consommât par la soulVrance l'auteur de leur salut. Car celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés, descendent tous d'un seul ; c'est pourquoi il ne rougit pas de les appeler frères » (1).
Le voilà ce premier-né, cet aîné de la famille des saints, qui s'otl're h nous sous un nouvel aspect. J'étais son frère, parce que je suis le fils adoplif de Dieu ; il devient mon frère à un titre nouveau, puisqu'il veut bien prendre ma chair et descendre comme moi du même père mortel. L'aîné de la famille de Dieu devient l'aîné de la famille humaine ; par suite, frère des hommes, comme il ne l'est pas des anges, non seulement parce que les anges n'ont pas été régénérés dans son sang, mais aussi parce que leur donnant à participer sa nature divine, il ne s'est pas revêtu de leur nature angélique.
Donc, nous lui sommes frères d'une manière intime ; et nous le sommes aussi d'une manière plus douce et plus aimable. Quelle joie pour nous de le voir petit enfant, enveloppé de langes et porté sur le sein de sa mère ; de l'entendre, encouragé par elle, bégayer ses premières paroles ; de le contempler enfin semblable à nous, l'un de nous, éprouvé comme nous de toutes les manières, à l'exception du péché (2) ! Il a un cœur pour aimer et compatir à mes peines ; je vois ses bras qui s'ouvrent pour me serrer contre sa poitrine. Quand je regarde en lui cette nature divine à laquelle je participe par le don de la grâce, je n'oublie pas que je suis entré avec lui i)ar adoplinn (ÎMiis la société (lu Père C^). Mais celte i^iandi'ur
(\) Ihid., Il, 10, II.
(2) llel.r.. Il, 17 1S : IV. l.'J.
(3) I Joan . I, :;
CMAP. ni. — JKSUs-CHIUST, NOTIU FltÈUK PUEMIKU-NK 323
même qui fait ma gloire, m'inspire je ne sais quel otTroi. () Jésus, que vous avez bien deviné ce qu'il fallait à ma faiblesse pour me donner confiance, et m'attirer «ians vos bras fraternels, lorsque, sans déposer la forme de Dieu, vous vous êtes anéanti jusqu'à prendre ma forme, celle d'esclave (1).
D'autant plus qu'il ne vous a pas sufli de vous choisir une mère de notre race et de notre sang. Par un prodige de bonté sans égale, cette mère, bénie entre toutes les fenmies, vous nous l'avez donnée pour mère. Vous étiez le premier né du Père au milieu des fils d'adoption : vous voilà devenu le premier- né de la Vierge, et nous sommes après vous et par vous les enfants de Marie. Je le confesse et je donnerais tout mon sang pour le soutenir, elle est Mère de Dieu ; mais je le répète d'un même cœur, elle est aussi ma mère. Par conséquent, ô Jésus, nous sommes doublement frères, et vous êtes doublement mon aîné ! Comment ne vous aimerais-je pas, si ra|)proché de vous, si comblé tle vos miséricordes, bercé pour ainsi dire avec vous, dans les bras et sur le sein d'une d'une commune mère, et de quelle mère !
J'entends tout autour de moi parler de fraternité universelle. Dieu sait ce qu'il y a dans le cœur de tant d'apôtres qui la prêchent, et comment ils pratiquent la doctrine îju'ils enseignent parfois si tumultueusement. Ce que je sais, moi, ce qui ne peut faire aucun doute |)our un chrétien, c'est que lu vraie fraternité, celle qui nous htmore, celle qui ne connaît ni l'envie ni le changement, celle, en un mot, qui peut faire de tous les cœurs un seul cœur, de toutes les Ames une seule àme, est la fraternité dans le Christ. Un seul père, une seule mère, un seul frère, premier-né de l'un et de l'autre, qui
(I) IMiUip, 11.0
3 2i LIVIIK V. — NOS UVI'POUTS AVEC LE PXHK KT LK KILS
nous enveloppent d'un même amour et nous réuniront un jour, héritiers d'une même gloire, au même éternel banquet, que faut-il de plus pour avoir un peuple de frères ?