Personne, après I aixitrc S. l'aul, ii ;i si niMpu'iii
(i) Gai., IV. 19.
|2) I Pel.. Il, 2 (3) Col., II. 10.
a) ihid . «•.. 7.
328 LIVRE V. — NOS llAl'l'ORTS AVEC LE l'ÈRB KT LE FILS
ment ni si éloquriiinnnl développé cette doctrine que S. Auf^ustin dans presque tous ses ouvra;^es. Parmi des centaines de textes, qu'il me soit permis de choisir son commentaire sur ces paroles de Notre-Seigneuren S. Jean, par la raison qu'il est original et moins connu que d'autres : « Le Père aime le Fils, et il lui montre tout ce qu'il fait ; et il lui montrera des œuvres encore plus grandes, de telle sorte que vous soyez dans l'admiration » (1). « Kcoutons-le comme frère après l'avoir écouté comme créateur : frère, parce qu'il est né de la Vierge Marie ; créateur avant Abraham, avant Adam, avant la terre, avant le ciel, avant toutes choses corporelles et spirituelles... Si donc nous savons que celui qui nous parle est Dieu et homme, distinguons les paroles du Dieu et de l'homme : car tantôt il nous dit ce (pii convient à la majesté divine, tantôt ce qui sied à la bassesse humaine. Il est grand celui qui s'est fait si petit pour nous faire monter de notre petitesse à sa grandeur.
« Que dit-il donc '? Mon Père me montrera de plus grandes choses, de sorte que vous en serez dans l'admiration. C'est donc à nous qu'il doit les montrer, et non pas à lui, puisqu'il ajoute : vous en serez dans l'admiration. Mais alors pourquoi dit-il : Le Père montrera au Fils, au lieu de dire : II vous montrera. Parce que nous sommes les membres du Fils, et que, ce que les membres apprennent, il l'apprend lui-même en quelque sorte (2). Il souffre en nous ; pourquoi n'apprendrait-il pas en
(1) Joan., V, 20.
(2) C'est en partant de la même idée que certains Pères ont cru pouvoir répondre aux hérétiques qui s'appuyaient sur deux passaj^es de l'Evangile pour dénier à Notre-Seigneur une science parfaite, la science divine. S'il croissait en sagesse, disaient-ils ; s'il a ignoré le jour du juprcment final, et cette croissance et cette ignorance lui conviennent non pas en lui-même, mais dans les membres de son
r.HAP. IV. — NOTHK INCOHPORATION EN JRSUS-CHRIST 329
nous ? Mais qui nous prouve qu'il souffre en nous ? La voix qui vient du ciel : Saul, Saul, pourciuoi me persécutes-tu ? Souvenons-nous qu'au dernier jour, après avoir comme juge, mis les justes à sa droite, les pécheurs à sa gauche, il dira : Venez les bénis de mon Père ; recevez le royaume : car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger. Et lorsqu'ils répondront : Mais, Seigneur, quand est-ce que nous vous avons vu dans la faim, il leur dira : Ce que vous avez donné à l'un de mes plus petits, c'est à moi que vous l'avez donné.
M Interrogeons-le donc, nous aussi, pour lui demander : Seigneur, quand est-ce que vous avez appris, vous le maître universel ? Et nous entendrons la réponse dans notre foi : Lorsque l'un de mes petits apprend, j'apprends moi-même en lui. Donc félicitons-nous, répandons-nous en actions de grâces : nous sommes devenus non seulement chrétiens, mais le Christ. Comprenez-vous, mes frères, la grâce de Dieu sur nous '? Admirons ; tressaillons d'allégresse ; nous sommes devenus le Christ. Lui, la tète ; nous, les membres ; l'homme total. Lui et nous. Christus facli sumns. Si enim capnl ille. nos membra ; lotus homo, nie et nos. C'est ce que dit l'apôtre Paul : Jusqu'à ce que nous arrivions à l'état de l'homme parfait, ù la mesure de l'âge de la plénitude du Christ. La plénitude du Christ, c'est donc la tête et les membres. Qu'est-ce que la tète et (juels sont les membres ? Le Christ et l'Église. Prétention diin orgueil insensé, si lui-même n'avait daigné nous promettre celte gloire, quand par la bouche du même apôtre il a dit : Vous êtes le corps du Christ et ses niembres (1).
corps iny!>tique (Marc. Xlll. 42 ; Luc. Il, S2). Je n'ai pas t>etoin de dire que cette «ohilion n'cttt pai commune, et que le* Pères nous en nnl donné de plus •atisfaiMnte*.
(t) I Cor. XII. 27.
330 UVUK V. — NOS R\PF»OnTS AVEC I.K PÈRK Kl t F. KILS
i< Donc ce que le Père montre aux membres du Christ, il le montre au Christ lui-même. (Irande mer\eille, mais pourtant réelle : il est montré au Christ ce que savait le Christ, et il lui est montré par le Christ, parce que c'est la tête qui montre aux membres » (1).
Je n'examine pas si le commentaire, en ce qui concerne l'interprétation des paroles du Sauveur, n'est pas quelque peu subtil. Ce qui ne l'est certainement pas, ce sont les principes mis en avant ])ar le grand évêque, et si heureusement exprimés. Il n'est pas rare d'entendre tomber des lèvres de nos orateurs la formule si connue : Christionns aller Christus ; le chrétien, c'est un autre Christ. Sans rechercher si on la rencontrerait, quant à la lettre, dans un monument autorisé de la tradition, elle me paraît et moins forte et moins vraie que celte autre énoncée tout à l'heure par S. Augustin : « Nous sommes devenus, non pas seulement chrétiens, mais le Christ ». Pourquoi cette préférence ? Parce qu'il n'y a qu'un Christ, et que, par conséquent, porter le nom de Christ, ce n'est pas être un autre que lui, mais entrer dans son corps et faire partie de ses membres.
Je ne trouve pas des expressions moins fortes dans un autre docteur de l'Église, S. Anselme de Cantorbéry. « Qu'elle est donc grande l'excellence du chrétien, puisqu'il peut faire de tels progrès dans le Christ qu'il en porte le nom ! Et c'est là ce que pensait ce fidèle dispensateur de la famille de Dieu (}ui a dit : Nous tous chrétiens, nous sommes dans le Christ un seul Christ. Et quoi d'étonnant, puisqu'il est la tête et nous le corps ; à la fois époux et épouse ; époux en lui-même, épouse dans les âmes saintes, qu'il s'unit par le lien éternel de l'amour »(2).
(I) S. Aug. Tract. XXI in Joaii.. ii. S-D.
i2> S. Anseliii.'. I. Mt-dit. et Orat. .Mcd.. I. n* (i.
CH\P. IV. — NOTRR INCORPORATION EN lésiS-CHRIST 33!
Aussi, la commnnicalion des idiomes que la foi nous oblige «i'admcttre en J.-C. Notre-Seigneur, comme la nécessaire consé([uence de l'union hypostaticiue entre le Verbe et sa chair, je la retrouve pour une certaine mesure dans l'union du Dieu fait homme avec son corps mystique. Et d'abord, au témoif»nage des saintes Lettres, tous ses mystères nous appartiennent : mystères douloureux, m\-slères joyeux, mystères glorieux. S'il meurt et s'il est enseveli, nous l'avons été dans le baptême avec lui (\) ; s'il ressuscite, monte au ciel, est assis à la droite de son Père, nous sommes rappelés à la vie, nous sortons du tombeau, nous sommes élevés au ciel avec lui (2'). Et d'autre part, il omplèle par nos souffrances ce qui monque à sa passion (3) ; en nous, il poursuit la totale mainmise sur son héritage ; nos peines sont ses peines ; nos joies, ses joies. Quand on nous persécute, lui-même est le persécuté ; le bien qu'on nous fait pour l'amour de lui, c'est lui qui le reçoit (4).
Il est, disent les Pères, ici-bas et là-haut ; là-haut, par la tête couronnée des rayons de la gloire; ici-bas, par ses membres se traînant encore dans les rudes sentiers de la vie uu)rtelle. Et nous-mêmes nous sommes à la fois de la terre et du ciel, plus encore de celui-ci que de celle-là : car, bien que nous soyons, nous les membres, attachés pour un temps à la terre, notre cœur, et surtout notre chef, c'est-à-dire la tneilleure et la plus noble partie du corps auquel nous appartenons, est au ciel. C'est l'union de la tête et des membres qui fait cela dans l'unité du même corps, le Christ total.
(!, Il, M. ':..i.. II. 12.
(2) K|>li.. ll.oO.
(3) Col.. I. 24.
«i) Act., lY. 44:«le.
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3. — Nous avons assez démontré le fait de noire incorporation. Essayons d'en expliquer la nature ; et, pour le faire avec une plus {grande sûreté de doctrine, prenons encore S. Thomas d'Aquin pour guide (1). Dire de Notre- Seigneur qu'il est la tète et que nous sommes les membres, ce n'est pas seulement allirmer sa royauté souveraine. J'en ai la preuve dans les textes mêmes de la sainte Écriture qui nous le présentent en cette qualité. « Dieu, dit l'apôtre, a mis toutes choses sous ses pieds, tout ce qui a un nom au ciel et sur la terre ». Tel est le privilège de sa royauté. Ecoutez la suite : « Et il la donné pour tète à toute l'Église qui est son corps » (2). Ainsi tout est soumis à son pouvoir, sans même excepter les démons avec leurs complices et leurs victimes ; mais pour l'Eglise seule il est une tête, aussi bien qu'un roi. ('/est que la tète, dans le sens rigoureux de la métaphore, exprime de la part du chef une influence intime, et de celle des membres une dépendance salutaire qui ne se trouve ni dans la notion de maître, ni même dans celle de roi. Aussi bien, dans quelle langue a-t-on jamais dit que les sujets sont les membres de leur chef, et que chacun d'eux a le prince pour tête ?
Il serait, il est vrai, manifestement puéril de se figurer, entre Notre-Seigneur et son corps, une union de tous points semblable à celle qui rattache à la tète les diverses parties du corps humain. Personne n'ignore, à moins d'être aveugle dans les choses de la foi, qu'il n'y a entre Jésus-Christ et nous ni identité de personne, ni unité de nature ; et par conséquent, que nous ne sommes ni ne pouvons être un corps physique et matériel dont Jésus-Christ serait la tète. Mais d'autre part, ce serait trop
(1) S. Thom., 3 p., q. S. a. I. s..],, ; III I) i:t. -i -J. .le.
(2) Epli., I. 21. 22.