CHAP. IV. — NOTRR INCORPORATION KS J8SLS-CHRIST
peu de ne voir là qu'une union morale telles que sont entre les hommes des unions basées sur des droits et des devoirs réciproques, et la poursuite d'une même fin sous une autorité commune. Et c'est pourquoi l'Église n'est pas seulement le corps moral de Jésus-Christ ; on la nomme son corps myslique, afin que la singularité même du nom nous avertisse que ce corps et le rapport dans lequel il se trouve avec la tête, n'ont leur équivalent ni parmi les êtres matériels ni parmi les composés de l'ordre moral à nous connus.
A cette première remarque j'en ajoute une seconde également nécessaire pour l'intelligence de la doctrine à dévelopjH'r. (Vest qu'il ne s'agit pas ici d'une simple appropriation. Ce que nousallirmons du Dieu fait homme en l'appelant notre tète, est exclusivement propre, au sens où nous parlons, à la seconde personne, puisque s'étant seule revêtue de notre chair elle a seule en propre ce qui lui convient dans la chair.
Ces observations préliminaires une fois posées, étudions quelles sont dans un être vivant les relations de la tête avec le corps et les membres, puisque la vérité que nous méditons, nous est offerte sous cette analogie. La tête se distingue des autres membres |)ar trois propriétés principales, t^rimauté de position ; car c'est elle qui dans l'organisme humain se dresse au-dessus de tout le corps et le domine de toute sa hauteur, l'rimauté d'activité vitale : elle seule possède la sensibilité dans toute sa plénitude. .\u-dessous d'elle, je ne rencontre d'autre sens <|ue celui «lu t<»ucher, tandis (|u'elle les concentre tous sans qu'un seul lui fasse «léfaut. Primauté d'influence : c'est elle, en effet, (jui par les faisceaux nerveux dont elle est le centre et le point «le départ, verse, comme par autant «le canaux, le m«)uvement et la sensibilité dans chacune «les autr'-»» n iitii->» flr ndlri* <>iL':inisnu'.
334 LIVUK V. — Nuv UAPFOm> AVEC LK PÈUE KT I.K FII.S
Kl ce sont aussi les trois qualités maîtresses qui font tle Jésus-Christ notre chef, ou mieux, notre lèle. A lui la primauté d'élévation et de f»randeur ; car, s'il a comme nous la nature humaine, cette même nature n'est pas «l'un homme connue nous, mais d'un homme-Dieu. A lui la primauté dans l'ordre de la vie surnaturelle, puisque tous les trésors de sagesse et de sainteté, tous les dons du Saint-lvsprit, tous les}»enreset toutes les formes de grAccs qui peuvent couler du sein de Dieu sur une nature créée, se réunissent en lui dans une inefTable et comme infinie |)lénitudc. A lui la primauté d'influence : dans l'ordre surnaturel, tout émane de lui. Quels que soient les bienfaits répandus par la divine bonté sur les âmes et les corps, et de quelque nom qu'on puisse les ap])eler, réconciliation, rémission des péchés, puissance de faire des œuvres dignes du ciel, glorification finale, il n'en est aucun qui ne soit le prix de ses mérites, aucun qui ne dépende très présentement de sa nécessaire influence (1) : tellement que, si le lien qui nous attache à lui, venait à se rompre en entier, nous tomberions desséchés et morts, comme une branche séparée du tronc (jui l'alinicnte et la vivifie (2).
Ajoutons, pour être complets, que ce rapport des membres avec la tète comporte des degrés de perfection bien différents, suivant la mesure des grâces et la condition présente des personnes qui les reçoivent. Sans parler de ces malheureux, éternellement retranchés du corps du Christ, pour être morts dans l'impénitence finale, il en est qui ne sont unis à Jésus-Christ, leur tète, qu'en ])uissance et par destination : je parle de ceux qu'aucun
(1) Joaii., XV, 4-6.
(2) S. Thom. in ep ad Col., c. 1, lecl. 3. Cf. 1 p., q. 8, lot. cum II. parai.
CHAI' IV. — MUrUK INOOUPolU nON KN JKsLs-CitHlST 335
lien, pas même celui de la foi, ne rattache au divin chef. Kn d'autres, tels que les pécheurs qui croient et qui espèrent, mais n'ont pas encore reçu par la justification la grâce sanctiflante et la charité, l'union n'est encore qu'en ébauche. Pour être |)arfaite, il lui faut le nœud sacré de laraour divin. Kncore la cohésion du chef avec les membres, des chrétiens avec le Christ, n'aura-t-elle sa perfection suprême que dans la gloire : parce que c'est là seulement que la tète influe dans chaque membre toute la perfection de la vie surnaturelle, et que les membres sont unis à leur tète par des liens éternellement indissolubles.
4. — Les théologiens se demandent si l'on peut dire que les .\nges ont Jésus-(^hrist pour tète, aussi bien que les hommes. La réponse ne peut être douteuse. « En Jésus-dhrist, <lit l'Apotre, habite corporcllemont toute la divinité, et vous êtes remplis en lui, qui est le chef (la tète) de toute puissance et de toute principauté », c'est-àdire manifestement, des hiérarciiics anj^éliques ( 1>. \\\ début de son épitre aux Kphésiens, S. l'aul nous rappelle plus magnifiquement encore la même idée, quand il dit que Dieu « s'est proposé de récapituler dans son Christ ce qui est aux cieux, et ce qui est sur la terre », en d'autres termes, les Anges et les hommes (2). La Vulgate, il est vrai, emploie le mot restaurer ; mais pour rendre toute la force du terme grec (^ijaxE'^a/a'.oiaaaOa.), c'est par récapituler qu'il faut le traduire. Or qu'est-ce que récapituler, si ce n'est ramener au même chef (ca\n\{), et réunir sous le même principe ii- cjui st- trouvait ;iup;iravant comme épars et divisé.
Donc Jésus-Christ Notre-beigncur est le liicl adoré
iiCoi.. II. y-io.
(2) K|>li . i. 10.