CHAPITRE IV
Des rapports entre les ûls adoptifs et la seconde personne. Notre incorporation dans le Christ. Conséquences dogmatiques et pratiques.
1. — Frères de Jésus-Christ parce que nous sommes les fils du même Père qui est au ciel, pouvons- nous espérer une union plus étroite avec lui ? La raison, dans son ignorance de si profonds mystères, répondrait non. Mais il appartient à la foi de nous révéler un lien plus intime encore entre le fils par nature et les enfants d'adoption, et de nous montrer par là l'excellence admirable de notre filiation divine. Dieu donc, dans sa condescendance infînit pour les hommes, a daigné les incorporer à son Unique, éternel objet de ses complaisances, afin de nous englober avec lui dans un seul et même amour paternel. « Moi en eux, et Vous en moi, pour qu'ils soient consommés en un ; et que le monde connaisse que vous m'avez envoyé, et que vous les aimez comme vous m'avez aimé moi-même» (1).
De lui et de nous il a fait un seul corps dont son Fils est la léle, et nous, les membres. C'est l'apôtre qui nous l'aflirme de sa part : « Si nombreux que nous soyons, «lit-il, nous ne sommes en Jésus-Christ ([u'un seul corps, et tous, membres les uns des autres »» (2). Jésus-Christ, tête et chef deschrétiens, leschrétiens membres de Jésus-Christ, tout fidèle le sait ; mais qui donc y pense sérieusement ; qui
I ) Joan.. XVII. 23.
i; ltr>iu., Xil. S. Cf. 8. Léon. M. Serm. in Naliv.D. 3. c. .%.
3ifi I.IVRK V. — NOS llAPPv>nTS AVEC LK PKUK KT I.R FILS
surtout comprend l'importance et la réalité de cette incorporation dans le Christ ?
N'allons pas croire que la méditation de ce nouveau mystère nous éloigne de notre sujet principal, je veu\ dire, du bienfait de l'adoption divine. S. Paul, parlant du sacrement de baptême, se sert d'une expression bien remarquable : « C'est en lui (Jésus-Christ) que nous avons été baptisés » (1). Parmi les si{«nilications qu'on peut trouver dans ce texte, je n'en veux retenir ici qu'une seule, parce qu'elle se prête merveilleusement à la question présente. Nous avons été baptisés dans le Christ, dit-il ;ct par conséquent, comme le baptême est la régénération spirituelle qui nous fait enfants de Dieu, nou^ sommes nés à la vie divine dans le Christ. Donc, si vous voulez trouver le baptisé, le Houvel enfant de Dieu, sorti vivant et pur des eaux baptismales, ne le cherchez pas en dehors du Christ : car il est en lui, vivifié par son Esprit, la chair de sa chair, l'os de ses os, partie intégrante de son corps mystique.
Magnifique et touchante doctrine que S. Paul a divinement expliquée sous l'inspiration du Saint-Esprit. Demandez-lui pourquoi des apôtres, des prophètes, des évangélistes, des pasteurs et des docteurs ? « Afin, répondit-il, qu'ils travaillent à la perfection des saints, aux fonctions du ministère, à l'édification du corps de Jésus-Christ »(2;. Et quand donc prendra fin ce grand travail ? « Lorsque tous nous serons arrivés à l'unité d'une même foi et d'une même connaissance du Fils de Dieu, à l'état de l'iiommc parfait, à la mesure de l'âge de la plénitude du Christ» (3). En d'autres termes, quand le corps du Christ, par l'acces-
(l)Gal. m. 27.
(2)Eph., IV, H. 12.
(3) Ibid.. t3.
CUW. IV. — NotHK INrdWPORATION EN JKSl'S-CHKIST 3iT
sion et le développement de tous ses membres, aura la plénitude deThomme parfait qu'il doit atteindre, en vertu des préordinations paternelles. Jusquc-l.'i le corps du Christ est inachevé ; c'est un corps en formation. « Mes petits enfants, je vous engendre de nouveau, jusqu'à ce que le Christ soit formé en vous «(l), écrit encore S. Paul aux Galates.
C'est la même idée qu'il exprimait aux fidèles d'Kphèse. Le corps naturel du Christ a dès longtemps son tléveloppcment complet. Pour lui, plus de changement, plus de croissance, plus de perfectionnement possible, depuis qu'il est sorti vivant et glorieux du tombeau. Mais cet autre corps que le Fils unique se façonne dans le sein de l'Église, épouse immaculée de son Esprit, plus noble dans son fond, plus vaste dans son étendue ; ce corps en vue duquel il a daigné se revêtir du premier, doit être l'reuvre des siècles. Le Christ se forme et croît en nous ; nous croissons dans le Christ (2), et l'on peut dire en un sens très véritable de la croissance surnaturelle qui s'opère dans l'union des membres avec la tète, (ju'elle est conune un accroissement de Dieu, du Dieu incarné, incremenlum Dei (3). Pour qui connaît les saintes Ecritures, ces considérations si glorieuses pour nous, n'auront rien d'extraordinaire ni de forcé. Si nous marchons dans les voles divines, si nous sommes fermes dans la foi, vivants de la charité, c'est dans le Christ (4); et réciproquement, c'est lui qui snuflrc. et lui (lu'nn persécute en nous (.*)).