‹ La grace et la gloireChapitre 57 sur 80 · LIVUK V. — NOS RAPPORTS AVKC LE PÈRE ET LE FILS · texte numérisé non relu

LIVUK V. — NOS RAPPORTS AVKC LE PÈRE ET LE FILS

SOUS lequel et la terre et le ciel, et l'ange et l'homine, unis dans la communion d'un même corps mj'stique, composent à des titres divers l'Église universelle du Christ. « Vous le savez, dit à ce sujet S. Augustin, vous le confessez, notre tête est le Christ, et nous sommes le corps de cette tête. Mais le serions-nous seuls, à l'exclusion de ceux qui nous ont précédés? Tous les justes, depuis l'origine du monde, ont eu Jésus-Christ pour tète. Nous croyons qu'il est venu ; eux croyaient qu'il viendrait un jour. La foi qui nous justifie, les a guéris. 11 est donc le chef de toute la cité sainte, de cette Jérusalem qui dans son vaste sein doit comprendre tous les fidèles, i\ compter de l'origine du monde jusqu'à la fin des siècles, et non seulement les hommes, mais toutes les légions et les armées des Anges. Et de la sorte il n'y aura qu'une cité sous un seul roi, un seul empire avec un seul empereur, en paix dans un éternel salut, louant Dieu sans fin, et sans fin hienheureuse » (1).

Quoique les esprits angéliques appartiennent comme nous au corps mNstique de Jésus-Christ, il faut avouer pourtant qu'ils n'ont pas le même droit que nous à le proclamer leur tète. Une raison sans conteste, c'est que nous seuls nous lui sommes unis dans une communauté de nature, puisqu'il est homme comme nous. Donc l'analogie ne peut avoir pour de purs esprits toute la vérité qu'elle a pour nous, grâce à cette ressemblance qui nous est propre. Une seconde raison, non moins forte à mon avis, bien que nombre de théologiens y contredisent, est fondée sur l'inégalité d'influence exercée par le Verbe fait chair, sur les Anges et sur les hommes. Pour nous, tout ce que nouspouvons avoir de biens dans l'ordre de

(l) S. Aug., scrm. .3 iii ps. XXXVI, n' 4 ; cf. de Citecli. Hud., c. 19, n» 33.

CHAf. IV. — NOIRK IXCOIlPOnATION KN JÉSCS-CHniST 337

la grâce et dans celui de la gloire, nous le tenons de Jésus-Christ. Telle ne serait pas la condition des esprits angéliques, au témoignage de S. Thomas (1 ) et des théologiens qui se rattachent de plus près à sa doctrine. Les Anges n'ont reçu du Dieu fait homme ni la substance de leur grâce ni celle de leur gloire, parce que leur sanctification n'entrait pas, au même titre que la nôtre, dans le conseil éternel qui nous a donné l'Incarnation du Verbe.

« Prêtez l'oreille à l'Kvangile. Le fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui avait péri. Si l'homme n'était pas mort, le fils de l'homme ne fût pas venu dans le monde » (2). Ainsi parle constamment S. Augustin, et je ne connais pas un des Pères grecs ou latins qui, touchant au même sujet, n'ait été pleinement d'accord avec lui. Ceux-là même dont on allègue parfois le témoignage pour étayer l'opinion contraire, S. Athanase et S. Cyrille d'.Xlexandrie par exemple, se retournent contre elle, quand, au lieu de découper tel ou tel fragment dansleuis textes, on rapporte ceux-ci dans leur intégrité. Le sentiment opposé se prête sans doute ù de magnificjues développements oratoires, cl c'est peut-être une des causes principales de sa fortune. Mais, si l'on croit avec le docteur .\ngélique que dans les matières où tout dépend de la libre volonté de Dieu, c'est à la révélation seule de Dieu qu'il faut demander les solutions, on n'hésitera guère à se ranger à son avis, c'est-à-dire à celui des I*ères et des plus anciens docteurs.

Or, pour en revenir à notre sujet, enseigner que le salut des hommes, ou, ce qui revient au même, la gloire de Dieu réalisée dans notre salut, est le .seul motif déterminant de l'Incarnation, c'est aflirmer équivalemment

(1) S. Thom . III. D. 13. q. 2. a. 2.

(2) S. AuK-. M>rm. 174.

ORACR VT OLOinl. — TOMt I. 22

338 i.iviiic V. — NOS HAi»i'.)nrs avki: le i-khk kt i,k kcls

(|uo la bc-atituile et la saiulctc des Aiif^es ne sont j)as de Jésus-(Uirist, comme le fruit et l'écoulement de ses mérites (1).

(x*la toutefois ne va pas à conclure que Jésus-(^lirist n'est pas \e cheï (caput) des Anges : car il garde sur eux la primauté de dignité, de puissance et de plénitude (2). La primiiuté même d'influence n'est pas stérile à leur égard. Réunis, annexés à nous sous son tout aimable empire, princes de la cour du roi Jésus, ils participent à l'éclat (pii rejaillit de son trône ; décimés jadis par la révolte de Lucifer, ils voient par lui se reconstituer l'intégrité de leurs phalanges ; ministres glorieux de ses desseins pour le salut des honuues, ils en reçoivent des communications, je dirais des confidences spéciales, qui sont une nouvelle lumière à leur intelligence (3) ; et, pour tout dire en un mot, Jésus-dhrist dans son huma" nité devient leur béatitude accidentelle. « Les Anges, a ditBo.ssuet parlant de l'Kglisc, sont les ministres de son salut; et par l'Kglise se fait la recrue de leurs légions désolées par la désertion de Satan et de ses complices. Dans cette recrue, ce n'est pas tant nous (|ui sommes incorporés aux Anges, que les Anges qui viennent à notre unité, ù cause de Jésus-Christ notre cf)mmun chef et plus le nôtre que le leur » (4).

(1) Ce (|ue nous disons de la grAcu des uiigcs. il laiit i unli iiJioait même titre d- la justice originelle dont il plutà I>ieu d'enrichir notre premier père, au moment de sa création : justice qui devait être nôtre dès le premier instant de notre vie. si la faute originelle n'avait pas renversé ce premier ordre de providence. De là vient la distinction si souvent faite entre la g?'(ice de DL-ii et la yrdce du Christ : cesl-àilire entre la grâce octroyée dès le principe an genre liuniain dans son tlief, et la grâce de réparation méritée par la passion du Sauveur.

(2) Hebr.. I, 4-7.

(:})»el)r.. I, 7, 14

(4) Kossuct. Lettre à une demoiselle de Mclz.

' IHI'. IV. — NOIRK INOOHPOR^TrOS RN JKSLS-CHHIST 339

On s'étonnera peul-ôfre qu'en parlant, comme je l'ai 'fait, (les tMéments qui constituent le corps du Christ, et de la vie qui circule du cliel" aux membres, je n'aie rien dit de l'Ksprit-Saint, de l'FIsjjrit du Fils, l'âme et le cœur de ce corps mystique. Mon excu.se en est qu'il aurait fallu déveU»pper ici de trop Ioniques considérations qui trouveront leur place naturelle aux chapitres suivants. Ce que nous dirons alors, sutlira pleinement à faire comprendre quel est le rôle de l'Esprit sanctifiant et vivifiant dans le corps et dans les membres (1).

5 - Conclusions doijmaliques. Cette incorporation du cliiétitn à Jésus-Christ est un fait si considérable, (pie .S. l'.Tiil l't les Pérès n'ont pas craint de la donner comme une des bases les plus fermes de notre fol. En effet, voici comment l'apôtre argumente : s'il n'y a pas de résurrection, si par conséquent nous n'avons d'espérance en Jésus- Christ que pour cette \ie, nous sommes les plus malheureux <le tous les hommes. Pourquoi ? Parce que si les morts ne ressuscitent pas, Jé.sus-Christ non plus n'est- pas ressuscité. Or, si Jésu.s-(^hrist n'est pas ressuscité, la prédication apostolique est vaine, et vaine aussi notre foi : nous sommes encore dans nos péchés. Mais sur quoi repose une liaison si nécessaire entre la résurrection des morts et celle de Jésus-Christ, que la négation de celle-ci emporte le rejet de cellc-|j"i ? C'est, en un mot, répond S. I*aul, que « nos corps sont les membres du Christ » (2). On ne verra pas cette monstruosité d'une tête vivante et couronnée dans la gloire avec des membres, incor|)orés à cette tète. (|ui soient l'éternelle proie de la pourriture et des vers. Je ne pousserai pas plus loin celte i)remiére conclusion, parce que nous devrons la reprendre, (juantl nous traiterons île la résurrection finale.

DCf. itif. L. Vl.c.O.

,-', I Cor.. VI, U. 15,

3ifl i.iviiK v. — NOS HAPPOHTS avec le péiik kt i.k fils

Une seconde conclusion, non' moins do^nintique ni moins certaine, est la nécessité d'appartenir à l'Kglise pour arriver à l'éternel salut. « Vous me demandez, écrivait Bossuet, ce que c'est que l'Kglise t L'Kglise, c'est Jésus-C.hrist répandu et communiqué ; c'est Jésus-Christ tout entier, c'est Jésus-Christ liommc parfait, Jésus-Christ dans sa plénitude » (1). Il avait appris cette réponse de S. Paul, qui la donne, je dirais presque à satiété, dans ses épitres. « Dieu, dit cet apôtre, a mis toutes choses sous les pieds du Christ, et il l'a donné pour chef (caput, tète) à toute l'Kglise qui est son corps et sa plénitude » (2). L'Kglise est le corps, et nous, les membres : « Car de même (|ue le corps est un, et a plusieurs membres, et que les membres du corps, tout nombreux qu'ils soient, ne font pourtant qu'un seul corps : ainsi est le Christ » (3). Sur {pioi S. Jean Chrysostome fait cette remarque : « 11 aurait, ce semble, fallu dire : ainsi est l'Kglise ; et l'apôtre, au lieu du mot l'Kglise, met le Christ. C'est comme s'il disait : ainsi est le corps du Christ qui est l'Flglise » (4).

S. Augustin dans ses règles pour l'interprétation des Écritures, à l'article : « du Seigneur et de son corps », rend compte de la manière de parler dont S. Paul use en cet endroit. « Nous rappelant, dit-il, que par la tète et le corps, le Christ et l'Église, l'Kcriture entend nous signifier une seule et même personne, ne nous troublons pas, quand elle passe de la tète au corps ou du corps à la tète : sachons discerner ce qui convient à la tète, c'est-à-dire au Christ, et ce qui convient au corps, c'est-à-dire à l'Kglise » (5).

(1) Bossuet. LeUrc à une demoiselle de Metz. *

(2) Eph., M, 22-23.

(3) l Cor.. XII, 12.

(4) S. Joan. Chrys. in I Gor, hom. 30, n* 1.

(5) S. Aug , de Doct. Christ., L. III, c. 31.

CHAP. IV. — NOTKK INCORPORATION EN JÉSLs-CllllIST 34!

De ce rapport entre le Christ et l'Eglise, la tète et le «orps il suit nianifestciiient que personne n'est incorporé au Christ qu'il ne le soit à IKglise. Un nicinhrc du Christ pourrait-il être séparé du corps du Christ ? Voilà pourquoi le baptême, en nous faisant membres de Jésus-Christ, nous fait aussi membres de l'Hglise. S'il est vrai que celle-ci nous engendre comme ses fils, quand elle nous baptise, cette naissance a cela de singulier que la mère garde dans son sein les enfants qu'elle y forme. Sortir de ses entrailles maternelles ce ne serait pas aller ti la lumière pour y respirer librement, mais aux ténèbres pour y mourir, .\insi le Fils unique de Dieu, conçu de toute éternité dans le Père, demeure éternellement dans le sein du même Père — Unigenitus qui est in sinu Pa- Iris (1), — et sa sortie dans le monde, en le faisant l'un de nous dans notre humaine nature, ne l'arrache pas un instant à ces profondeurs divines.

Ceux-là même qui, par le malheur de leur naissance ou pour toute autre cause qui ne les rend pas coupables, reçoivent extérieurement le baptême hors de TÉglise, ceuxlà, dis-je, sont enfantés en elle et par elle, et lui restent unis comme des membres au corps, dans la mesure qu'ils sont unis à Jésus-Christ lui-même : tant il est vrai qu'une incorporation ne va pas sans l'autre, ou, pour parler plus exactement, qu'il n'y a qu'une seule et même incorporation. Soutenir après cela qu'on peut être sauvé sans être de l'Eglise, c'est prétendre ou qu'on peut être membre du Christ sans appartenir à son corps, ou qu'on peut vivre de la vie du Christ et partager un jour son bonheur et sa gloire, sans l'avoir eu pour tête: deux propositions également insoutenables.

Et (|u'on ne me dise pas qu'il y a des saints au ciel qui

<1| Joaii.. i. (i>.

;U2 l.lVlIfc. V. — NOS ««APl'OIlTS AVm: Lt PBUK Kl I.K KliS

nont jamais connu ni rÉglise ni son baptême. La inèmc foi de qui je tiens cet axiome : hors de l'Église point de salut, m'enseit^ne aussi que, pour être intérieurement dans rÉglise, il n'est pas toujours intiispensable de faire extérieurement partie de l'I^glise. Cette mère a des enfants selon l'esprit, que son divin Epoux lui donne sans qu'elle les reçoive entre ses bras de cbair, et dont elle pourra dire en son cœur, au jour des grandes manifestations : « Qnis gcnnil mihi islos"! ego sterilis et nonpariens... et islos qiiis vnntrivit '^ (\). Voilà des enfants qui sont à moi. Je me croyais stérile pour eux. Qui me les a donnés, qui me les a nourris ? » L'Esprit-Saint qui, opérant dans leurs âmes en dehors des moyens ordinaires dont ils auraient usé, s'ils les avaient connus, les met invisiblement dans le sein de l'Eglise, et par elle les insère au corps du Christ. Une troisième conséquence de notre incorporation, c'est la multiplicité des grâces, des dons et des ministères que Dieu répartit entre les membres de l'Eglise militante. Un corj)s où toutes les partie* se ressembleraient, où toutes auraient les n'.èmes fonctions et la même fin prochaine, ne pourrait être qu'une masse informe et sans vie. Ce qui fait l'harmonieuse beajuté du monde physique, n'est-ce pas la diversité des êtres qui le composent ; et concevez-vous un corps vivant dont tous les membres se distingueraient uniquement par leur position dans l'étendue ? Plus d'ordre, plus d'harmonie ; pas d'organisme ni (le beauté non plus, parce qu'il n'y aurait plus d'unité dans la variété. Dieu donc, l'artiste infmimeat parfait, dont l'Eglise, ce corps du Qirist son Fils, est le plus merveilleux ouvrage après le Christ lui-même, devait y semer à profusion les différents genres de dons surnaturels et dlemplQis ? L'.a-l-il fait ? Lisez la réponse .dans S. Paul (2),.

{l)ls., XLIX. 21.

(2) l Cor., XII, toi.

CHAP. IV. — .NOTHK INCORIHUI \Tlli> EN JlSU^ CHIUM HiH

et dites-moi s'il était possible de faire une répnrtition i)liis abondante, ou de la décrire en termes mieux choisis.

Voici les grâces «gratuites, c'est-A-dire les prérogatives qui vont moins directement à la sanctification personnelle du sujet qu'ù l'utilité de tout le corps : don de prophétie, don des langues, don des j^uérisons miraculeuses, discernement des esprits, et le reste qu'on peut voir au texte indiqué de l'apôtre. Voici, d'autre part, les fonctions hiérarchiques : les diacres, les simples pasteurs, les évèques, en un mot, tout le ministère sacré. Viennent enfin les inéj^alités dans la grâce proprement dite, en d'autres termes, dans la sainteté.

Quoique ce soit la volonté de Dieu que tous nous devenions saints (1), il n'en est pas moins vrai qu'il ne dispense ])as uniformément les trésors de sa grâce. <' La cause de cette diversité, nous dit S. Thomas (2), se trouve en partie dans l'homme : car suivant qu'il se prépare plus ou moins parfaitement à la grâce (sanctifiante), il la reçoit aussi dans une plus ou nmins grande mesure. Toutefois, ce n'est pas dans la créature (juil faut chercher la première raison de l'inégalité : car la préparation à la grâce ne vient de l'homme (|u'autant que son libre arbitre est lui-même préparé de Dieu. Donc, on doit remonter à Dieu pour arriN-er â la cause suprême de celle diversité; â Dieu (|ui dispense inégalement les trésors de sa grâce, afin que de cette gradation même résultent la beauté et la perfection de son Kglise... Ft c'est pourcpioi l'apôtre, après avoir dit que la grâce a été donnée â chacun de nous suivant la mesure de la donation du C.hrisl (3), con-

«■liil Min-^i ri-niiiiiiT.it il m (ics ili\i-r**<'^ yr:n"<"^ ' " polM' I;i

Vi» i lli..... IV. ».

(2) .S. Tliom . I 2. q. 112. ». i.

(3> Kph.. IV. T.

341 iivdi: V. — .NUS luppoiiis avkc le I'kiie kt le fils

consommation des saints, |)our rédification du corps du Christ ). (1).

A qui me demanderait pourquoi, dans cette inégalité providentielle, celui-ci reçoit moins, celui-là davantaf^e, quand l'un et l'autre sont également capables de recevoir des dons de Dieu, également dénués de titres pour les exiger, je lirais la réponse faite par S. Paul à semblable question : « O profondeur des trésors de la sagesse et de la science de Dieu 1 que ses jugements sont incompréhensibles et ses voies impénétrables ! Car qui a connu le dessein du Seigneur, et qui a été son conseiller (2) ? » 11 nous sullit de savoir que par tous ces degrés de grâces, de ministères, de sainteté, de vertus, octroyés à ses membres, Jésus-Christ est complété dans son corps mystique qui est l'iiglise (3). Laissons le reste à l'auteur de tous dons, et ne soyons pas si insensés que nous discutions les œuvres de Dieu (4).

6. — 11 est temps de passer de l'enseignement doctrinal aux conséquences pratiques. La première entre toutes est une leçon de charité réciproque. Membres d'un même corps, reunis sous une même tète, appelés par notre vocation à une même espérance, avec quelle sollicitude ne devons-nous pas nous appliquer en tout et partout à conserver l'unité de l'esprit dans le lien de la paix ? (5). Fomenter les discordes, ne pas souffrir avec ceux qui souffrent ni se réjouir avec ceux qui sont dans la joie, mépriser les membres moins honorables aux yeux du monde, refuser l'honneur ou la subordination légitime aux plus élevés, ce serait introduire le désordre dans le

(2| Rom.. XI. 33-34.

(3) Kpli , I. 23.

(4) Rom,, IX. 20.

|5) Êpli., IV. 2-5.

CHAP. IV. — NoTHK IXCOUPOUATION EN JÉSUS-CHKIST 3i5

corps organique du CJirist, en troubler l'harmonie divine, ri nous rendre indignes d'y tenir la place qui nous est laite (1). S. Augustin dans ses luttes contre le schisme des Donatistes qui de son temps désolait l'Afrique, ne connaît pas de motif plus puissant, pour combattre les divisions et ramener les dissidents à lunité que cette doctrine : L'kglise est le corps, et Jésus-Christ, la tète. Qui -epare les fidèles de l'Église, déchire non plus la robe sans couture du Sauveur, mais son corps mystique. Crime plus énorme que l'homicide lui-même : car le fauteur du

chisme répand le sang des âmes, arrachant au Christ ses membres, pour les jeter en pâture à l'ennemi du Christ (2).

Une autre conclusion, plus générale et non moins importante, nous est suggérée, disons mieux, énergiquement et fréquemment inculquée, par S. Paul. Cette pensée : je

iiis un membre de Jésus-Christ, il y revient sans cesse,

|u'il veuille nous détourner de toute action mauvaise, ou nous pousser aux plus hautes vertus. « Ne savez-vous pas, nous dit-il en la personne des Corinthiens, ne savez vous pas que vos membres sont les membres du Christ? Quoi ! je prendrais les membres du Christ pour en faire les instruments des plus honteux plaisirs (3) »? Et encore :« Ignorez-vous que vos membres(étant du corps de Jésus-Christ)

ont le temple du Saint-Ksprit qui est en vous ?... Gloriliez donc et portez Dieu dans votre corps » (4) comme Jésus-Christ l'a glorifié dans le sien.

.\utrefois, quand vous étiez de la race du démon, vous

ibandonniez ces membres au péché, comme des instru-

(1)1 Cor. \ll. 21, sqq. ; Hum.. \ll. 4-20 : Col., lit. l4-i)i. (2| S. Au|{utl., |>a*«iMi.

(3) Cor.. VI. l'a.

<4) IbiJ.. l»-20.

'^ t'" I 'V '!( V — ,\oS HAPPuarS AVtC LK PÈUK Kl I.E FILS

iianls (1 inujLiilc ; devenus vivants dans le Clirist vivant, olîVez-Jui ces mêmes membres pour servir d'instrumentsde justice (1). Vos corps sont les membres du Christ : mortifie/.-les donc (2), et dans votre chair accomplissez ce (jui manque aux souirrances du Christ (3). Non pas certes que la passion du Sauveur soit d'un prix trop médiocre pour le rachat du monde, et qu'elle ait besoin d'un complément ; mais parce que, si rien n'y manque en lui tjui est la tète, tant que nous n'avons pas souiFert, il lui manque quelque chose en nous qui sommes les membres. « Implette eraiil omnes passiones, sed in capite : reslabanl udhuc Christi piissiones in corpore. Vos antem estls corpus Christi et mcmbra », dit S. Augustin sur ce passage (4). « Je vous conjure donc, mes frères, d'offrir vos corps en hostie vivante, sainte et agréable à Dieu » (5). Telles sont les fortes et salutaires pensées dont se nourrissait l'apôtre des Gentils, et qu'il veut que nous prenions à son exemple.

Elles ont trouvé leur écho dans le cœur des grands chrétiens comme dans les récits des Pères et des maîtres (le la vie spirituelle. Si Dieu seul peut connaître tout ce que le sentiment de notre incorporation dans Jésus-Christ a fait éclore de vertus merveilleuses, les ouvrages ascéti- (jucs nous apprennent avec évidence combien leurs auteurs l'ont toujours estimé grandement eflicace pour relever les âmes et fortifier les cœurs.

(' Vous êtes le corps même du Christ ; c est l'apôtre S. Paul qui nous le déclare, écrit S. Anselme dans ses Méditations: Gardez donc et ce corps et ces membres avec

(1) Rom., VI, \:i.

(2) Col., III, 5.

(3) Col.. 1, 24.

(4) S. .\ug. Enarr. in p«alm. LXXWI, ii» 5.

(5) S. Anseim. L. Mcdil. et oral, med., I, n" o.

CHAI. 1\. — NOTRK INCURPORAIION EN Jli^L•S-OHIilST 347

Ut l'honneur qui leur est dû. Vos yeux sont les

lUX du Christ : tournerez-vous les yeux du Christ fjui est lii vérité, du côte do la vanité, des bagatelles et du mensonge ? Vos lèvres sont les lèvres de Jésus-

tirist : les ouvrirez-vous, je ne dis pas seulement aux paroles mauvaises ou calomnieuses, mais même aux discours inutiles, aux conversations frivoles, ces

vres consacrées au service de votre Dieu et à l'édification lie vos frères ? Avec quelle vigilance et quel respect devons-nous gouverner tous nos sens et tous les membres de notre corps, puisque le Seigneur en personne préside comme chef à leur action ! »

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